Julia Pirotte, Autoportrait, Marseille, 1942
photographie • © Musée de la Photographie – Charleroi.
« Quand je ressens un battement de cœur, je sais que ce sera une bonne photo », disait Julia Pirotte, dont la vie fut guidée par l’engagement. Née en Pologne en 1907 dans une famille juive et très modeste, elle a connu la prison dès l’âge de 17 ans pour ses activités au sein des jeunesses communistes. Aidée de l’organisation du Secours rouge international, elle parvient à fuir en Belgique en 1934, puis épouse l’ouvrier et syndicaliste Jean Pirotte. Sa rencontre avec la future résistante Suzanne Spaak marque un tournant dans sa vie : après s’être formée à la photographie, elle se lance dans le photojournalisme.
La guerre la pousse sur le chemin de l’exode en mai 1940. Julia Pirotte s’installe alors à Marseille et réalise de nombreux reportages pour la presse locale. Agent de liaison pour les FTP-MOI, elle participe à l’insurrection de Marseille en 1944. De retour en Pologne après la guerre, Julia Pirotte se retrouve seule : sa sœur, arrêtée pour faits de résistance, a été exécutée dans une prison en Allemagne, tandis que son frère a péri dans un goulag. Elle poursuit ses activités de photojournaliste et se fait le témoin d’un pays qui, bien qu’en pleine reconstruction, n’a pas exorcisé ses vieux démons (à l’image du pogrom de Kielce de juillet 1946). Julia Pirotte cofonde et dirige l’agence de photographie WAF, puis réduit considérablement, à partir des années 1960, son activité. Dans les années 1980, son travail est exposé à New York, Arles, Paris… Elle s’éteint à Varsovie en 2000.
Julia Pirotte s’inscrit dans la lignée des photographes humanistes. Si elle est surtout connue, c’est pour son travail réalisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Juive, communiste, résistante, elle a aussi bien documenté la précarité des habitants du Vieux-Port que la situation des femmes internées avec leurs enfants au camp de Bompard. En tant que membre des FTP, elle a pu photographier au plus près les actions des maquisards, ainsi que les violents affrontements pour la libération de Marseille. Prises sur le vif, les photographies de Julia Pirotte témoignent de l’urgence de la situation.
Julia Pirotte, à gauche : Un combattant, Marseille (21 août 1944) ; à droite : Fillette tenant une tasse, camp de Bompart, Marseille (1942)
photographie • © Julia Pirotte/ La contemporaine, Bibliothèque, Archives, Musée des mondes contemporains ; © Julia Pirotte/ Mémorial de la Shoah.
Sans descendance, Julia Pirotte a légué au musée de Charleroi, en Belgique, l’ensemble de son œuvre. Une centaine de ses tirages (originaux et contemporains) est actuellement exposée au mémorial de la Shoah à Paris. L’occasion d’en savoir plus sur cette photographe farouchement engagée pour la liberté.
Julia Pirotte, photographe et résistante
Du 9 mars 2023 au 30 août 2023
Mémorial de la Shoah • 17, rue Geoffroy l'Asnier • 75004 Paris
www.memorialdelashoah.org
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