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Série - Être galeriste aujourd’hui

Ép. 4 Georges-Philippe et Nathalie Vallois : « On se demande encore comment on a tenu »

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Publié le , mis à jour le
Qui sont les galeristes ? Des marchands du temple ? Ou simplement des passionnés d’art, souvent bricoleurs de génie ? À travers une série de cinq portraits, Beaux Arts donne la parole aux galeristes et raconte leurs parcours singuliers, loin des clichés. Cette semaine, rencontre avec Georges-Philippe et Nathalie Vallois qui, après avoir subi les assauts de la crise au début années 1990, ont finalement trouvé la voie de la stabilité.
Georges-Philippe & Nathalie Vallois devant “Donner Pass (After Bierstadt, for David Kos)” (circa 2016), de Pol Kos
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Georges-Philippe & Nathalie Vallois devant “Donner Pass (After Bierstadt, for David Kos)” (circa 2016), de Pol Kos, Février 2018

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Vue de l'exposition Kinetic Landscape(s) de Paul Kos • Photo Maurine Tric

Au début, c’est une histoire de couple. Nathalie finit ses études de droit et prend le marteau de commissaire-priseur avant de le laisser tomber : ce n’est pas le bon instrument à ses yeux pour appréhender l’art. Georges-Philippe termine lui l’Ecole du Louvre en même temps qu’il fait du courtage au sein de sa propre boîte, créée en 1987. En août 1990, ils ont 26 et 27 ans quand ils se lancent, s’endettent et finissent de justesse les travaux dans l’espace qui est toujours le leur : au 36 rue de Seine, à Saint-Germain, haut lieu des galeries d’arts premiers, des galeries d’antiquités et d’art moderne. « On s’est dit que cette proximité allait nous aider ». Ce sera le cas. Mais, ils n’avaient pas prévu la crise.

Mike Kelley, Tansy metal / clovered hoof
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Mike Kelley, Tansy metal / clovered hoof, 1989

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Impression sur tissu (détail d’une série de dix bannières) • Photo Maurine Tric / © Adagp, Paris 2018

Aucun des deux n’a la moindre expérience en galerie, « pas de formation en la matière, pas de réseau ». Sauf une vague connaissance américaine, amie de la famille, Ileana Sonnabend, qu’ils vont consulter à New York. La prestigieuse galeriste les aiguille et décille leurs yeux de débutants sur les post-conceptuels et post-minimalistes, les Barry Le Va, Robert Morris dont une expositon synthétise l’esprit, « Between geometry and gesture ». Les Vallois décident de s’en inspirer, reprennent même le titre mais, au lieu de montrer des sculptures, attirent l’attention sur les dessins et la manière dont ces artistes s’en emparent comme terrain d’expérimentation. En août 1990, un mois avant d’ouvrir, il leur faut bien un texte pour expliquer le propos. « On ne connaissait que Art Press, avoue Georges-Philippe. Du coup, j’appelle Catherine Francblin [alors rédactrice en chef du titre, ndlr] pour lui proposer d’écrire pour notre premier catalogue. Elle finit par accepter. Depuis, c’est un peu la marraine de la galerie ». De là en effet, les Vallois vont faire la rencontre d’artistes (Alain Bublex notamment), de critiques (Jean-Yves Jouannais, Olivier Kaeppelin), tous débutants, mais qui constituent encore aujourd’hui la constellation amicale et artistique de la galerie.

Heureux hasard

Las ! En 1991, la crise frappe de plein fouet l’économie de l’art « dont la structure, explique doctement George-Philippe est alors fortement liée aux crédits bancaires ». Les Vallois sont endettés et vont serrer les dents jusqu’en 1996. Quelques années qu’ils vont leur paraître très longues. « On se demande encore vraiment comment on a tenu. On ne faisait pas de folies, ni rien. Mais l’endettement était trop pesant », reconnaissent-ils. En 1993, leur première participation à la foire de Bâle n’y change rien. Nathalie Vallois en rit aujourd’hui : « on présentait un solo show de Bublex, mais on ne vendait rien. Je me cachais quasiment sous le bureau ! On faisait les transports nous-mêmes au volant d’une camionnette Peugeot ! ».

