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SÉRIE – ENFANTS MODÈLES

Ép. 2 Les Rouart : une enfance bercée par l’impressionnisme

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Publié le , mis à jour le
Qu’ils soient sages ou turbulents, réservés ou joueurs, les enfants peuplent l’histoire de la peinture moderne. Dans cette série, Beaux Arts met à l’honneur ceux qui ont posé, volontairement ou à contrecœur, pour les plus grands artistes. Dans ce volet, jouons un peu avec la famille Rouart, actuellement à l’honneur suite à l’importante donation de l’Académicien Jean-Marie Rouart au Petit Palais. Remontons le temps pour traverser un siècle de peinture, dans l’intimité familiale des impressionnistes.
Augustin Rouart, Cinq têtes d’enfant
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Augustin Rouart, Cinq têtes d’enfant

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huile sur toile • Coll. part. • © Photo Philippe Fuzeau

Cinq portraits du même enfant sur la même toile ! La séance est longue et pour cause : Augustin Rouart saisissait son fils au naturel, durant son sommeil. Ces exercices de « pose » sont les plus vieux souvenirs de l’enfant-modèle, remontant à la – toute – petite enfance : « J’avais à peine quelques mois et, déjà, la nuit, mon père braquait une lampe sur mon visage pour faire mon portrait. Je le regardais avec curiosité, ignorant que ce comportement étrange était le signe distinctif de la famille où le destin m’avait projeté. N’avait-on pas agi ainsi avec lui, et avec son père ? » Né en 1943, Jean-Marie Rouart descend en effet d’une longue dynastie de peintres et collectionneurs dont l’histoire s’écrit sur au moins quatre générations.

Edgar Degas, Madame Alexis Rouart et ses enfants
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Edgar Degas, Madame Alexis Rouart et ses enfants, vers 1905

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fusain et pastel sur carton • 160 × 141,5 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais • © Paris Musées / Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais

Dans la famille Rouart, je demande d’abord l’aïeul. Polytechnicien, Henri Rouart (1833–1912) fait notamment fortune en développant le réseau de la poste pneumatique de Paris. Mais sa véritable passion est la peinture, qu’il apprend auprès des peintres Camille Corot et Jean-François Millet, et qu’il défend aussi comme collectionneur. Lors du siège de 1870, Henri retrouve son ami de collège, un certain Edgar Degas, et deviendra un ardent défenseur de la nouvelle peinture en France. D’ailleurs, comme artiste, il accompagne les impressionnistes en participant à sept de leurs huit expositions mythiques.

Degas n’a pas d’enfant mais il aime peindre ceux des autres. La tendresse du patriarche ne lui échappe pas lorsqu’il représente Henri portant sa fille Hélène sur ses genoux. L’amitié liant Degas au clan Rouart dépasse sa génération puisque le peintre, vieillissant, reste proche d’Alexis (1869–1921), troisième enfant d’Henri. En 1905, le maître aux danseuses décrit au pastel une scène de dispute entre les deux filles d’Alexis, Madeleine et Hélène, que leur mère Valentine Lamour tente de réconcilier. Degas n’aura enfin qu’un seul véritable élève de toute sa carrière, et il s’agit d’Ernest Rouart (1874–1942), qui devait, par son mariage, fondre définitivement le nom Rouart dans la plus vaste famille de l’impressionnisme.

