Article réservé aux abonnés
Campagne publicitaire pour la Super-cocotte Seb, 1971-1972
© Seb
Une vague odeur de légumes mijotés, de viande marinée. Et puis tout à coup, la petite soupape qui s’affole et se met à siffler… Que de souvenirs ! La cocotte-minute, rien qu’avec son nom pratique et rigolo, fait ressurgir tout une époque : l’âge d’or des « arts ménagers ». Toujours en vogue – mais récemment détrônée par le robot cuiseur –, elle s’est vendue à plus de 75 millions d’exemplaires depuis sa création en 1953. Un succès immédiat. Et un objet que l’on se transmet de génération en génération…
Concours de vitrines à Chaumont, 1955
© Seb
On se demanderait presque comment s’y prenaient nos aïeuls avant son invention pour concocter un bœuf bourguignon… C’est certain, le temps de cuisine était plus long, mais surtout la cuisson pouvait se révéler plus périlleuse ! Car les anciennes cocottes étaient produites en aluminium moulé et, en raison d’impuretés dans les cuves et sous la pression de la chaleur, pouvaient se rompre. En 1953, l’équipe d’ingénieurs de la Société d’Emboutissage de Bourgogne (SEB) se met à concevoir un autocuiseur plus performant : la Super-cocotte.
À défaut d’être moulé, l’aluminium est ici embouti – la plaque de métal étant comprimée pour obtenir la forme de la cuve et du couvercle – et c’est là toute la différence. La ménagère des années 50 ne risque plus de se blesser en préparant le dîner. Et diminue son temps passé derrière les fourneaux. « La Super-cocotte cuit rapidement, réalise différents types de plats et préserve la qualité nutritionnelle des aliments. C’est un classique indémodable », nous confie aujourd’hui encore Philippe Roussard, lead designer des articles culinaires pour le Groupe SEB. Cerise sur le gâteau : le livre de recettes écrit à l’époque par Françoise Bernard compris dans l’emballage qui, selon notre interlocuteur, « a beaucoup participé à son succès commercial ».
Publicité Miss Cocotte, 1954
© Seb
Un coup marketing dont la famille Lescure, fondatrice de la marque SEB, est habituée. La preuve en 1954, alors que le Salon des arts ménagers refuse sa participation, Frédéric Lescure fait installer un mur entier de Super-cocottes à l’entrée du Grand Palais, tout en distribuant un poème intitulé « Miss Cocotte 54 ». Résultats : l’entreprise enregistre 120 000 ventes dès la première année. C’est le début d’une longue success story… En 1971, la cocotte-minute SEB (l’entreprise a racheté le nom populaire de « cocotte-minute »), désormais produite en acier inoxydable, se pare de différents coloris et de motifs. En 1994, son couvercle s’ouvre et se ferme en un clip – plus besoin de le visser en l’orientant sur la cuve. Dernière innovation en date : la ClipsoMinut’ recyclable à 90 %, fabriquée à partir d’acier recyclé et dotée d’un minuteur intelligent avertissant par un son la fin de la cuisson. Fini le sifflement strident…
Cocotte-minute ClipsoMinut’ de SEB, 7,5 litres, 2015
© Seb
Mais heureusement, l’originale cocotte-minute en inox est toujours produite. Et selon le même procédé d’emboutissage à froid, dans l’usine historique de Selongey en Bourgogne, où la famille Lescure a débuté son activité en 1875. Là, de grosses bobines d’inox sont découpées puis passées sous des presses de 350 tonnes qui forment les cuves et les couvercles. Pour vérifier le fond des cocottes, une ouvrière les teste encore une à une en les tapant avec un marteau – attentive au moindre défaut dissonant. Un long chemin parcouru depuis les premiers autocuiseurs en fonte inventés par Denis Papin au XVIIe siècle… L’année prochaine, la marque fêtera les 70 ans de ce mythique ustensile, peu connu des moins de vingt ans mais adulé par les fins gourmets nostalgiques de son chuintement si caractéristique !
Autocuiseur Seb
De 109,99€ à 209,99€
Le temps des objets. Une histoire du design industriel en France (années 1950-1970)
Par Claire Leymonerie
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique