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L’école de Barbizon en 2 minutes

En bref

Petit village à la lisière de la forêt de Fontainebleau en Île-de-France, Barbizon devient un repaire d’artistes désireux d’échapper à l’industrialisation de la capitale dans les années 1830. Théodore Rousseau, Charles-François Daubigny, Narcisse Díaz de la Peña – auxquels sont parfois associés Jean-Baptiste Camille Corot et Jean-François Millet – forment une école picturale, la première consacrée en France à l’étude du paysage pur, sur l’exemple de l’école britannique. Les artistes de Barbizon sont des naturalistes : leur souci est de reproduire fidèlement la nature, à partir d’une observation du réel, ce qui n’empêche pas leur paysage d’atteindre un haut degré de dramaturgie ou de sublimation. On les considère souvent comme les annonciateurs de l’impressionnisme.

Charles-François Daubigny, Le Bateau-atelier
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Charles-François Daubigny, Le Bateau-atelier

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Eau-forte • Coll. Musée Daubigny, Auvers-sur-Oise

Histoire du mouvement

Théodore Rousseau est le premier peintre à s’établir en 1830 dans le village de Barbizon. Son désir était de se retrouver en pleine nature, afin d’en offrir une interprétation sincère qui se démarquerait de la tradition romantique encore à la mode. Un certain nombre de peintres le rejoignent, dont Charles-François Daubigny, Constant Troyon, Narcisse Díaz de la Peña, Jules Dupré, Jean-François Millet, attirés par la peur du choléra qui sévissait à Paris…

L’une des sources d’inspiration de ces artistes est le paysagisme anglais, découvert à l’occasion de la participation de John Constable au Salon de 1824. La Charrette de foin qu’il présente est une révélation pour de nombreux artistes. Le sujet est rural, magnifiant la beauté de la nature mais sans prétexte mythologique, historique ou allégorique. Les artistes lui emboîtent le pas. Comme Constable, ils souhaitent privilégier l’observation authentique de la nature et se dégager des lois académiques qui prônent l’idéalisation au détriment de la vérité. L’étude des arbres qui peuplent la forêt est un de leurs sujets de prédilection.

Les œuvres de ces artistes paysagistes sont contemporaines de la naissance de la photographie. En raison de leur réalisme, elles ont à l’époque été comparées à ce nouveau médium. Mais les peintres de Barbizon ont subi moins de critiques que les photographes car leurs œuvres étaient reconnues comme des interprétations et non des copies serviles de la nature. En effet, la nature est souvent interprétée d’une manière sentimentale, mélancolique ou dramatique dans leurs œuvres.

De nombreux historiens de l’art contestent la notion d’école de Barbizon, préférant évoquer la réunion fortuite de peintres en quête de réalisme en forêt de Fontainebleau. Il est vrai que ce groupe était composé de personnalités très différentes, dont la recherche n’était pas uniquement paysagère et dont les tempéraments avaient plus ou moins d’inclinaison pour le classicisme ou le romantisme. Ainsi de Jean-François Millet, installé à Barbizon dans les années 1840 et dont les sujets traitent davantage de la vie dans les campagnes et des traditions paysannes.

Les artistes de Barbizon ont profondément rénové la tradition de la peinture de paysage au sein de l’école française du XIXe siècle. Ils lui ont en quelque sorte donné ses lettres de noblesse. En travaillant d’après nature, ils ont aussi ouvert la voie aux impressionnistes et à l’école du plein air.

Des œuvres clés

Camille Corot, Autoportrait, la palette à la main
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Camille Corot, Autoportrait, la palette à la main, vers 1830

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Huile sur toile • 33 × 25 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Scala

Camille Corot, Autoportrait, la palette à la main, vers 1830

Camille Corot est parfois abusivement considéré comme l’un des fondateurs de l’école de Barbizon, bien qu’il fréquentait le village et était très lié à Rousseau et Millet. L’artiste était surtout un grand peintre de paysage historique (le paysage étant le cadre d’une action historique ou mythologique). Issu de la tradition néoclassique, il remporte d’ailleurs le grand prix de Rome en 1817. Mais il appréciait aussi travailler en plein air, observant directement la nature et traitant le paysage pour lui-même. Il est certain que son exemple, sa notoriété, ont fortement contribué à rénover le prestige de la peinture paysagère au XIXe siècle et à encourager l’éclosion d’artistes dans son sillage.

Théodore Rousseau, Les Chênes d’Apremont
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Théodore Rousseau, Les Chênes d’Apremont, 1850–1852

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Huile sur toile • 64 × 100 cm • Coll. musée du Louvre, Paris

Théodore Rousseau, Les Chênes d’Apremont, 1850–1852

Peintre formé à l’École des Beaux-arts, Théodore Rousseau a délaissé la voie académique dans les années 1830 après un échec au Salon. Il s’installe alors à Barbizon où il est rejoint par une véritable colonie d’artistes. Son œuvre témoigne de l’ambiguïté de la peinture naturaliste. Certes, elle prône le réalisme à partir de l’observation directe de la nature mais elle n’est pas contraire à l’expression d’un tempérament, classique ou romantique. Rousseau démontre dans ses paysages forestiers, où les arbres tiennent le premier rôle, la puissance de la nature, bien supérieure à celle des êtres humains. Il attache une importance primordiale au rendu de la lumière, à tel point qu’il est souvent considéré comme l’un des annonciateurs de l’impressionnisme.

Charles-François Daubigny, Bords de l’Oise
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Charles-François Daubigny, Bords de l’Oise, 1863

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Huile sur toile • 88,9 × 161,3 cm • Coll. Saint-Louis Art Museum • © Bridgeman Images

Charles-François Daubigny, Bords de l’Oise, 1863

Daubigny, issu d’une famille de peintres, s’installe à Barbizon en 1843. Il y fait la connaissance de Corot, une rencontre décisive. Ses paysages bucoliques représentent une nature calme et tranquille baignée de grands ciels atmosphériques. Daubigny aimait peindre sur l’eau, à la recherche de nouveaux points de vue sur la nature. À cet effet, il fait construire un bateau-atelier qui préfigure en tout point celui de Claude Monet. L’artiste a eu une carrière modeste, bien plus que celle de Corot ou de Monet, mais son œuvre paysagère a tout de même rencontré un certain succès dans les années 1870, à l’heure de l’éclosion de l’impressionnisme.

Par • le 9 mars 2020

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