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Récit

François-Auguste Biard, un romantique aux confins du Grand Nord

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À l’occasion du 9e Festival de l’histoire de l’art qui se tient du 7 au 9 juin à Fontainebleau, l’Institut national de l’histoire de l’art confronte trois peintres inspirés par le Grand Nord. À cette occasion, Beaux Arts revient sur l’incroyable expédition de l’un d’entre eux, François-Auguste Biard (1799–1882), jusqu’au Spitzberg en 1839, à la découverte des peuples Samis et des aurores boréales.
François-Auguste Biard, Embarcation attaquée par des ours blancs
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François-Auguste Biard, Embarcation attaquée par des ours blancs, 1839

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Huile sur toile • 131 × 163 cm • Leipzig, Musée des Beaux-Arts • © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image MdBK

On ne donnerait pas cher de leur peau ! Perdue entre les glaces, leur embarcation est à moitié submergée et les trois hommes sont assaillis par les ours polaires. Dans le coin inférieur droit, un calot esseulé. Peut-être celui d’un autre passager déjà tombé ? Au Salon de 1839, le tableau de François-Auguste Biard ne passe pas inaperçu . On nage en plein romantisme et le souvenir de la Barque de Dante d’Eugène Delacroix et de la Mer de Glace de Caspar David Friedrich est palpable. L’auteur est connu pour les scènes de genre badines qu’il envoie régulièrement et qui ont le don d’agacer Théophile Gautier. Dans son Embarcation attaquée par des ours blancs, l’artiste s’éloigne du pittoresque. Il veut que cela sonne vrai, au point de s’enfermer quelques heures dans la fosse des ours de la ménagerie du Jardin des Plantes, afin de les observer au plus près !

Portrait de François-Auguste Biard
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Portrait de François-Auguste Biard, 1880 – 1882

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© MEPL / Bridgeman Images

Voyageur, François-Auguste Biard a parcouru le pourtour méditerranéen en 1827 et, désormais, rêve de latitudes septentrionales. Le Nord a le vent en poupe car le roi Louis-Philippe, qui a lui-même foulé les territoires samis en Laponie en 1795, encourage son exploration. Opportuniste, François-Auguste Biard sent la possibilité de commandes. Par l’intermédiaire de sa fiancée Léonie d’Aunet – qui deviendra sa femme en 1840 –, l’artiste parvient à intégrer une expédition à bord de La Recherche, la corvette de Joseph Paul Gaimard. Ce naturaliste s’intéresse au Nord de la Scandinavie à partir de 1838, après avoir mené des expéditions scientifiques en Islande et au Groenland. Fait rarissime pour l’époque : Joseph Paul Gaimard accepte même la présence à bord de la compagne de l’artiste.

En mai 1839, François-Auguste Biard et Léonie d’Aunet embarquent donc au Havre pour Hambourg, avant de rejoindre Christiania (l’actuelle Oslo) en traversant le Danemark et la Suède. Puis ils gagnent alors Trondheim et avancent péniblement vers le Nord, slalomant entre les récifs et les rochers, évitant le maelström et gênés par la brume et la neige. L’embarcation franchit le cercle polaire le 19 juin, traverse les Îles Lofoten et rejoint Hammerfest, la ville la plus au Nord du globe. Marqué par toutes ces découvertes, à commencer par le soleil de minuit, le peintre enregistre ses impressions sur le papier et prétend même avoir passé neuf nuits sans dormir pour ne pas en perdre une miette !

Francois-Auguste Biard, Vue de l’océan glacial, pêche au morse des Groenlandais
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Francois-Auguste Biard, Vue de l’océan glacial, pêche au morse des Groenlandais, 1845

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huile sur toile • 130 x 163 cm • Coll. musée du Château, Dieppe • © Akg-images / Erich Lessing

La fin du voyage de François-Auguste Biard prend une tournure ethnographique d’observation.