Auguste Renoir / Julie Manet, Portrait de Berthe Morisot et de sa fille / Augustin Rouart enfant
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Auguste Renoir / Julie Manet, Portrait de Berthe Morisot et de sa fille / Augustin Rouart enfant, 1894 / sans date

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huile sur toiles • Coll. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais / Coll. part. • © Paris Musées / Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais

Car dans la famille Rouart, je demande la grand-tante. Fille de Berthe Morisot et d’Eugène Manet, Julie Manet (1878–1966) est d’abord connue comme la petite fille délicate et souriante dépeinte par sa mère, comme par son oncle Édouard Manet ou encore par Auguste Renoir. Julie sera aussi l’adolescente témoin de l’émulation de ce petit milieu artistique et bourgeois, dont elle décrit la vie dans son journal des années 1890. Renoir, encore lui, n’a pas manqué la détresse de celle qui devient orpheline de père à treize ans puis de mère à seize ans : la pesanteur du destin se lit sur les traits graves qu’il lui prête dans un portrait de 1894 où le visage de la mère semble déjà fantomatique. Avec Stéphane Mallarmé, Renoir allait devenir le tuteur de la jeune fille, avant son mariage avec Ernest Rouart, le 31 mai 1900. Julie est enfin l’artiste qui prend sa revanche sur la tragédie familiale, reprenant le flambeau, portraiturant à son tour les enfants Rouart comme son neveu Augustin, prolongeant ainsi la saga.

Paule Gobillard, Madame Paul Valéry et son fils Claude
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Paule Gobillard, Madame Paul Valéry et son fils Claude, vers 1910

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huile sur toile • 60 × 73 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais • © Paris Musées / Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais

Dans la famille Rouart, je demande également les cousins. Ce même jour de mai 1900, on mariait aussi Jeannie Gobillard, cousine de Julie, au poète Paul Valéry (1871–1945). C’est d’ailleurs par le cercle des Rouart que celui-ci devait faire la rencontre avec Degas, source de son écrit monumental Degas, danse, dessin (1936). Formée par Morisot et Renoir, Paule Gobillard (1867–1946), restée célibataire, vit chez sa sœur et son beau-frère dont elle croque l’intimité, maintenant cette tradition de l’enfant-modèle en représentant Jeannie et son fils Claude à la lecture.

Augustin Rouart, Portrait au gilet rouge
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Augustin Rouart, Portrait au gilet rouge

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huile sur toile • Coll. part. • © Photo Philippe Fuzeau

Dans la famille Rouart, je demande aussi le père, Augustin Rouart (1907–1997). Fils de l’éditeur Louis Rouart (1875–1964), le cadet d’Henri, il se démarque de la branche d’Ernest et de Julie Manet. Son style se détache de l’impressionnisme pour emprunter davantage au symbolisme décoratif et synthétique des Nabis. Il faut dire que son père était proche de Maurice Denis auquel il fit plusieurs fois appel pour illustrer des ouvrages. Dans sa carrière qui s’étend des années 1930 à 1990, Augustin reste fidèle à une forme de « réalisme magique », hermétique aux influences de l’art contemporain. Malgré la singularité de son style, il reste fidèle à la tradition familiale en peignant l’intimité de ses proches, en faisant de son jeune garçon son modèle de prédilection.

Dans la famille Rouart, je demande enfin le fils. Jean-Marie Rouart rompt finalement cette continuité, dans une famille où l’on peignait pratiquement de père en fils et de mère en fille. Écrivain, élu à l’Académie française en 1997, il se réalise dans un autre domaine que la peinture, monde aussi fascinant qu’écrasant, omniprésent dans ses souvenirs, que ce soit par les séances de pose, les trésors de la collection de « tante Julie » ou encore les sorties dominicales au Louvre, qui parfois l’ennuyaient. « Ce monde de la peinture, j’ai eu beau tenter de le fuir, tout m’y ramenait. » Ce monde auquel, finalement, il doit tant, l’auteur rend sa part en effectuant une importante donation au musée du Petit Palais.

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Une famille dans l’impressionnisme

Par Jean-Marie Rouart

Éd. Gallimard • 2021 • 168 p. • 25 €

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Journal 1893-1899

Par Julie Manet

Éd. Mercure de France • 2017 • 576 p. • 11 €

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Augustin Rouart - La peinture en héritage

Du 1 juin 2021 au 10 octobre 2021

www.petitpalais.paris.fr

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