Article réservé aux abonnés

LE TOPO

Jean Fouquet en 2 minutes

En bref

Est-il un peintre du Moyen Âge tardif ou déjà un homme de la Renaissance ? Jean Fouquet (vers 1420 – 1478 ou 1481) est considéré comme l’un des grands primitifs, un monument de la peinture française au XVe siècle. Miniaturiste de grand talent, dont la tradition est dominée par les Flamands, il tire cet art – qui connaît son âge d’or – vers la peinture. Fouquet travaille pour le roi Charles VII et les grands de la cour. Bien qu’il descende des peintres de Bruges, Fouquet introduit dans l’art français des influences venues d’Italie (son goût pour l’architecture, le paysage, la perspective). Son œuvre, dont une grande partie a disparu, a commencé d’être redécouverte au début du XXe siècle.

Jean Fouquet, Autoportrait
voir toutes les images

Jean Fouquet, Autoportrait, vers 1452

i

Cuivre, émail bleu sombre et camaïeu d’or • Diamètre : 7,5 cm • Département des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes du Musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

On a dit de lui

« Sa manière d’ajuster est large et vraie, ses compositions sont ingénieuses et bien ordonnées, il a plus de perspective aérienne et linéaire qu’aucun de ses devanciers. » Auguste de Bastard

Sa vie

Le contexte de la guerre de Cent Ans

Né en Touraine à une date qui demeure incertaine, Jean Fouquet grandit dans une époque troublée, alors que la guerre de Cent Ans fait rage. Paris est occupé par les Anglais, et une partie de la cour de France se trouve à Bourges. Sa formation reste inconnue et les historiens de l’art n’ont pas réussi à trancher entre différentes hypothèses.

Séjour en Italie

Ses œuvres de jeunesse ne sont pas connues, mais il semble s’être rapidement fait une belle réputation dans le domaine de la miniature et du portrait. S’étant rendu en Italie – peut-être sur une sollicitation du pape Eugène IV –, il réalise son portrait à Rome (vers 1444–1446, disparu mais connu par une gravure). En Italie, Fouquet se lie avec divers artistes romains et florentins dont, possiblement, Gentile da Fabriano. Il lui apprit peut-être à manier l’or, utilisé dans les fonds des miniatures. Fouquet se forme aussi vraisemblablement à la représentation animalière. Hormis ce séjour italien, Jean Fouquet a passé sa vie à Tours.

Étienne Chevalier pour protecteur

L’artiste doit encore trouver un protecteur, un mécène. Il le rencontre en France, en la personne de maître Étienne Chevalier, trésorier de France. Veuf, ce dernier commande au peintre un ex-voto à la mémoire de son épouse pour l’église de Melun. Dans ce fameux diptyque [ill. ci-dessous], Fouquet doit à la fois rendre hommage à la Vierge et à une bienfaitrice de Chevalier, Agnès Sorel, la maîtresse du roi Charles VII. Il réalise aussi pour ce commanditaire des Heures, ces miniatures précieuses glorifiant les Évangiles. Ce travail l’occupe sans doute plusieurs années.

Peintre du roi

Étienne Chevalier demeure pour Fouquet un mécène fidèle, en dépit de la mort de Charles VII (dont il réalise un célèbre portrait) et de la succession de Louis XI. Fouquet poursuit son travail de miniaturiste et livre un puissant portrait de Guillaume Jouvenel des Ursins, chancelier de France. Louis XI lui fait aussi réaliser son portrait. Jean Fouquet, qui est alors considéré comme peintre du roi, trouve un nouveau protecteur en la personne de Jacques de Nemours, comte d’Armagnac, qui lui commande des miniatures.

Dernière demeure à Tours

Comment Jean Fouquet termina-t-il sa vie ? À Tours très certainement. Certains le décrivent comme esseulé, d’autres comme ayant eu un atelier florissant avec ses deux fils. Il serait mort vers 1480.

Ses œuvres clés

Jean Fouquet, Diptyque de Melun
voir toutes les images

Jean Fouquet, Diptyque de Melun, vers 1450

i

Huile sur bois • 120 × 224 cm • Démembré en deux panneaux, l’un à la Gemäldegalerie de Berlin, l’autre au Musée royal des beaux-arts d’Anvers • © Wikimedia Commons

Diptyque de Melun, vers 1450

Les historiens s’accordent à reconnaître dans le volet de droite, également surnommé « la Vierge d’Anvers », un portrait d’Agnès Sorel dans la Vierge à l’enfant du diptyque votif (aujourd’hui démembré) commandé à Jean Fouquet par Étienne Chevalier (ici à gauche, en prière), l’un des proches du roi, pour la collégiale de Melun. Agnès Sorel préside à une assemblée de séraphins rouges comme brûlants de désir, les premiers dans la hiérarchie céleste des anges ; et de chérubins bleus incarnant la sagesse divine. Ce choix fut considéré comme blasphématoire car Agnès Sorel était considérée comme une personnalité scandaleuse, étant la maîtresse de Charles VII. Détail des plus érotiques, la poitrine de la maîtresse du roi émerge d’une robe dite « à la gourgandine », dont les lacets étaient faciles à défaire. Et l’enfant ne paraît être qu’un simple accessoire reposant étrangement sur les plis du manteau, auquel la supposée Vierge prête une attention distraite. Agnès Sorel brille ici par la magnificence de ses atours : couronne perlée, manteau en soie moirée garni de fourrure d’hermine. 

Jean Fouquet, Autoportrait
voir toutes les images

Jean Fouquet, Autoportrait, vers 1452

i

Cuivre, émail bleu sombre et camaïeu d’or • Diamètre : 7,5 cm • Département des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes du Musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Autoportrait, vers 1452

Ce médaillon représentant l’artiste se trouvait originellement sur un diptyque peint pour son protecteur, Étienne Chevalier. Il s’agirait du premier autoportrait de la peinture française, l’artiste affirmant son statut et son identité. Jean Fouquet se représente de face, le regard perçant, la mine sérieuse. Il aurait, à cette époque, une trentaine d’années. 

Jean Fouquet, Portrait de Charles VII
voir toutes les images

Jean Fouquet, Portrait de Charles VII, 1450–1455

i

Huile sur bois • 85,7 × 70,6 cm • Département des Peintures du Musée du Louvre, Paris • © Wikimedia Commons

Portrait de Charles VII, 1450–1455

Dans ce portrait sans idéalisation, le roi apparaît triste, sur un fond de vert, entre deux rideaux ouverts. Charles VII est richement vêtu, et son ample manteau lui donne une stature imposante, tel un buste sculpté. Sans aucun doute, le roi doit incarner la puissance et la stabilité. Jean Fouquet innove en renonçant à représenter son modèle de face, comme le veut la tradition. Il le fait poser de trois quarts, de manière très naturelle et traduisant la psychologie, un peu lasse, de Charles VII.

Par • le 5 juin 2023
Retrouvez dans l’Encyclo : Primitifs flamands Jean Fouquet

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi