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En Égypte, un projet fou de rénovation d’une pyramide fait polémique

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Travaux de parement de la pyramide de Mykérinos
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Travaux de parement de la pyramide de Mykérinos, le 29 janvier 2024

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© Khaled Desouki / Afp

Jusqu’où a-t-on le droit de toucher aux pyramides d’Égypte ? La controverse bat son plein depuis que les autorités égyptiennes ont annoncé, le 25 janvier dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux [voir plus bas], leur intention de recréer le parement en granit qui recouvrait autrefois tout le tiers inférieur de la pyramide de Mykérinos – la plus petite des trois pyramides principales du plateau de Gizeh, haute d’environ 63 mètres et érigée vers l’an 2 504 avant J.-C. pour abriter le tombeau du pharaon Mykérinos.

Présenté fièrement comme le « projet du siècle » par l’archéologue Mostafa Waziri, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités d’Égypte, ce chantier pharaonique de trois ans nécessitera d’utiliser, après les avoir déterrés, des blocs de granit d’Assouan enfouis ou dispersés autour du monument. Pierres qui en auraient été arrachées, assure l’équipe en charge, par un tremblement de terre il y a moins de mille ans.

Des experts indignés par ce projet

« Tous les principes internationaux en matière de rénovation interdisent de telles interventions. »

Monica Hanna

« À quand le projet de redressement de la tour de Pise ? », ironisent des commentateurs sur les réseaux sociaux. Menée par un groupe d’experts égyptiens et japonais sous la direction de l’égyptologue Sakuji Yoshimura (qui en 1979 avait eu le projet fou, finalement avorté, de construire une seconde pyramide de Khéops), cette restauration provoque l’indignation de nombreux experts, qui la dénoncent comme une grave altération de l’édifice inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.



« Tous les principes internationaux en matière de rénovation interdisent de telles interventions »,
tonne l’égyptologue Monica Hanna dans un long texte sur Facebook. La spécialiste s’y indigne du fait que les excavations aient débuté sans qu’aucun rapport scientifique n’ait été publié, et rappelle que si les blocs de granit situés aux abords de la pyramide ne sont pas polis, c’est parce qu’«  ils ont été laissés là » il y a plus de 4 500 ans « par les ouvriers, qui n’ont jamais terminé » le parement ! Dénonçant une infraction aux principes de la Charte de Venise, relative à la conservation et à la restauration des monuments, signée en 1964, l’experte signale enfin que les pierres de la pyramide s’étant érodées avec le temps, la pose du granit par-dessus mettrait l’édifice en danger.

Le patrimoine égyptien en péril

Les défenseurs du patrimoine se sont déjà plusieurs fois insurgés contre la politique du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui a détruit au bulldozer des centaines de tombes de la Cité des morts depuis 2020 et rasé un centre d’art du Vieux-Caire en janvier 2024 pour construire une autoroute. Dernier scandale en date, la « restauration », toujours en janvier, de la mosquée Abu el-Abbas el-Mursi d’Alexandrie, dont les plafonds sculptés et colorés du XVe siècle ont été repeints en blanc.

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