Les nouvelles formes de censure
Les nouvelles formes de censure
Rubens et Courbet se font caviarder par Facebook. Des militants afro-américains refusent à une artiste blanche le droit de représenter « la souffrance noire ». Adel Abdessemed retire une vidéo sous la pression de l’opinion publique… La liberté de création est désormais la cible d’attaques émanant aussi bien de ligues de vertu que d’activistes luttant contre les discriminations. Pire : le réflexe d’autocensure serait même entré dans les mœurs. Enquête aux quatre coins de la planète.
En chiffres
Tour du monde de la censure
L’artiste japonaise Rokudenashiko a été condamnée pour obscénité
© DR
48 emprisonnements d’artistes (dont 13 en Espagne, 12 en Chine et 9 en Iran), 672 artistes et œuvres d’art mis sur liste noire. Tel est le triste bilan dressé par le dernier rapport publié par l’ONG danoise Freemuse, associée à l’Unesco et référence en matière de liberté d’expression artistique. Des chiffres alarmants et en réalité beaucoup plus élevés, tant il est difficile de prendre en compte des cas où intimidations, menaces ou encore pressions sociales sont à l’oeuvre. Quoique la censure s’exerce évidemment de façon plus ou moins violente, Freemuse souligne qu’elle persiste à l’échelle de la planète, y compris dans des pays « de l’Ouest ».
En Chine, où une loi permet depuis 2017 aux autorités de poursuivre quiconque publie en ligne des contenus « nuisibles » au régime, mais aussi à Cuba, en Inde, Iran, Israël, Mexique, Pologne, Espagne, Venezuela et aux États-Unis, pays où elle se développe de façon préoccupante. Pourrait s’y ajouter le Brésil où, depuis le coup d’État institutionnel intenté contre Dilma Rousseff en 2016, l’extrême droite s’en prend à la culture. En témoigne l’annulation d’une exposition à Porto Alegre défiant la binarité de genre. Celle-ci sera cependant rouverte suite à une campagne de crowdfunding sans précédent – un cas de résistance citoyenne exceptionnel.
Outre les gouvernements, d’autres entités, souvent religieuses, prennent leur part dans le muselage des artistes. Sans surprise, le rapport Freemuse souligne également que les populations les plus persécutées dans le monde sont les femmes, les minorités et les personnes LGBT. En avril 2017, l’artiste japonaise Rokudenashiko a été condamnée à verser une amende de 400 000 yens (3 100 €) pour distribution numérique de documents « obscènes », liés à son « art du vagin ». Au total, le rapport Freemuse a comptabilisé, pour 2017, 553 cas de violations de liberté artistique dans 78 pays.
Le rapport Freemuse
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