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Série - Les artistes explorateurs

William Hodges, tour du monde avec James Cook

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Publié le , mis à jour le
Assoiffés de découvertes, en quête d’inconnu, nombreux artistes ont pris part aux grandes expéditions qui ont fait connaître le monde à l’Occident. Du XVIe au XIXe siècle, en Amérique, en Asie, dans les îles du Pacifique, Beaux Arts s’intéresse à ces artistes explorateurs qui ont façonné l’imaginaire des terres lointaines. Pour ce troisième volet, cap vers le sud avec William Hodges, peintre britannique et membre de la deuxième expédition de James Cook au XVIIIe siècle.
William Hodges, Une vue de la baie de Matavaï, sur l’île de Tahiti
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William Hodges, Une vue de la baie de Matavaï, sur l’île de Tahiti, 1776

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Huile sur toile • 137 x 193 cm • Coll. National Maritime Museum, Greenwich, Londres • © National Maritime Museum, Greenwich / Leemage

« 24 août 1773. Nous approchions peu à peu de la côte, poussés par une petite brise ; le soleil couchant répandait sur le paysage une charmante couleur de pourpre. Le district de Matavaï, qui se montrait à nos yeux, présentait une plaine plus étendue que nous ne l’attendions… » Consignées dans les rapports de son deuxième voyage, les descriptions enchanteresses de Tahiti par James Cook résonnent dans les toiles spectaculaires de William Hodges. Et pour cause : le peintre fut le compagnon de route du navigateur aux confins du sud. Car la couronne d’Angleterre insistait grandement sur le rôle de l’art dans les grandes explorations.

L’aventurier et cartographe James Cook est un héros national depuis son premier tour du monde par l’hémisphère sud, achevé en 1771. Aussi, en juillet de l’année suivante, il reprend la mer à bord du vaisseau Résolution, suivi par l’Aventure. L’amirauté lui impose comme dessinateur un jeune élève du grand paysagiste Richard Wilson, William Hodges (1744–1797). La relation entre William Hodges et James Cook n’en sera pas moins excellente.

Aquarelle tirée de l’album des « Îles de glace » (1768-1775) de William Hodges
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Aquarelle tirée de l’album des « Îles de glace » (1768–1775) de William Hodges

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Aquarelle • 49 × 70 cm • Coll. Mitchell Library, State Library of New South Wales • © Mitchell Library, State Library of New South Wales / Bridgeman Images

L’enjeu principal de l’expédition ? La découverte du légendaire continent austral, dont James Cook ne croit pas à l’existence… La descente s’effectue d’abord par le Cap de Bonne Espérance. Puis, le 17 janvier 1773, le cercle polaire antarctique est franchi pour la première fois. Plus loin au cours du voyage, entre janvier et février 1774, les deux navires réitèrent l’expérience et le Résolution s’enfonce sous la latitude record de 70° sud. Elle « frôle » de 130 km les terres de l’Antarctique… Hélas, le brouillard épais en voile la vue. Il faudra attendre 1820 pour que le continent soit observé pour la première fois par des Occidentaux. Dans l’océan glacial, les navires britanniques ont manqué d’être pris au piège. On est loin des petits icebergs déjà observés près du Groenland… William Hodges représente avec soin la complexité des reliefs de ces « îles de glace », qui ont fasciné et terrorisé les hommes.

William Hodges, Vue d’ensemble de l’île de Tahiti depuis le sud-est
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William Hodges, Vue d’ensemble de l’île de Tahiti depuis le sud-est, 1775

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Huile sur bois • 24,5 × 47,5 cm • Coll. National Maritime Museum, Greenwich, Londres • © National Maritime Museum, Greenwich / Leemage

Tous regardent avec curiosité ce drôle de personnage qui noircit des feuilles de papier et tire leurs portraits. Est-il un magicien ? Un poète ?

Le voyage ne se réduit pas à une expédition polaire. James Cook affine les descriptions des pourtours des îles du Pacifique, à commencer par la Nouvelle-Zélande. Il retrouve aussi avec son équipage des peuples approchés quelques années auparavant – tels les Maoris à Tahiti, qui, avec leur roi Otou, accueillent les Britanniques à bras ouverts. Tous regardent avec curiosité ce drôle de personnage qui noircit des feuilles de papier et tire leurs portraits. Est-il un magicien ? Un poète ? Ils le baptisent « Toe-Toe », surnom dont William Hodges ne saisira jamais vraiment le sens.

Dans les toiles qu’il compose a posteriori, le peintre n’oublie pas d’intégrer les figures d’indigènes, leurs costumes et leurs pirogues à voiles qui permettent les sorties en haute mer. Autre rôle capital joué dans l’histoire de l’art : William Hodges a pu observer d’un peu plus près, dans Les Marquises, les fameuses statues de l’Île de Pâques. Alors que le culte des ancêtres s’est éteint au cours du XVIIe siècle, les moaïs étaient alors déjà dans l’état d’abandon qu’on leur connaît aujourd’hui. James Cook les considère comme « les restes d’un temps plus fortuné », et William Hodges leur rend cette majesté des ruines dans une composition dépourvue de figure humaine.

William Hodges, Une vue des monuments de l’Île de Pâques
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William Hodges, Une vue des monuments de l’Île de Pâques, 1776

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Huile sur toile • 77,5 x 121 cm • Coll. National Maritime Museum, Greenwich, Londres • © Pictures From History / akg-images

Le 29 juillet 1775, le Résolution rentre au port de Plymouth. James Cook est promu au rang de capitaine et, un an plus tard, entreprend une troisième expédition destinée à ramener chez lui un Océanien, Omai, rencontré en 1773 en Polynésie et venu découvrir Londres. C’est au cours de ce voyage que le légendaire navigateur trouvera la mort, lors d’une altercation à Hawaï. William Hodges, lui, n’a pas pris part à cette nouvelle aventure. Alors qu’il a rendu les toiles et gravures commandées par l’amirauté en 1777 (nombre d’entre elles sont toujours dans les collections du musée national de la Marine à Greenwich), son épouse meurt. Le peintre trouve cependant dans le voyage un expiatoire. Il gagne l’Inde et y demeure jusque 1783, sous la protection du gouverneur du Bengale Warren Hastings. Là, il livre des vues idéalisées de la campagne de Calcutta – dans lesquelles on verra une nouvelle Arcadie. En 1793, quatre ans avant sa mort, ses souvenirs des années indiennes sont publiés dans un livre richement illustré.

William Hodges, Une vue du Cap Stephens et des difficultés de Cook dans les trombes marines
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William Hodges, Une vue du Cap Stephens et des difficultés de Cook dans les trombes marines, 1776

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Huile sur toile • 136 × 193 cm • Coll. National Maritime Museum, Greenwich, Londres • © National Maritime Museum, Greenwich / Leemage

Un artiste idéaliste, dans la lignée du paysage académique de Richard Wilson : c’est ce que l’on retiendra de William Hodges, qui tombera dans l’oubli jusqu’à la fin du XXe siècle. Le peintre compose, arrange ses paysages, mais ses études sur le motif témoignent aussi d’une grande qualité de topographe et d’ethnographe. Devant un tableau comme Vue du Cap Stephens, on est frappé par le spectaculaire, renforcé avec l’usage de petits personnages au premier plan suggérant la fragilité de l’Homme face à la nature. Par sa volonté de rendre les puissantes trombes d’eau avec vraisemblance, par son observation fine des phénomènes climatiques et atmosphériques, par son sens du drame et un usage inédit du clair-obscur dans le paysage, William Hodges préfigure la veine romantique, préparant le terrain pour un certain William Turner…

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