Henri Matisse (1869–1954) a intensément contribué à l’aventure de l’art moderne, dès ses débuts, au même titre que son ami et rival Pablo Picasso. Meneur des fauves, l’art de Matisse est basé sur la couleur, dans une recherche d’équilibre avec l’épure du trait. Il s’est attaché à certains thèmes récurrents, comme le mouvement du corps et la danse. Artiste majeur du XXe siècle, il a innové dans le domaine pictural et sculptural, mais aussi dans le dessin et le collage avec ses célèbres « papiers découpés ».
Henri Evenepoel, Henri Matisse dans l’atelier d’Henri Evenepoel, 1897
© KMSKB (AHKB), Bruxelles / Photo Atelier de l’Imagier, Bruxelles
« Nous allons à la sérénité par la simplification des idées et de la plastique. » [« Notes d’un peintre », 25 décembre 1908]
Henri Matisse est né au Cateau-Cambrésis, dans le Nord de la France, et découvre sa passion pour la peinture à l’âge de 20 ans. En 1892, il est élève à l’École des arts décoratifs, à Paris, et se prépare pour les Beaux-Arts en travaillant dans l’atelier de Gustave Moreau, qui l’encourage à développer son propre style. Matisse ne suit finalement pas la voie classique et fréquente l’Académie de la Grande Chaumière, où il s’initie aussi à la sculpture.
Après un passage dans l’orbite des néo-impressionnistes, l’artiste se lance dans l’aventure de la couleur pure. Il participe en 1905 au Salon d’automne, où il devient le chef de file des fauves aux côtés d’André Derain et de Maurice de Vlaminck. Le peintre travaille par larges aplats de couleurs, renonce au réalisme mimétique et développe une iconographie arcadienne. Il est en quête d’un idéal renouvelé, classique mais moderne.
Henri Matisse a un grand sens du décoratif. L’arabesque est sa ligne préférée, il la cultive notamment au travers de thèmes empruntés à l’imaginaire de l’Orient. Après son installation à Nice au cours des années de la Grande Guerre, les odalisques deviennent l’un de ses sujets de prédilection. Matisse aime travailler sur un même motif, qu’il renouvèle en de multiples variations.
Dans les années 1940, l’artiste est atteint d’un cancer. Restreint dans sa mobilité, il travaille des papiers peints à la gouache et découpés, et commence la série « Jazz » qui donne lieu à un livre. Installé à Vence, en Provence, il conçoit un grand décor pour la chapelle du Rosaire, en remerciement des soins prodigués par son infirmière, devenue sœur dominicaine. Inauguré en 1951, ce décor total (vitraux, céramiques, mobilier, vêtements liturgiques, ornements) est un apport majeur à l’art sacré du XXe siècle. Matisse le considérait comme son chef-d’œuvre. L’artiste s’éteint en 1954.
Henri Matisse, La Femme au chapeau, 1905
Huile sur toile • 80,6 × 59,6 cm • Coll. Museum of Modern Art, San Francisco • © Succession H. Matisse
Cette toile est exposée au Salon d’automne de 1905. Matisse devient l’artiste phare du mouvement fauve, qui privilégie les couleurs vives et les aplats. Il prend des libertés vis-à-vis de la tradition du portrait : la pose est classique mais les couleurs sont libérées du réel ; le fond, abstrait, ressemble à une palette.
Henri Matisse, La Danse, 1909
Huile sur toile • 260 × 391 cm • Coll. musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg • Photo The State Hermitage Museum-Vladimir Terebenin
Ce format monumental est presque un décor, dont Matisse a réalisé deux versions. L’artiste traite le mouvement du corps au travers du thème de la danse qui semble ici primitive et tribale. Les personnages sont nus. Le génie consiste à n’utiliser que trois couleurs, aussi vives les unes que les autres, mais ménagées dans un parfait équilibre.
Henri Matisse, Nu bleu II, 1952
Papiers gouachés, découpés, collés sur papier marouflé sur toile • 116,2 X 88,9 cm • Coll. Centre Pompidou, Mnam, Paris • Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / RMN-GP / © Succession H. Matisse
Cette œuvre appartient à la période des papiers découpés, à la fin de la vie du peintre. Le corps féminin est stylisé, très sensuel, bien que Matisse ait utilisé la couleur bleue, antinaturelle pour un tel sujet. Cette œuvre témoigne de sa maîtrise dans l’art de la couleur.
Henri Matisse, La chapelle du Rosaire : vitrail, 1951
Saint-Paul de Vence • Photo akg-images / Rainer Hackenberg / © Succession H. Matisse
Le décor de la chapelle du Rosaire est l’œuvre ultime de Matisse. Dans les vitraux, l’artiste développe des motifs végétaux inspirés de la nature mais avec une grande stylisation, des oppositions harmonieuses de couleurs vives, qui frisent l’abstraction et rappellent en tout cas la technique des papiers découpés chère à l’artiste jusqu’à sa mort en 1954.
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