Brad Holland, Antony and Cleopatra (Acte II, Scène II), 2025
Acrylique sur carton • 40,5 x 30,3 cm • Coll. Galerie Martine Gossieaux • © Brad Holland
« Être ou ne pas être, telle est la question… » Qu’il est bien difficile, quand on a dix ans et qu’on est en CM2, de saisir la tirade d’Hamlet. Entre Brad Holland, illustrateur américain, et Shakespeare, le dramaturge anglais qu’on ne présente plus, la rencontre n’a d’abord pas eu lieu. Tout juste disparu, le 27 mars dernier, à 81 ans, Brad Holland – signature précieuse des années durant du New York Times, de Playboy, Time, Vanity Fair, The New Yorker et Rolling Stone, et j’en passe – a inspiré toute une génération de dessinateurs et de graphistes par son approche novatrice et conceptuelle de l’image.
En plus d’effeuiller le talent de cet illustrateur méconnu en France mais salué à travers de prestigieuses distinctions dans le monde et présent dans les collections du Museum of American Illustration à New York, la galerie Martine Gossieaux, perle du dessin d’humour et des arts graphiques depuis 1992 dans le 7e arrondissement de Paris, lui rend un émouvant hommage ; et ce, en dévoilant dans un petit accrochage sa passion pour William Shakespeare.
Brad Holland, Roméo et Juliette (Prologue), 2025
Acrylique sur carton • 40,6 × 29,4 cm • Coll. Galerie Martine Gossieaux • © Brad Holland
Tout a commencé avec une tête d’âne , lorsque le môme de Fremont, dans l’Ohio, tombe un jour de 1953 sur une BD adaptée du Songe d’une nuit d’été dans un supermarché. En couverture, une image saute illico aux yeux de l’enfant : une belle brune se dresse, coiffée d’une tête d’âne. Piqué, Brad Holland pousse les portes de la bibliothèque de la ville. Mais sa curiosité juvénile va se heurter à un refus : selon la bibliothécaire, Shakespeare est trop complexe pour son âge. Pris pour un âne, on ne lui prêtera rien.
Ce n’est que bien plus tard, sa carrière ayant décollé depuis les années 1970, que l’illustrateur découvre enfin les œuvres, alors qu’un éditeur du Midwest le sollicite pour des couvertures de neuf pièces de Shakespeare. Les fantômes d’Hamlet, mais aussi d’Othello, de Roméo et Juliette, du Roi Lear, de Jules César ne le quitteront plus.
Brad Holland, Roméo et Juliette (Acte II, Scene 1), 2025
Acrylique sur carton • 47,5 × 38 cm • Coll. Galerie Martine Gossieaux • © Brad Holland
Aux murs de la galerie Martine Gossieaux, Brad Holland fait danser les vers de Shakespeare. Loin du style au trait de cartoonist qu’il pouvait emprunter pour ses dessins dans The New York Times, cet admirateur de Paul Gauguin fait ici œuvre avec une minutie d’orfèvre, procédant à l’acrylique avec un pinceau dru, fine couche après fine couche.
C’est Antoine et Cléopâtre qui posent de profil – « Les vents se pâmaient d’amour » –, un serpent qui siffle sur les têtes dans Le Marchand de Venise. Plongeant avec délice dans la féerie shakespearienne, le créateur d’images manie l’art de la métamorphose tandis que l’interprétation confine au sublime ; jusqu’à faire surgir sous un clair de lune, un mystérieux personnage doté d’une tête d’âne. « Être ou ne pas être »… On dit des grands artistes qu’ils survivent à leur mort.
Brad Holland et William Shakespeare – L’étoffe des rêves
Du 12 avril 2025 au 13 septembre 2025
Galerie Martine Gossieaux • 56 Rue de l'Université • 75007 Paris
galeriemartinegossieaux.com
À lire
Brad Holland et Shakespeare - L’étoffe des rêves
Éditions Martine Gossieaux · 96 pages · 37 €
Ce livre, qui réunit les meilleurs dessins de l’artiste tirés de l’univers shakespearien, est une célébration de cette rencontre entre l’art du dessin et les grands classiques littéraires.
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