Le 31 juillet, la corvette atteint enfin le Spitzberg, la vaste Baie de la Madeleine que Léonie d’Aunet décrira en 1854 – dans le récit qu’elle allait laisser de son voyage – comme un « ensemble étrange et merveilleux » : « La palette ne peut le reproduire, la description ne peut le faire comprendre ». Pourtant, François-Auguste Biard s’y applique, passant des heures assis sur la neige afin d’en saisir le relief dans son intégralité. Par la suite, l’équipée explore le pays des Samis, que l’on appelait encore Lapons. Ce peuple de la toundra occupe un vaste territoire traversant le nord de la Norvège, de la Suède et de la Finlande pour rejoindre la Russie et évolue dans un contact quotidien avec la nature, vivant de la chasse, de la pêche et de l’élevage de rennes. La fin du voyage de François-Auguste Biard prend ainsi une tournure ethnographique d’observation de cette culture autochtone encore méconnue. Puis, avec sa fiancée, le peintre rentre enfin à Berlin à la mi-octobre.

À partir de centaines de croquis, dont on a malheureusement perdu la trace, le peintre compose des tableaux sur le thème de l’Arctique durant son retour. Il les expose au nombre de six au Salon de 1841 : épisodes de l’expédition de Louis-Philippe en 1795, scènes de la vie des Samis et deux paysages de glace dont on retient Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg, effet d’aurore boréale. Si l’artiste s’inspire de sa propre expérience ainsi que des relevés géologiques détaillés d’Eugène Robert, il s’agit de vues recomposées encore ancrées dans la tradition du paysage historique. François-Auguste Biard a bien observé des aurores boréales, lorsque « la nuit n’est plus la nuit » et vu des cadavres de pêcheurs, mais c’était plus tard dans l’exploration, en territoire sami.

François-Auguste Biard, Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg , effet d’aurore boréale
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François-Auguste Biard, Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg, effet d’aurore boréale, vers 1840

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huile sur toile • 130 × 163 cm • Paris, Musée du Louvre • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

François-Auguste Biard ne répétera pas son voyage vers le Nord. S’il lui arrive de revenir aux thèmes polaires, notamment pour le décor monumental dont il obtient la commande pour le museum d’Histoire naturelle en 1851, c’est de façon épisodique. Le peintre s’intéresse à d’autres causes et c’est par exemple surtout pour la composition qu’il dédie à l’abolition de l’esclavage en 1848 que l’Histoire l’a retenu. Entre temps, le peintre rompt avec Léonie d’Aunet qui entreprend une liaison passionnée avec Victor Hugo dès 1841… Sept ans avant François-Auguste Biard, le peintre Norvégien Peder Balke avait franchi Cap Nord avant de présenter quelques années plus tard des vues esseulées du Grand Nord au public du Salon, dans une approche métaphysique du paysage aux frontières de l’abstraction. François-Auguste Biard s’inscrit encore dans une approche spectaculaire où le paysage est aussi un élément narratif. Cette vision a néanmoins largement participé à forger l’imaginaire collectif du Grand Nord qui nous habite encore aujourd’hui.

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Sauvages nudités : peindre le Grand Nord (François-Auguste Biard, Peder Balke, Anna-Eva Bergman)

Du 7 juin 2019 au 8 juillet 2019

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Cap au Nord

Sous le commissariat d’Éric de Chassey, directeur de l’Institut national d’histoire de l’art, l’exposition au château de Fontainebleau est l’occasion de revenir sur trois artistes qui ont effectué ce passage du Cap Nord. L’approche du François-Auguste Biard (1799-1882) est encore très marquée par le pittoresque romantique, avec un goût immodéré pour le spectaculaire. Pour le Norvégien Peder Balke (1804-1887), son contemporain, les paysages rocheux et la lumière unique du Nord sont une source inépuisable de compositions aux petits formats, de plus en plus abstraites, résultant en tableaux dichromes, de noirs et blancs travaillés au peigne et au grattoir. Un siècle plus tard, sa compatriote Anna-Eva Bergman (1909-1887) évolue dans une abstraction bien établie. Elle se rend deux fois dans le Nord norvégien en 1950 et 1964, et transpose elle aussi ses images mémorielles dans une veine personnelle, en des découpages de bandes colorées sur lesquelles elle ne cesse de revenir. Bénéficiant du soutien de la Fondation Hartung-Bergman et du Nordic Institute of Art d’Oslo, l’exposition se déroule dans le cadre du 9e Festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau, du 7 au 9 juin 2019, qui est consacré au thème du « Peuple » et dont les pays nordiques sont les invités.

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Festival de l’Histoire de l’Art

Du 7 juin 2019 au 9 juin 2019

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