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Honoré Daumier en 2 minutes

En bref

Caricaturiste de génie, peintre réaliste et sculpteur, Honoré Daumier (1808–1879) conjugue tous les talents. Ses dessins lithographiques, principalement publiés dans Le Charivari, se concentrent majoritairement sur deux thématiques : la vie politique et les mœurs. Dans ses vignettes d’une redoutable efficacité, il montre les travers de ses concitoyens en élaborant des silhouettes types : la bourgeoise, l’usurier avare, le politique carriériste, l’ouvrier pauvre… L’œuvre lithographique de Daumier compte quelque 4000 dessins !

Étienne Carjat, Honoré Daumier
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Étienne Carjat, Honoré Daumier

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© Lebrecht Music Arts / Bridgeman Images

On a dit de lui

« Ce gaillard-là a du Michel-Ange sous la peau ! » Honoré de Balzac

Sa vie

Honoré Daumier est né à Marseille dans une famille d’artisans. En 1816, les Daumier s’installent à Paris car le père, poète à ses heures, caresse des ambitions littéraires. Le jeune garçon débute sa vie modestement comme garçon de courses dans un cabinet d’huissier. Mais c’est déjà, pour lui, l’occasion d’observer des « types » sociaux. Bien que peu soutenu par son père, Honoré entre dans une académie de dessin et commence par travailler à des affiches publicitaires.

C’est dans la presse, qui est en plein essor, que Daumier fait ses véritables débuts. Au début de la Monarchie de Juillet, il devient caricaturiste politique. Très vite, il travaille pour des journaux satiriques qui comptent : La Caricature et Le Charivari. Dessinateur de presse est, à cette époque, un métier dangereux car la censure s’exerce sous prétexte d’outrage aux bonnes mœurs et à la morale (qu’elle soit religieuse ou politique). Et Daumier ne se prive pas d’être mordant. Sa célèbre caricature de Louis-Philippe en Gargantua lui vaut d’ailleurs un séjour en prison.

Pour Daumier, la société semble être un perpétuel théâtre. Ses charges dans la presse sont surtout dirigées contre le monde politique. En 1832, il livre pour La Caricature une célèbre suite de portraits-charges de parlementaires qu’il avait d’abord modelés en terre crue (mais Daumier ne s’est jamais considéré comme un sculpteur). Par la suite, il se livre plutôt à la caricature de mœurs. L’artiste moque les Parisiennes, les couples bourgeois, les écrivains prétentieux, les riches banquiers… Sa technique est maîtrisée et son trait acéré. Les légendes accompagnant ses dessins sont le fruit de collaborateurs, Daumier considérant pour sa part les images comme suffisamment explicites.

En 1848, Daumier accompagne l’élan révolutionnaire en faveur de la Deuxième République. Il participe à un célèbre concours pour la création d’une nouvelle allégorie de la Nation. Mais c’est un feu de paille. Daumier sent le vent tourner et perçoit très vite la société nouvelle qui naîtra du Second Empire : luxueuse, superficielle, moderne…

Son rêve demeure la peinture. Il s’y consacre à partir de 1848 et se trouve exposé au Salon de 1849. Sa veine réaliste et ses sujets populaires le rapprochent d’un Gustave Courbet. Louée par Baudelaire, cette part de sa production reste néanmoins moins reconnue que ses illustrations ou ses caricatures.

Bien qu’il ait produit beaucoup de dessins tout au long de sa carrière, Daumier a vécu chichement. C’est pour cette raison, après son renvoi du Charivari, qu’il s’installe à l’écart de Paris, dans le Val d’Oise. Sa vue décline tragiquement. Daumier décède à l’âge de 71 ans à Valmondois, non sans avoir vu l’avènement de la Troisième République et la première rétrospective de son œuvre à la galerie Durand-Ruel en 1878.

Ses œuvres clés

Honoré Daumier, Gargantua : Louis-Philippe et les impôts
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Honoré Daumier, Gargantua : Louis-Philippe et les impôts, 1831

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Lithographie • Bibliothèque nationale de France, Paris • © BnF, Paris

Louis-Philippe en Gargantua, 1831

Cette caricature politique valut à Daumier d’être arrêté et mené en prison. En le représentant avec la tête en forme de poire, l’artiste ridiculise Louis-Philippe, monté sur le trône suite à la révolution de juillet 1830. Ici, il le compare à Gargantua, le héros de Rabelais, avalant les impôts du peuple afin de les transformer en avantages pour les privilégiés. La monarchie de Juillet est un régime bourgeois, qui ne laisse pas les opinions républicaines s’exprimer. Or, Daumier est un fervent républicain qui ne cache pas ses opinions.

Honoré Daumier, Charles Philippon, journaliste, directeur de La Caricature et du Charivari
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Honoré Daumier, Charles Philippon, journaliste, directeur de La Caricature et du Charivari, 1832

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Terre crue peinte • 16,4 × 13 × 10,6 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Photo RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Les célébrités du Juste Milieu (Charles Philipon), 1832–1835

Dans cette série de bustes caricaturaux, Daumier accuse les traits des députés (parlementaires) et pairs de France, y compris Charles Philipon qui était son patron et le fondateur des deux feuilles satiriques La Caricature et Le Charivari. À la suite de ce travail en relief, Daumier réalisa sa célèbre série de dessins lithographiques sur ce thème. Dans cet ensemble, Daumier se moque en particulier de la figure des banquiers, incarnation du capitalisme naissant et de l’opportunisme politique.

Honoré Daumier, La République
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Honoré Daumier, La République, 1848

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Huile sur toile • 73 × 60 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Photo RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

La République, 1848

En 1848, Daumier participe à un concours pour créer l’image officielle de la Deuxième République. Sept-cents candidats présentent leur esquisse à l’école des Beaux-Arts. Daumier actualise l’allégorie de la charité romaine, en représentant une femme opulente allaitant de vigoureux bambins. L’artiste donne corps à son idée d’une république forte et nourricière. Classé onzième, Daumier laissa son œuvre à l’état d’esquisse.

Honoré Daumier, Don Quichotte et Sancho Panza
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Honoré Daumier, Don Quichotte et Sancho Panza, 1868

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Huile sur toile • 52 × 32,6 cm • Neue Pinakothek, Munich • © Bridgeman images

Don Quichotte et Sancho Panza, 1868

Daumier affectionne l’antihéros Cervantès. Il consacre à Don Quichotte et son équipier vingt-cinq tableaux, aquarelles et dessins. Serait-ce une forme d’autoportrait caché de l’artiste ? Don Quichotte, comme Daumier, est un personnage idéaliste mais aussi marginal, solitaire et incompris dans la société de son temps.

Par • le 9 novembre 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Réalisme Honoré Daumier

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