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Vincent van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles, 1888
Huile sur toile • 72 × 90 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Les couleurs du bonheur
Murs bleu lavande, mobilier safran, couverture rouge, fenêtre vert absinthe… Bien qu’explosives et très diverses, les couleurs choisies incarnent pour l’artiste (tel qu’il l’explique dans une lettre à son frère) le « repos absolu » dans ce tableau qui résume la tranquillité de sa vie arlésienne, à la fois solitaire, humble et ensoleillée. Chez lui, le bleu exprime la paix ; le jaune, l’espoir et la vie…
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Perspective tordue
Des murs penchés aux meubles de guingois, en passant par les lattes du parquet qui semblent indiquer plusieurs points de fuite, et le lit qui paraît exagérément grand à côté de la petite chaise acculée au fond de la pièce, Van Gogh taquine comme à son habitude les règles de la perspective. Mais l’aspect bancal de la pièce n’est peut-être pas totalement inventé, car la fameuse « maison jaune » où l’artiste loue quatre pièces pour 15 francs par mois dans l’idée d’en faire un lieu d’accueil bohème pour ses amis peintres, semble d’un charme plutôt rustique !
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Lit rassurant
Massif, fait d’un assemblage de lignes droites solides et de courbes douces, le lit en bois s’impose comme le personnage principal de cette « nature morte » : une figure rassurante et confortable, à la fois masculine et féminine, qui exprime le calme et la chaleur du foyer, jusqu’aux oreillers moelleux sculptés dans une pâte épaisse. La couleur jaune-orangé du meuble, qui vibre sur le fond bleu, n’est pas sans rappeler la chevelure et la barbe flamboyantes de Van Gogh, dont la présence est ainsi matérialisée entre ces quatre murs où il a trouvé refuge !
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Chaise en attente
Lorsque Van Gogh peint ce tableau, il attend son ami Paul Gauguin, qui se trouve en Bretagne et doit bientôt venir le rejoindre. Sous une serviette suspendue à un clou, la chaise vide posée dans le coin inférieur gauche de la toile, en écho à la deuxième située tout au fond, semble matérialiser cette attente de l’ami absent. C’est cette même chaise en bois et paille que l’artiste choisit la même année comme sujet principal d’une toile, La Chaise de Vincent (1888), avec sa pipe posée sur le siège vide. Lui répond un pendant, La Chaise de Gauguin (1888), sur laquelle luit une bougie solitaire. Deux portraits symboliques par objets interposés !
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Nature morte nippone
Un verre, une carafe, une cruche, une bassine… Posés sur la petite table orangée à gauche de la fenêtre, quelques récipients composent une nature morte miniature. Tracés lestement au pinceau, leurs contours bleus rappellent les cernes utilisés dans les estampes japonaises que Van Gogh, qui les a découvertes deux ans plus tôt à Anvers, affectionne particulièrement, et qui ne cesseront d’inspirer son art.
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Duo de portraits
Accrochés au mur de droite figurent deux portraits de la main de Van Gogh. Dans la première version de La Chambre à Arles (1888), ces tableaux correspondaient à deux toiles existantes peintes à Arles : le portrait du peintre Eugène Boch, et celui du sous-lieutenant Paul-Eugène Millet. Mais ici, les œuvres semblent différentes. Et s’il s’agissait de Vincent, à gauche, aux cheveux blond-roux sur fond bleu, et de son ami Gauguin, à droite, brun sur fond vert ?
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Fenêtre symbolique
À gauche du paysage peint suspendu au-dessus du lit figure une fenêtre entrouverte, qui ne laisse à voir à travers ses carreaux que du vert mélangé à un jaune lumineux – peut-être la couleur des volets clos laissant filtrer le soleil du Midi. Pour tout artiste, la fenêtre est un symbole d’ouverture sur le monde depuis son refuge intérieur, le cadre de la fenêtre imitant celui du tableau qui « extrait » un morceau du réel pour en livrer une vision personnelle et unique.
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Vêtements vivants
Juste au-dessus du lit, l’artiste matérialise à nouveau sa présence à travers des objets en représentant, suspendus à un porte-manteau, des vestes bleues et un chapeau de paille – accessoires qu’on le voit porter sur plusieurs de ses autoportraits. Ce détail, qui fonctionne encore comme une mini-nature morte, rappelle (dans des couleurs plus joyeuses) une toile que l’artiste avait peinte à Paris en 1886, figurant de simples paires de souliers usés et cabossés aux lacets défaits. Un moyen fort de camper la présence d’une personne à travers son vêtement, certes physiquement vide, mais plein de sens et d’indices sur son propriétaire.
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Vincent Van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles (détail), 1888
Miroir introspectif
Au-dessus de la petite nature morte au pichet, un miroir rectangulaire, accroché face à nous (et donc également face au peintre) achève de confirmer le caractère introspectif de ce tableau. Car en peignant sa chambre arlésienne, vide en apparence de toute présence humaine, Van Gogh ne fait rien d’autre que ce qu’il a répété inlassablement toute sa vie : peindre son autoportrait !
Huile sur toile • 72 × 90 cm • © RMN Grand Palais Musée d'Orsay Hervé Lewandowski
Les Choses - Une histoire de la nature morte
Du 12 octobre 2022 au 23 janvier 2023
Musée du Louvre • Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
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Un décor autobiographique
Devenue mythique, cette petite pièce toute simple n’est autre que la chambre dans laquelle s’est installé Van Gogh le 17 septembre 1888 à Arles, dans une maison jaune du quartier de la Cavalerie, au 2 place Lamartine – un bâtiment qui fut malheureusement détruit par un bombardement en 1944. Conservée au musée d’Orsay, cette toile est la deuxième copie par le peintre d’une première version peinte en 1888 et abîmée par une inondation.