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Design Story

Le Bic Cristal, des trousses d’écoliers au MoMA

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Voilà 75 ans qu’il s’est invité dans notre quotidien. Accessoire fétiche des écoliers, vendu à des milliards d’exemplaires dans le monde, le Bic Cristal est désormais intégré à la collection permanente du MoMA de New York, et est même devenu le médium de prédilection de certains artistes contemporains. En cette rentrée, retour sur son incroyable destin !
Le BIC Cristal, le stylo-bille emblématique le plus vendu au monde
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Le BIC Cristal, le stylo-bille emblématique le plus vendu au monde

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© robcartorres / adobe

Il évoque les cahiers gribouillés, les profs caricaturés en pleine heure de colle et les mots d’amour griffonnés à la va-vite. Outil scolaire par excellence et compagnon de rêverie, le Bic Cristal fait partie de ces objets si populaires et ordinaires qu’on ne les regarde plus. Et dont on ne connaît pas réellement l’histoire…

Le nom de son créateur ? Le baron Marcel Bich (1914–1994), qui a fondé une petite entreprise d’accessoires de bureau à Clichy dans les Hauts-de-Seine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, cet industriel visionnaire découvre le stylo-bille, outil commercialisé depuis les années 1930 en Argentine par le Hongrois László Bíró (1899–1985) mais véritablement inventé par l’Américain John J. Loud (1844–1916) en 1888. Le principe : en roulant, une petite bille métallique en carbure de tungstène dépose de l’encre de manière régulière sur le papier.

Simple, efficace et bon marché

De quoi remplacer les stylos-plume qui fuient fréquemment, tachent les doigts et nécessitent d’être rechargés en permanence. Seulement, cette technologie est encore réservée aux plus aisés. Bich saisit alors l’opportunité de créer son propre stylo-bille bon marché. Il achète en 1949 le brevet et, un an plus tard, lance le Bic Cristal : léger, jetable, fabriqué en plastique et vendu à un prix dérisoire.

Pour accroître la notoriété de son produit, Marcel Bich mise sur la publicité et s’associe à l’affichiste Raymond Savignac dès 1952
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Pour accroître la notoriété de son produit, Marcel Bich mise sur la publicité et s’associe à l’affichiste Raymond Savignac dès 1952

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© BIC

Son design est volontairement épuré, pensé pour l’usage, sans fioritures. Sa forme hexagonale rappelle les vieux crayons de bois de nos aïeux, mais son matériau en plastique transparent dit toute sa modernité. En outre, il permet de lire le niveau de l’encre, pensé pour deux à trois kilomètres d’écriture – un record ! Autre détail : son capuchon peut se glisser dans une poche de chemise ou de jean.

Un outil au service de la créativité

Le BIC Cristal, décliné en bleu, noir, rouge et vert
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Le BIC Cristal, décliné en bleu, noir, rouge et vert

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© BIC

Dès sa sortie en 1950, une petite révolution est en marche. À tel point que l’entrepreneur rebaptise son entreprise « Bic » face au succès du stylo-bille. En 1961, grâce au talentueux affichiste Raymond Savignac (1907–2002), la marque se dote d’un logo et d’une mascotte : un bonhomme à la tête de bille. Cet univers ludique présente l’objet comme un vrai déclencheur de créativité.

Et pour cause ! Dès ses débuts, le Bic inspire les artistes, séduits par sa facilité d’utilisation et son accessibilité. Dans les années 1980, le Belge Jan Fabre (né en 1958) traverse sa « période bleue », fasciné par la teinte bleu roi qui, à force de hachures, crée de la profondeur et de subtils dégradés. Il va ainsi jusqu’à recouvrir d’encre bleue les murs du château Tivoli en Belgique, à l’aide de 150 000 stylos Bic.

Symbole d’un design démocratique

Le Bic Cristal a su dépasser son statut d’objet de bureau pour devenir un outil d’expression résolument universel.

Janaina Mello Landini, Hicham Berrada, Claude Closky… En 2018, une exposition au Centquatre à Paris réunit des talents internationaux adeptes de ce medium insolite. « C’est un produit très accessible, facilement trouvable à l’école, au supermarché. Le Bic n’est pas menaçant, c’est un produit pour les masses, non discriminant », explique le Néerlandais Robin Kid, alias The Kid dans une vidéo. Ses portraits hyperréalistes d’une jeunesse déboussolée constituent des prouesses techniques, où chaque cheveu et chaque veine pourraient s’observer à la loupe.

AJ The Kid, Timmy
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AJ The Kid, Timmy, 2014

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BIC® noir sur papier • 70 × 49 cm • Coll. BIC® • Courtesy AJ The Kid

Cette exposition montrait comment le Bic Cristal a su dépasser son statut d’objet de bureau pour devenir un outil d’expression résolument universel. La preuve : il figure aussi dans les collections du MoMA de New York et du Centre Pompidou, en symbole d’un design démocratique.

Aujourd’hui décrié pour son impact écologique (symbole de l’ère du jetable, il est principalement composé de matériaux plastiques et est fabriqué aux quatre coins du monde), il répondra toutefois présent en cette période de rentrée scolaire, en habitué des trousses, des comptoirs de banque, des tables de réunion… Basique, discret et élégant.

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Le design en France – Deux siècles d’histoire

Par Stéphane Laurent

Dans son ouvrage Le design en France – Deux siècles d’histoire paru en juin dernier, l’historien du design Stéphane Laurent revient sur ces inventions iconiques venues de l’Hexagone, de l’opinel à la DS 19 de Citroën, en passant bien sûr par le Bic Cristal.

Éd. CNRS • 512 pages • 32 €

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