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Photographe de l’instant, assoiffé de voyages, Henri Cartier-Bresson (1908–2004) est souvent surnommé « l’œil du siècle » ! Le photoreporter est connu pour ses images chocs ou poétiques, sa participation aux grands évènements politiques et sociaux du XXe siècle, ses portraits d’écrivains et d’artistes. Photographe du Siècle, il a su capter des « instants décisifs », « à la sauvette » selon son expression. Avec rapidité, Cartier-Bresson fait preuve d’une remarquable sagacité à composer une image, à trouver un angle de vue toujours surprenant. Le banal n’est jamais ordinaire, l’histoire jamais anodine.
Henri Cartier-Bresson lors de l’exposition Oskar Kokoschka en 1955
© akg-images / Imagno / Franz Hubmann
« L’aventurier qui est en moi se sentit obligé de témoigner, avec un instrument plus rapide qu’un pinceau, des cicatrices du monde. »
Né en Seine-et-Marne en 1908, Cartier-Bresson envisage tout d’abord de devenir peintre. Il est l’élève du cubiste André Lhote, qui a ouvert une académie à Montparnasse. Cartier-Bresson fréquente le cercle du surréalisme, une influence esthétique et politique (communiste) qui oriente sa lecture du monde et sa vision du photojournalisme. Il délaisse les pinceaux et choisit la photographie.
En 1932, Henri Cartier-Bresson achète son premier Leica, le boîtier historique des photoreporters. Il voyage à travers le monde : Côte d’Ivoire, Mexique, États-Unis…. À son retour à Paris, en 1936, il est assistant de Jean Renoir sur deux films, La Vie est à nous et Partie de campagne. Cartier-Bresson devient documentariste en produisant un reportage puissant sur la Guerre d’Espagne. Il immortalise aussi les congés payés, instaurés en France par le Front populaire. Son regard, engagé, est moins orienté vers les puissants que vers le peuple, ses espoirs, ses misères, ses souffrances.
En 1940, le photographe intègre une unité spéciale de l’armée, consacrée à l’image. Mais il est fait prisonnier. Au prix de plusieurs tentatives risquées, il parvient à s’évader et assiste à la Libération de Paris. Il s’engage alors politiquement en faveur du sort des prisonniers et déportés de guerre.
C’est au cours de l’année 1944 que le photographe réalise une série de portraits célèbres : Picasso, Matisse, Bonnard… Avec un œil d’artiste, empathique, il capte la personnalité atypique de grands peintres et écrivains de son temps. Ses œuvres sont exposées au MoMa de New York en 1947. Cette année-là, il fonde l’agence Magnum avec Robert Capa et plusieurs autres reporters. Cartier-Bresson se tourne alors vers le reportage d’actualité.
Entre 1948 et 1950, Cartier-Bresson s’installe en Asie. En Inde, il photographie les funérailles de Gandhi, en Chine, l’instauration du régime communiste, en Indonésie, l’indépendance. Le magazine Life diffuse ses images dans le monde entier. En 1954, il sera le premier à publier des photographies de l’URSS au sortir de la guerre froide. Par la suite, il continuera à voyager pour couvrir les actualités mondiales pour les médias, retournant en Chine, en Inde et au Mexique.
Dans les années 1970, Henri Cartier-Bresson se retire progressivement de l’agence Magnum, tout en y déposant ses archives. Il veut se consacrer à un travail plus personnel et introspectif, grâce à la pratique du dessin. En 2003, une fondation à son nom est ouverte par son épouse Martine Franck, également photographe, à Paris. Le photographe décède l’année suivante.
Henri Cartier-Bresson, Derrière la gare Saint-Lazare, 1932
épreuve gélatino-argentique • 35,4 × 23,8 cm • © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
Derrière la gare Saint-Lazare, 1932
Cette photographie est l’une des plus célèbres de Cartier-Bresson, qui a su saisir le saut décisif d’un passant au-dessus d’une flaque d’eau, sur le pont de l’Europe qui domine la gare Saint-Lazare. La légèreté de la silhouette fugitive contraste avec la pesanteur et l’immobilisme du paysage urbain, comme s’il s’agissait d’un oiseau surgissant d’une cage. Cette image est très influencée par le surréalisme. Cartier-Bresson semble avoir arrêté le temps !
Henri Cartier-Bresson, Albert Camus, 1944
épreuve gélatino-argentique • 23,8 × 35,4 cm • © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
Albert Camus, 1944
Toujours très intuitifs, les portraits de Cartier-Bresson parviennent à dégager l’essentiel des personnalités qu’ils figurent. Ils semblent délivrer une forme de vérité. Ses photographies sont rarement arrangées mais prises sur le vif. Camus est alors l’un des plus célèbres écrivains français, associé à la Résistance. Comme De Gaulle, il incarne, pour toute une génération, des valeurs dans lesquelles le photographe se reconnaît.
Henri Cartier-Bresson, Gold Rush. En fin de journée, bousculades devant une banque pour acheter de l’or. Derniers jours du Kuomintang, Shanghai, 23 décembre 1948
épreuve gélatino-argentique • 23,8 × 35,4 cm • © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
Gold Rush. En fin de journée, bousculades devant une banque pour acheter de l’or. Derniers jours du Kuomintang, Shanghai, 23 décembre 1948
Issu d’une commande pour le magazine Life, ce cliché illustre une bousculade populaire à Shanghai dans le climat de la création de la République populaire. La tension et la confusion sont palpables. À cette époque, Cartier-Bresson vient de fonder l’agence Magnum, basée sur la coopération entre photographes et sur leur indépendance, révolutionnant ainsi l’organisation du photojournalisme.
Henri Cartier-Bresson, Rue de Vaugirard, Paris, mai 1968
épreuve gélatino-argentique • 23,8 × 35,4 cm • © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos
Rue de Vaugirard, Paris, mai 1968
Un homme en costume et chapeau melon, qui personnifie la société d’après-guerre, s’arrête devant un slogan inscrit sur un mur de Paris par la jeunesse en révolte. Sans violence, ni jugement moral, Cartier-Bresson saisit deux mondes, deux France, qui se font face. Comme souvent, le photographe met en tension deux symboles qui contrastent, ici deux générations, la société vieillissante et les espérances de la jeunesse.
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