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Figure de l’art contestataire, l’aîné des frères Gao emprisonné par la Chine

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Les frères Gao performant pendant la cérémonie du prix Kandinsky à Moscou en décembre 2010
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Les frères Gao performant pendant la cérémonie du prix Kandinsky à Moscou en décembre 2010

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© Sergei Karpukhin / Reuters

C’est un nouveau coup dur pour la liberté de création. L’artiste chinois Gao Zhen (né en 1956), aîné des frères Gao, figures de l’art contemporain engagé, connus pour leurs œuvres critiques de l’autoritarisme chinois et du maoïsme, a été arrêté le 26 août dernier. Alors qu’il séjournait en Chine avec sa femme et son enfant, le plasticien de 68 ans a été menotté et embarqué par la police après une perquisition dans son atelier de Yanjiao. La raison : des statues vieilles de quinze ans représentant Mao Zedong

Rendue publique ce samedi 31 août sur les réseaux sociaux, l’arrestation de Gao Zhen fait suite à un durcissement de la censure en Chine, où une loi contre les « atteintes à la réputation et à l’honneur des héros et martyrs » a été adoptée en avril 2018, entraînant depuis des emprisonnements. Une situation qui avait poussé les frères Gao à quitter Pékin pour s’exiler aux États-Unis. Conscient du danger, Gao Zhen a décidé malgré tout d’aller rendre visite à sa famille en Chine cet été…

Mao Zedong, cible de l’art contestataire des frères Gao

Gao Zhen lors du forum Oslo Freedom en 2019
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Gao Zhen lors du forum Oslo Freedom en 2019

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Photo Kimberli Mäkäräinen

Nés dans une famille ouvrière de la province de Shandong, Gao Zhen et Gao Qiang (né lui en 1962) ont été profondément marqués par le décès de leur père en prison pendant la Révolution culturelle lancée en 1966 par Mao Zedong. Ce dernier, dont la dictature communiste a causé la mort de plusieurs dizaines de millions de Chinois, est longtemps resté la principale cible de leur art contestataire, qui s’exprime aussi bien à travers la sculpture que la peinture, la photographie, l’écriture et la performance.

Produites dans les années 2000, leurs sculptures Miss Mao ont fait le tour du monde : ces détournements grotesques aux couleurs pop des bustes officiels de l’ancien dirigeant chinois dotent ce dernier d’une paire de seins, d’un nez de Pinocchio et d’une truffe de Minnie Mouse. La Culpabilité de Mao (2009) le représente à genoux, repentant, et doté d’une tête amovible pour éviter la censure.

Gao Zhen et Gao Qiang dans leur atelier à Beijing au milieu des « Miss Mao »
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Gao Zhen et Gao Qiang dans leur atelier à Beijing au milieu des « Miss Mao », 2007

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© David Gray / Reuters

Également frappants, une minuscule Miss Mao argentée, juché en équilibriste sur une tête géante de Lénine (2009), et L’Exécution du Christ (2009) montrant Jésus tenu en joue par un groupe de clones de Mao, dont un semble éprouver des remords…

Une radicalisation inquiétante de la censure

Cela faisait néanmoins quinze ans que le duo ne s’était pas attaqué à la figure de Mao, et c’est la première fois que cette loi sur « l’atteinte » aux « héros » et « martyrs » est utilisée de manière rétroactive. Signe d’une radicalisation de la censure et du nationalisme chinois, ainsi que d’une glorification décomplexée de l’autoritarisme, cette nouvelle arme juridique est vue comme un prétexte permettant de réduire au silence les esprits critiques et les défenseurs de la démocratie. L’arrestation de Gao Zhen émeut et inquiète la communauté des artistes chinois en exil, nombreux depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping en 2013. Le plus célèbre d’entre eux étant Ai Weiwei, qui n’a pas pu retourner dans son pays depuis dix ans.

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