Mais la crise a un avantage : celui de niveler les galeries. Tout le monde en est à peu près au même point (mort). Du coup, les artistes, même ceux qui par leur stature avaient pu paraître inaccessibles, le deviennent. « On va voir Paul McCarthy. Il est content », se souvient Georges-Philippe Vallois qui continue aussi son apprentissage de l’organisation du milieu de l’art français. Il fait la tournée des centres d’art et des Fracs en régions, rencontre Olivier Chupin au Frac Poitou-Charentes, Katia Baudin au Frac Nord-Pas de Calais, Laurence Gateau au Creux de l’enfer à Thiers.

Georges-Philippe & Nathalie Vallois devant “The Sound of Ice Melting” (1970), de Paul Kos
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Georges-Philippe & Nathalie Vallois devant “The Sound of Ice Melting” (1970), de Paul Kos, Février 2018

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Vue de l'exposition Kinetic Landscape(s) de Paul Kos • Photo Maurine Tric

« On recevait les visiteurs, on leur parlait des heures. »

Nathalie Vallois

Surtout, « on a beaucoup soigné l’accueil à la galerie », explique Nathalie Vallois, soudain très sérieuse. « On recevait les visiteurs, on leur parlait des heures ». « Et il y a des miracles qui arrivent, enchaîne George-Philippe. Un jour, c’était en 1993, un type passe, qu’on a reçu comme les autres. Il s’est révélé être un gros collectionneur. Il s’est entiché de nous et nous a beaucoup acheté pendant trois ou quatre ans. Ça, c’est resté gravé en moi. Il faut toujours rester prudent : l’accueil à la galerie est primordial ». Il leur a néanmoins fallu dix ans pour que les choses (le réseau, la réputation, le travail des artistes…) finissent par se stabiliser, à la faveur aussi de l’amélioration de la réception de l’art contemporain de la part du public – dit autrement, avec les mots de Nathalie Vallois : « Plus personne ne crache sur la vitrine ni ne rentre en gueulant que l’art c’est de la merde ».

Georges-Philippe & Nathalie Vallois devant « Donner Pass (After Bierstadt, for David Kos) » (circa 2016), de Pol Kos
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Georges-Philippe & Nathalie Vallois devant « Donner Pass (After Bierstadt, for David Kos) » (circa 2016), de Pol Kos, Février 2018

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Vue de l’exposition Kinetic Landscape(s) de Paul Kos • Photo Maurine Tric

La galerie représente désormais vingt-sept artistes, gère six à sept expos par mois, fait travailler neuf personnes. Du coup, « si avant on passait notre vie avec les artistes, aujourd’hui ce n’est plus possible », reconnaît Nathalie Vallois. Mais, ils se sont bien gardés de trop s’en éloigner. « La question s’est posée à un moment d’ouvrir une galerie à l’étranger. Mais, on a choisi de rester accessibles à tous nos partenaires. On n’a pas voulu passer notre vie dans les avions ni tout notre temps à gérer le personnel ». Du coup, les Vallois ouvrent bien, il y a deux ans, un autre espace mais à quelques mètres seulement du 36 rue de Seine, au 33. Une dernière chose : la galerie s’est longtemps vu reprocher de vouloir jouer sur deux tableaux ou deux époques, représentant à la fois des artistes émergents et les Nouveaux réalistes des années 1960. Or, l’évolution des galeries leur a donné raison. Chacune cherche désormais son artiste historique. Comme s’en félicite Nathalie Vallois « on est plus à l’aise maintenant, on peut mélanger des jeunes et des vieux. En fait on l’a toujours été, se ravise-t-elle. On a toujours tenu à notre liberté de choix, totale et subjective. »

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Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois

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