Sculpteur du roi Louis XV, Jean-Baptiste Pigalle est un artiste de style néoclassique, toutefois marqué par l’esprit du baroque. Connu pour ses bustes et ses sujets mythologiques, en particulier Mercure attachant ses talonnières, Pigalle est reçu de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1744. Protégé par la marquise de Pompadour, qui apprécie son style délicat, il travaille pour les personnalités de la cour, l’Église catholique, et livre des portraits de quelques illustres contemporains, dont Diderot et Voltaire.
Marie-Suzanne Roslin, Portrait du sculpteur Pigalle, assis, portant l’habit de l’ordre de Saint-Michel, 1770
Pastel • 90 × 73 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © akg-images
« Il semblait s’être fait une loi rigoureuse de n’imiter que la vérité, telle non seulement que les yeux peuvent la voir, mais telle que les mains pourraient la toucher. » Joubert
Jean-Baptiste Pigalle est issu d’une famille d’ébénistes parisiens. Il reçoit une éducation simple. Son père pense faire de lui un tailleur de pierre ou un entrepreneur. Le sculpteur Robert Le Lorrain, voisin de la famille, remarque le jeune garçon et le prend dans son atelier. Pigalle se lie ensuite d’amitié avec Jean-Baptiste Lemoyne. Ce dernier, plus âgé, prend alors la direction de la formation de Pigalle.
Grand travailleur, Pigalle est un artiste infatigable. À ses débuts, il observe l’ascension fulgurante de son ami et formateur, Jean-Baptiste Lemoyne. À l’âge de 20 ans, Pigalle devient élève à l’Académie de peinture et de sculpture. Il reste attaché à l’atelier de Lemoyne et y fait la connaissance d’Étienne Maurice Falconet, qui deviendra plus tard son rival. Malheureusement, Pigalle échoue au prix de Rome en 1735. De lui-même, muni de faibles moyens, il part tout de même dans la Ville éternelle étudier les chefs-d’œuvre de l’art antique. L’artiste connaît alors de premiers succès auprès de collectionneurs fortunés. Rassuré, il décide de revenir en France, séjournant deux ans à Lyon, où il travaille pour l’Église.
Les grandes espérances de Pigalle reposent sur la création d’une œuvre qui assoirait enfin sa reconnaissance : Mercure. À Lyon, il s’y consacre sans relâche, jusqu’à négliger sa santé. Un coup d’éclat lui est nécessaire pour sortir de la misère. Fin prêt, le sculpteur revient à Paris et dévoile son chef-d’œuvre à ses amis artistes qui le soutiennent. Enhardi, il présente cette œuvre en terre cuite dans son atelier avant de la faire traduire en plâtre et de la présenter au Salon en 1742. Son succès est complet. À 30 ans, il est ainsi reçu membre de l’Académie en 1744.
Soutenu par le comte d’Argenson, proche de Louis XV, Pigalle se voit enfin confier d’importantes commandes. Il œuvre pour la façade de l’église Saint-Louis-du-Louvre et pour l’hôtel des Invalides. Progressivement, son talent est porté à la connaissance du roi Louis XV qui apprécie son Mercure. Pigalle sculpte alors son pendant, une Vénus qui attire l’attention de madame de Pompadour, laquelle lui commande par la suite son buste. L’artiste qui obtient un atelier dans l’enceinte du Louvre, se verra aussi confier ceux de Voltaire, de Diderot, du maréchal de Saxe et bientôt de Louis XV.
Académicien, professeur et protégé de la cour, Pigalle continue de se livrer à de grands travaux. Pour le comte d’Argenson, il crée une statue de Louis XV, terminée en 1756. Il travaille aussi pour Saint-Sulpice et d’autres églises parisiennes. Sa réputation se répand en France, notamment à Rouen. Les années 1860 sont, pour le sculpteur, très laborieuses. Il conduit notamment la réalisation du tombeau du comte d’Harcourt et achève la statue de Louis XV entreprise par Bouchardon (sur la demande de celui-ci). En 1770, Pigalle reçoit la commande d’une statue représentant Voltaire, qu’il choisit d’immortaliser nu, à l’antique, mais sans héroïser le personnage, un choix audacieux pour l’époque. Le sculpteur décède en 1785.
Jean-Baptiste Pigalle, Mercure attachant ses talonnières, 1744
Marbre • 58 × 35,5 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images
Ce marbre représente le morceau de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture de Jean-Baptiste Pigalle. Mais le sculpteur en a présenté le plâtre au Salon dès 1742. Le modèle connaît un succès immédiat. Le jeune dieu Mercure est immortalisé souriant, assis, son caducée aux pieds, en train de rattacher sa sandale gauche. Pigalle joue avec la torsion du corps : le buste et les bras sont tournés vers la gauche, la tête pivote à droite. La figure mythologique semble animée par la vie, comme déjà prête à quitter le repos. Le sculpteur témoigne à la fois de sa connaissance des règles académiques mais aussi de sa méditation des chefs-d’œuvre de l’art antique et de la Renaissance italienne.
Jean-Baptiste, L’Amitié sous les traits de Madame de Pompadour, 1753
Marbre • 166,5 × 62,8 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Erich Lessing / Bridgeman Images
Cette allégorie de l’amitié prend les traits de la marquise de Pompadour, maîtresse officielle de Louis XV jusqu’en 1752. À cette date, les amours du roi le portent ailleurs et madame de Pompadour devient son amie et fidèle conseillère. C’est elle qui commande cette statue à Pigalle pour son parc du château de Bellevue. L’Amitié est représentée en pied, vêtue d’une simple robe, pleine d’un naturel charmant. Deux ans auparavant, Pigalle avait livré un buste de la marquise, dans l’éclat de ses 30 ans, aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum de New York.
Jean-Baptiste Pigalle, Voltaire, 1776
Marbre • 150 × 89 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Erich Lessing / Bridgeman Images
Philosophe des Lumières, Voltaire est déjà célèbre en son temps. Huit ans avant sa mort, une assemblée d’intellectuels lance une souscription pour élever une statue en son honneur. La commande est confiée à Pigalle qui fait le choix de le représenter à l’antique, dans sa nudité, mais non à la manière d’un héros de l’histoire. Il est ici plutôt figuré en vieil homme dans la lignée de Sénèque. Voltaire est nu, sur un tronc d’arbre, et son corps accuse les marques du temps. D’un réalisme stupéfiant, il est entouré d’attributs qui signalent son statut d’intellectuel et de philosophe.
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