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Peintre d’origine suisse, contemporain de Klimt et de Rodin, Ferdinand Hodler (1853–1918) est associé à l’histoire du symbolisme. Habité par l’angoisse de la mort, Hodler développe dans son œuvre une réflexion sur la destinée humaine. En raison de son réalisme souvent cru, l’artiste a été érigé par certains de ses contemporains en peintre de la laideur. Cruel commentaire sur l’art d’un homme qui cherchait surtout la vérité et la beauté dans l’unité de la nature… Du portrait au paysage, l’œuvre de cet artiste forme l’une des plus importantes de l’école de peinture moderne suisse.
Ferdinand Hodler, Autoportrait, 1900
Huile sur toile • Coll. particulière • © Bridgeman images
« L’art, c’est le geste de la beauté. »
Né en 1853 à Berne, Ferdinand Hodler est marqué dans son enfance par la précarité et la mort. Issu d’une famille pauvre et nombreuse, il traverse dès son plus jeune âge une série de drames (la perte de son père, de deux frères puis de sa mère). Ces tragédies bouleversent l’artiste et aiguiseront en lui une conscience de la fragilité de l’existence humaine.
À Genève, la capitale des arts suisse, Hodler se forme à l’école de dessin et découvre l’œuvre de Gustave Courbet. L’art français, le réalisme, l’influencent considérablement. Hodler veut faire œuvre de vérité. Cherchant à s’ouvrir au monde, il expose à Paris et à Londres où il reçoit un accueil contrasté. Dans un style réaliste, le peintre traite en effet de sujets complexes sur la destinée humaine. Sa toile monumentale, la Nuit (1889–1890), se présente ainsi comme le manifeste de son symbolisme, l’expression obsessionnelle et tourmentée de son âme.
L’artiste a eu une vie sentimentale tumultueuse. Marié à Augustine Dupin, la mère de son enfant, il entretient une idylle avec une jeune danseuse de 19 ans, Bertha Stucki, qui se solde par un échec. En 1908, le peintre fait la connaissance d’une nouvelle femme devenue son modèle, Valentine Godé-Darel. Mais elle se révèle condamnée par la maladie. Hodler retracera son agonie dans une série de dessins saisissants, se confrontant en direct à la mort de sa bien-aimée.
Hodler voue un culte de la nature. Dans son œuvre, les figures sont souvent représentées dans une nature idéalisée, lumineuse et intemporelle. Le paysage pur occupe également une place singulière dans son travail. L’artiste cherche à capter l’essence de la nature, loin de toute humanité. Il y met en application sa théorie du parallélisme, soit la répétition de mêmes rythmes et motifs dans le décor qui suggère l’éternel recommencement des choses de la vie. Pour gagner sa vie, justement, Hodler s’adonne aussi au genre du portrait. Fidèle à son dépouillement parfois radical, l’artiste ne cherche pas l’embellissement mais à traduire la vérité physionomique du modèle. La quête de la vérité, toujours et sans fin…
À partir des années 1900, Hodler se rend célèbre grâce à de grandes commandes décoratives où il traite de grands sujets d’histoire. L’artiste expose aux Sécessions viennoises où triomphe l’art de Gustav Klimt. Il enseigne également à l’École des arts et métiers de Fribourg. Mais globalement, le peintre reste controversé. Certains voient en lui un réaliste brutal, d’autres l’un des grands maîtres de l’art moderne suisse. Il meurt à la toute fin de la Première Guerre mondiale, en mai 1918, alors que l’Europe est dans le chaos.
Ferdinand Hodler, Regard vers l’éternité, 1885
Huile sur toile • 246 × 168 cm • Berne, Kunstmuseum • © Bridgeman images
Regard vers l’éternité, 1885
En 1885, Hodler voit sa première exposition personnelle organisée à Genève. À cette époque, il s’intéresse aux figures de travailleurs et de déshérités. Dans cette toile, le peintre représente un artisan, un menuisier (métier qui fut celui de son père), occupé à fabriquer le cercueil d’un enfant. Les teintes claires s’opposent avec crudité au caractère morbide de la scène, pouvant susciter le malaise du spectateur. Le menuisier semble en prière, ce qui offre une lecture mystique du sujet, évoquant plus largement la cruauté de la vie.
Ferdinand Hodler, La Nuit, 1889–1890
Huile sur toile • 116 × 299 cm • Berne, Kunstmuseum • © leemage
La Nuit, 1889–1890
Cette composition majeure dans l’œuvre du peintre a donné lieu à un véritable scandale lors de son exposition publique à Genève, en 1891. Le maire de la ville condamna une image obscène, dominée par le nu, sans chercher à comprendre son symbolisme. À l’instar de Gustave Courbet dans l’Atelier du peintre, Hodler dresse dans ce tableau le bilan de sa vie amoureuse. Pris entre deux femmes, il se représente effrayé, surpris dans son sommeil par la mort, vêtue d’un drap noir. En travaillant sur le thème de l’angoisse, Hodler exprime la puissance des forces vitales qui président aux hommes.
Ferdinand Hodler, Paysage au-dessus du lac Léman, 1906
Huile sur toile • Munich, Nouvelle Pinacothèque • © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BStGS
Paysage au-dessus du lac léman, 1906
Ce paysage fut peint par Hodler en Suisse, son pays d’origine. Il représente un panorama grandiose sur le lac Léman, le plus grand lac alpin d’Europe centrale. Cette toile est représentative du symbolisme d’Hodler et de sa volonté de capter l’essence de la nature. Ici, nulle âme humaine mais l’expression d’une cosmogonie universelle. Les éléments de la nature se répondent, le bleu des montagnes au vert des prairies. Par ces jeux de répétition et de réponse, Hodler visait à symboliser le rythme immuable de la vie.
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