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Ernest Pignon-Ernest en 2 minutes

En bref

Avant même l’invention du street art, Ernest Pignon-Ernest (né en 1942) a fait de la rue son atelier. Non pas colleur d’affiches, mais créateur d’images surgissant des murs, l’artiste insère dans la ville des représentations humaines en grandeur réelle, qui prennent une connotation politique ou sociétale très forte. L’irréel, le fantastique, l’angoissant, le poétique font alors irruption dans la vie du passant, du badaud. Précurseur de l’art urbain, Ernest Pignon-Ernest propose de l’art à échelle humaine, revisitant le passé (militaire, colonial), interrogeant le présent, faisant de la rue un lieu de la culture. Ses interventions, véritables monuments de papier en noir et blanc, prennent place essentiellement en France.

Ernest Pignon-Ernest
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Ernest Pignon-Ernest

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© Fabrice Gibert / Courtesy Galerie Lelong & Co, Paris-New York

Il a dit

« Je travaille sur des villes, elles sont mon vrai matériau. »

Sa vie

Né à Nice dans un milieu modeste, Ernest Pignon entre dans la vie active à l’âge de 15 ans et pratique en parallèle le dessin. La découverte d’œuvres de Picasso, dans un exemplaire de Paris Match en 1954, est une révélation. Il travaille chez un architecte, ce qui lui permet de développer sa pratique, et fréquente le milieu artistique de l’École de Nice (Ben, Martial Raysse…).

Sensible à la détresse et aux enjeux du monde contemporain, le jeune homme est un engagé. Menace nucléaire, pauvreté, droit à l’avortement, conditions des immigrés et des exilés, protection des animaux… Ces thèmes, toujours attachés à des injustices, le touchent personnellement. En 1962, Ernest Pignon fait son service militaire en Algérie, et voit la proclamation de l’indépendance du pays. Cet évènement le politise. De retour en France, il travaille à des décors et des affiches de théâtre.

Au début des années 1970, Ernest Pignon commence à investir les murs de grandes villes pour y coller ses images. Il s’agit de sérigraphies réalisées à partir de dessins inspirés de thématiques politiques et sociales, ancrés dans la mémoire des lieux. L’artiste est ouvertement un homme de gauche, membre du parti communiste français jusqu’en 1985. Il se fait connaître au tout début des années 1970 par une série de collages spectaculaires sur la Commune de Paris, évènement insurrectionnel réprimé dans le sang en 1871. Il prend alors le nom d’Ernest Pignon-Ernest, pour se démarquer d’un peintre homonyme. En 1973, il s’installe à Paris, à la Ruche, une célèbre cité d’artistes qu’il contribue à sauver de la ruine (il aura plus tard un autre atelier à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, pour la réalisation de ses grands formats).

Toujours dans les années 70, l’artiste, en lien avec d’autres intellectuels, prend parti contre l’apartheid, en faveur de l’accueil des immigrés ou de l’avortement. Ses travaux plaisent dans les mouvements ouvriers et, à la demande de différents comités, il réalise de grandes peintures murales à vocation politique. Il s’engage dans le soutien aux Chiliens, en lutte contre le fascisme. D’autres combats le mobilisent dans les années 2000, en particulier la lutte contre le sida.

Les images d’Ernest Pignon-Ernest sont marquées par l’usage de la couleur noire. Elles entretiennent un lien de sororité avec la photographie, mais aussi la gravure. Placardées sur les murs des villes, ses œuvres deviennent des monuments fragiles, dégradables. L’artiste revendique cet effacement de l’image, le caractère éphémère de ses créations, dans un monde de plus en plus consumériste et capitaliste. Souvent détruites, elles n’existent alors plus qu’à travers des archives photographiques.

Ernest Pignon-Ernest a toujours entretenu des liens très serrés avec le milieu du théâtre et du cinéma. Dans ses œuvres graphiques ou picturales, il n’oublie pas non plus les hommages aux grands maîtres de la peinture et de la poésie (notamment Rimbaud). L’artiste a aussi une activité de sculpteur. En 1997, il réalise le monument de la Résistance à Saint-Pierre-des-Corps. Aujourd’hui encore, il intervient dans des villes et des lieux touchés par le chaos, l’abandon ou la déshérence.

Ses œuvres clés

Ernest Pignon-Ernest, La Commune
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Ernest Pignon-Ernest, La Commune, 1971

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Photographie • © Ernest Pignon-Ernest / ADAGP, Paris, 2021 / Courtesy Galerie Lelong & Co, Paris-New York

Les Gisants de la Commune, 1971

Première action spectaculaire de l’artiste, cette œuvre multiple est installée la veille du centième anniversaire de la Commune de Paris. Ernest Pignon-Ernest est intervenu directement dans des lieux attachés à l’histoire de cet épisode tragique. Sur les marches du Sacré-Cœur, il colle des centaines de sérigraphies représentant les victimes de la répression par le gouvernement d’Adolphe Thiers, comme des cadavres à terre. Dans les années 1970, les communards n’étaient pas encore réhabilités (ils le furent officiellement en 2016).

Ernest Pignon-Ernest, Rimbaud
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Ernest Pignon-Ernest, Rimbaud, 1978–2018

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Tirage numérique contrecollé sur aluminium • 54 × 40,7 cm • © Ernest Pignon-Ernest / ADAGP, Paris, 2021 / Courtesy Galerie Lelong & Co, Paris-New York

Rimbaud, 1978

Entre 1978 et 1979, Ernest Pignon-Ernest essaime 400 silhouettes du poète maudit à Paris et Charleville (vile de naissance de Rimbaud). Imprimées sur des papiers récupérés, de format rectangulaire, elles rendent hommage à une personnalité insaisissable, dont les écrits ont bouleversé l’artiste durant son adolescence. Il s’inspire de la photographie prise par Étienne Carjat du jeune poète à l’âge de 17 ans, image fuyante et touchante, aussi fragile que l’affiche elle-même.

Ernest Pignon-Ernest, Pasolini assassiné – Si je reviens – Napoli / Scampia
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Ernest Pignon-Ernest, Pasolini assassiné – Si je reviens – Napoli / Scampia, 2015

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photographie couleurs • © Ernest Pignon-Ernest / ADAGP, Paris, 2021 / Courtesy Galerie Lelong & Co, Paris-New York

Hommage à Pasolini, 2015

Dans les rues de Rome et Naples, Ernest Pignon-Ernest rend hommage au grand cinéaste controversé et visionnaire, retrouvé assassiné sur une plage d’Ostie en 1975. Le thème de la mort est omniprésent dans l’œuvre de Pignon-Ernest. Ici, il représente Pasolini portant son propre corps, tel qu’il fut découvert sur les lieux du crime. Le motif fait indiscutablement penser à une pietà moderne.

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À voir

L’exposition “Ernest Pignon-Ernest. Papiers de murs” est à découvrir en vidéo sur le compte YouTube de la ville de Reuil-Malmaison : https://www.youtube.com/watch?v=B5xxJd6_tcM

Par • le 15 février 2021
Retrouvez dans l’Encyclo : Ernest Pignon-Ernest

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