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Jacques-Emile Ruhlmann, Papier peint à motifs répétitif, 1917
Papier, Impression au cylindre • © Les Arts Décoratifs
L’exposition se déroule dans le tout nouveau cabinet des Dessins, Papiers peints et Photographies, destiné à sortir des réserves des œuvres sur papier souvent trop fragiles pour être exposées de manière permanente. Dans cette salle intimiste, les visiteurs s’attardent sur les vitrines, se rapprochant des motifs inventés par Jacques-Émile Ruhlmann, surnommé le « pape de l’Art déco » et devenu célèbre pour ses meubles luxueux aux lignes sobres et élégantes.
En plus des 26 carnets de croquis légués par son épouse Marguerite Ruhlmann en 1959, il est possible de consulter deux fac-similés pour y admirer de près la ligne tremblante de celui qui esquisse tout sur son passage – paysages, études de meubles, profil féminin, voiture pimpante, petit oiseau, perspectives de chambres… Une plongée dans son quotidien d’ensemblier hors pair et d’homme d’affaires – en témoignent ses annotations de commande et de comptes. Même son écriture tout en capitales et volutes évoque l’esprit Art déco qui, on le rappelle, se caractérise par des lignes géométriques épurées et des motifs stylisés.
Jacques-Emile Ruhlmann, Moderne Grandes fleurs, Vers 1917
Papier Peint • © Les Arts Décoratifs
Né en 1879, Jacques-Émile Ruhlmann baigne toute son enfance dans le design. Son père tient une entreprise de peinture, papiers peints et miroiterie dont il hérite en 1907, ce qui lui permet de dessiner librement ses meubles, en autodidacte. En 1919, il s’associe à son ami Pierre-Félix Laurent, entrepreneur de peinture en bâtiment, pour fonder les Établissements Ruhlmann et Laurent, une société de décoration et d’ameublement située au 27 rue de Lisbonne qui devient rapidement la plus importante de la région parisienne, avec près de 600 employés.
En 1925, c’est la consécration : il triomphe lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs avec le pavillon du Collectionneur, un hôtel éphémère construit par son ami l’architecte Pierre Patout. À l’intérieur, chaque pièce est conçue comme une œuvre d’art totale pour valoriser les savoir-faire des grands créateurs français qu’il mandate (parmi eux Antoine Bourdelle, Alfred Janniot…). Dans le salon, dont on peut admirer des photographies dans le parcours de l’exposition, des appliques en cristal dialoguent avec ses meubles en bois sombre et un somptueux damas aux motifs de grands vases fleuris.
Jacques-Emile Ruhlmann, Le cabinet des Dessins, Papiers Peints et Photographies
© Les Arts Décoratifs © Noemi Graciani
Nous sommes alors à l’apogée du mouvement Art déco. Symétrie et rigueur sont au rendez-vous et, malgré l’esprit fonctionnaliste qui règne alors, Ruhlmann ne fait aucune concession sur la qualité des matériaux, usant d’essences de bois rares et de précieuses marqueteries. Il explore aussi toutes sortes de motifs végétaux pour des revêtements muraux, telles ces roses bleues stylisées faites de cercles irréguliers autour desquels dansent de petits feuillages noirs – un papier peint sélectionné avec six autres modèles pour décorer les chambres de la nouvelle Cité internationale universitaire de Paris, inaugurée en 1933.
Jacques-Emile Ruhlmann, Échantillon de papier peint à motif répétitif
Papier, Impression au cylindre • © Les Arts Décoratifs
Chrysalides, rideau de fleurs, roses noires… : dans une grande vitrine, ses gouaches réalisées pour la manufacture de papier peint Desfossé & Karth, très en vogue à l’époque, se repèrent de loin. Sur des aplats de couleurs vives dignes des peintres fauves, des pétales ronds, des branchages simplifiés à l’extrême. L’artiste alterne entre des formes pleines et des éléments plus graphiques comme des pointillés qui, à répétition sur un mur, vibrent à l’œil. Il se lance aussi dans des figures humaines telles des danseuses et flûtistes à l’antique, de joyeuses silhouettes noires sautillant parmi des lignes et losanges.
Rien de dissonant, rien de fade ni de morose n’habite l’univers graphique de Ruhlmann, moins connu que son mobilier. Étonnant de fantaisie et de modernité, il se marie parfaitement avec ses pièces raffinées, aux lignes tendues et gracieuses. Une merveilleuse découverte !
Jacques-Émile Ruhlmann, décorateur
Du 12 mars 2025 au 1 juin 2025
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
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