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Génial inventeur de sculptures cinétiques (en mouvement), Jean Tinguely (1925–1991) est peut-être légèrement moins célèbre que son épouse Niki de Saint Phalle. Mais tous les deux ont fait partie du Nouveau Réalisme, ce mouvement des années 1960 qui prônait l’intégration de l’art dans la vie. Sculpteur hors normes, Tinguely était l’un des acteurs majeurs de l’avant-garde dans la seconde moitié du XXe siècle. Il est notamment le concepteur de curieuses « machines à dessiner » qui brisent la frontière entre l’œuvre et le spectateur.
Jean Tinguely avec sa machine à peindre Méta-matic, 1964
© akg-images / Paul Almasy © Adagp, Paris, 2020
« Je suis condamné à être moi, je sens que je ne peux rien faire d’autre que ce je fais. »
Né à Fribourg, Tinguely est d’origine suisse et grandit dans une famille modeste d’employés. Il passe son enfance à Bâle, dans un quartier populaire. Il est assez difficile, pour les Tinguely, de s’adapter au climat de la ville, germanophone et protestante tandis qu’ils cultivent leur francophilie.
Avant d’envisager une carrière artistique, Jean Tinguely, encore mineur, est formé au métier de décorateur dans un grand magasin. Il décide de suivre des cours à l’école des arts appliqués de Bâle. C’est une révélation, surtout lorsqu’il étudie l’art moderne.
Après son service militaire au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le jeune homme réalise ses premières sculptures. Déjà, il se démarque en utilisant des matériaux non conventionnels, du fil de fer principalement. Son environnement quotidien est le lieu même de ses expérimentations. De petits moteurs mettent ses créations en mouvement. Tinguely utilise ces mêmes principes dans son métier de décorateur et d’étalagiste pour les vitrines des grands magasins à Bâle et à Zurich.
En 1952, accompagné de sa première femme, l’artiste Eva Aeppli, et de leur fille, l’artiste arrive à Paris et s’installe dans le quartier de Montparnasse. Les temps sont durs pour la petite famille. Tinguely ne se décourage pas et se consacre à la sculpture, créant des reliefs et des mobiles dans l’esprit d’Alexandre Calder. Ses sculptures ont partie liée avec le thème de la machine, mais ce sont des machines imparfaites, poétiques, dont les mouvements restent aléatoires. L’artiste suscite l’intérêt de la galeriste Denise René, soutien du futur groupe des Nouveaux Réalistes auquel Tinguely adhère en 1960. Il se rapproche d’Yves Klein qui devient son ami. Ensemble, ils réalisent des œuvres à quatre mains.
Tinguely est aussi le créateur des Méta-matics, des machines motorisées qui peignent toutes seules. Dans la lignée de Marcel Duchamp, Tinguely interroge la nature du geste artistique, qui peut être assisté, fortuit, incontrôlable. Il intègre aussi le paramètre du son dans ses sculptures, et produit des happenings. Au cours des années 1950, la carrière de Tinguely prend son essor, l’artiste exposant de galeries en musées à travers le monde. Il fait aussi la connaissance de Niki de Saint Phalle qui deviendra sa femme en 1971. Ils travaillent côte à côte et créent des œuvres communes, éphémères comme pérennes. Dans les années 1960, ses sculptures plus monumentales se parent de couleur noire.
Au cours des années 1970 et 1980, le couple expose activement à travers l’Europe. Ils participent à de grands évènements comme des expositions universelles ou l’inauguration du Centre Pompidou en 1977. Les œuvres de Tinguely, complexes, gagnent en monumentalité. Le thème de la mort apparaît de façon récurrente dans son œuvre au cours des années 1980, qu’il consacre à son grand projet collectif Le Cyclop. Il souffre en effet de graves problèmes de santé et décède en 1991 à la suite d’un infarctus.
Jean Tinguely, Méta-matic n°14, 1959
Sculpture portative, métal et bois, fils métalliques, courroies en caoutchouc, peints en noir • 38 × 69 × 41 cm • Coll. musée Tinguely, Bâle • © Museum Tinguely / photo Serge Hasenböhler© Adagp, Paris, 2020
Méta-matic n°14, 1959
Il s’agit de l’une des fameuses « machines à dessiner » réalisées par Tinguely. Transportable, elle peut être utilisée par tout un chacun. L’intérêt de l’œuvre réside dans l’interaction qui lie l’utilisateur à la machine, davantage que dans le produit obtenu, un dessin abstrait et saccadé. Le spectateur devient ainsi acteur de l’art. Ces œuvres ont connu un grand succès et ont fait la renommée de l’artiste dans les années 1950.
Jean Tinguely, Fatamorgana – Méta-harmonie IV, 1985
Cadre en fer, roues en bois, morceaux de plastique, instruments de percussion, ampoules électriques, moteurs électriques • 420 × 1250 × 220 cm • Coll. musée Tinguely, Bâle • © Georgios Kefalas/AP/SIPA © Adagp, Paris, 2020
Fatamorgana – Méta-harmonie IV, 1985
Réalisée à partir de matériaux récupérés dans des usines, cette œuvre gigantesque est un méandre de rouages sur roulettes, mais d’une étonnante planéité, comme un tableau mobile. De couleurs différentes, les roues sont autant de cercles concentriques susceptibles de s’animer, accompagnés de sonorités. L’œuvre est démontable afin d’être relativement transportable.
Jean Tinguely, Le Cyclop, 1969–1994
Acier • 22,5 mètres de haut • Milly-la-Forêt • © akg-images/CDA/Guillemot/St © Adagp, Paris, 2020
Le Cyclop, 1969–1994
Sculpture-architecture pensée par Tinguely à partir de 1969, Le Cyclop est une œuvre monumentale installée en plein air et visitable par le public. C’est un réel petit univers qui s’offre à nous, un labyrinthe qui reprend des thèmes chers à l’artiste (la machine, le son…). Projet financé par Tinguely, et mené avec l’aide d’autres artistes, il est achevé par Niki de Saint-Phalle après sa mort. L’œuvre est la propriété de l’État français.
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