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« Pompier », Jean-Léon Gérôme (1824–1904) ? Le terme désigne, avec un fort accent péjoratif, les grands noms de la peinture académique du XIXe siècle. Sans aucun doute, ce peintre fut l’une des stars de l’art officiel sous la Restauration et le Second Empire. En 2010, le musée d’Orsay a tenté de dépoussiérer son image en montrant au public ses tableaux d’histoire, parfois spectaculaires, mettant en scène des gladiateurs, des empereurs romains cruels et des scènes antiques pittoresques ou empreintes de dramaturgie. Souvent illusionnistes, les tableaux à l’antique de Gérôme apparaissent un peu comme des précurseurs des grands péplums hollywoodiens.
Jean-Léon Gérôme photographié par Nadar entre 1870 et 1890.
© Pictorial Press Ltd/Alamy Stock Photo
« Ici le sujet est tout, la peinture n’est rien : la reproduction vaut mieux que l’œuvre. » Émile Zola
Jean-Léon Gérôme est né à Vesoul dans une famille d’orfèvres. En 1832, il entre à l’École des Beaux-Arts de Paris. Élève de Paul Delaroche, il suit ce dernier à Rome. Gérôme ne se plaît guère dans la ville italienne, contribuant à le détourner des sujets d’histoire édifiants au profit d’un style pittoresque.
Revenu à Paris, Gérôme devient meneur des peintres néo-grecs, qui développent une vision fantasmée de l’Antiquité. Il aime camper des scènes charmantes et quotidiennes du passé, qui lui assurent ses premiers succès dans les Salons. Gérôme cultive sensualité et érotisme, mais sans jamais dépasser les bornes de la décence. C’est ainsi qu’il se fait un véritable nom en exposant Phryné devant l’aréopage en 1861. En 20 ans, l’artiste conquiert le public bourgeois du Second Empire. Il diffuse également ses œuvres par le biais de la lithographie et de la photographie.
Gérôme est un peintre d’une précision quasi-photographique, et très attentif aux détails ! Il se documente longuement pour concevoir ses grandes compositions, visitant les musées, suivant les débats des spécialistes de l’archéologie. Il met cette science au service de sujets séduisants, parfois légèrement grivois ou immoraux, que compte l’histoire ancienne, la mythologie ou l’imaginaire orientaliste (il voyage d’ailleurs en Turquie et en Égypte).
En effet, le peintre est un adepte de la reconstitution à l’antique. Il cherche la vraisemblance mais n’atteint pas toujours l’exactitude historique. Ce qui importe le plus est l’effet spectaculaire de ses œuvres ! Par exemple, Gérôme se montre très intéressé par un aspect récemment découvert du passé antique grec : la polychromie des architectures et des statues, qu’il magnifie dans ses tableaux. Il collectionne les armes et quantité d’objets antiques, et s’intéresse particulièrement au thème du gladiateur antique, qu’il met en scène dans des compositions sensationnelles.
À la fin de sa carrière, le peintre devient sculpteur, réalisant d’étonnantes sculptures polychromes et hyperréalistes. Elles sont cependant jugées laides ou indécentes par le public des années 1890–1900.
Professeur à l’École des Beaux-Arts, décoré de la Légion d’honneur, Gérôme demeure une personnalité emblématique de l’art académique du Second Empire, mais s’est aussi construit la réputation d’un anti-moderne, opposé à Édouard Manet et à la génération des impressionnistes.
Jean-Léon Gérôme, Un Combat de coqs, 1846
Huile sur toile • 143 × 204 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © The Picture Art Collection/Alamy Stock Photo
Un Combat de coqs, 1846
Gérôme vient d’échouer au Prix de Rome alors qu’il débute cette toile qui devait le faire connaître au Salon. On la considère comme le manifeste du style néo-grec caractérisé par des scènes antiques et pittoresques, lisses, précises. Un couple d’adolescents, gracieux et dénudés, se délasse au pied d’une fontaine. Leur jeu, comme leur attitude, ne sont pas aussi innocents qu’ils le paraissent. Théophile Gautier admira l’œuvre, Charles Baudelaire la détesta. Déjà, Gérôme devient une personnalité clivante, aussi adulée que critiquée.
Jean-Léon Gérôme, Phryné devant l’aréopage, 1861
Huile sur toile • 80 × 128 cm • Coll. Kunsthalle, Hambourg • © The Picture Art Collection/Alamy Stock Photo
Phryné devant l’aréopage, 1861
Gérôme s’est habilement joué de l’iconographie de la pudeur antique dans cette toile qui a suscité de vives réactions au Salon de 1861. Le peintre offre au public l’image d’une femme nue livrée à la concupiscence masculine, obligée de dévoiler la pureté de son corps pour prouver sa piété. La jeune hétaïre se voile le visage de honte, mais sa nudité est étalée devant un parterre de vieillards médusés. Ce type de sujets plaisait dans les Salons du Second Empire, où la prostitution mondaine était monnaie courante. Mais c’est aussi une parabole dans laquelle Gérôme met en scène le regard hypocrite de son époque sur le nu féminin.
Jean-Léon Gérôme, Pollice verso, 1872
Huile sur toile • 97,5 × 146,7 cm • Coll. Phoenix Art museum • © The Picture Art Collection/Alamy Stock Photo
Pollice verso, 1872
Inspiratrice de Ridley Scott pour son péplum Gladiator (2000), cette toile célèbre représente deux combattants de l’Antiquité à la fin d’une passe d’armes, dans une arène bondée. C’est la loi du cirque qui s’exprime, le public et la tribune impériale réclamant la mise à mort du perdant. Dans le rendu des armures et des accessoires, Gérôme montre son obsession pour la précision. Cette attention aux détails se fait toutefois au détriment de la réalité historique, car le peintre exagère le voyeurisme et le pouvoir de vie ou de mort du public.
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