Dépose des anneaux olympiques, dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 septembre 2024, pour faire place à une version plus légère.
© Geoffroy van der Hasselt / Afp
Pourquoi l’Académie des beaux-arts a-t-elle décidé de prendre position publiquement sur le sujet ?
« Tout simplement parce que cela fait partie de nos fonctions. Parmi nos missions, il y a, d’une part, la défense de la création contemporaine – notamment à travers une action sociale importante pour des artistes en difficulté, et d’autre part, la protection du patrimoine français. D’autant plus que l’Académie compte une très importante section d’architecture avec les plus grands architectes français [tels que Dominique Perrault ou Jean-Michel Wilmotte, ndlr]. Il était donc à peu près inévitable que le sujet arrive jusqu’à nous.
Mercredi 18 septembre, les membres de l’Académie ont en effet débattu sur la question en séance plénière. Qu’en est-il ressorti ?
À l’issue de cette séance d’une heure, nous étions quasi unanimes. Sur le fond, comme sur la forme, la décision de maintien des anneaux est insupportable. Sur la manière de prendre la décision d’abord : nous sommes face à des dirigeants qui estiment que l’avis des sachants n’a plus aucune importance. Toutes les réflexions sont ainsi balayées. Que ce soit pour la tour Eiffel ou Notre-Dame [concernant le projet des vitraux contemporains, ndlr], c’est exactement la même chose. Ensuite, sur le fond du sujet, il faut évidemment dire que les Jeux olympiques ont été un très beau moment de communion nationale et de sport. C’est indéniable. Mais c’est fini ! La flamme est partie… Pour autant, notre argument le plus important repose sur la manière dont les anneaux abîment le geste architectural de la tour Eiffel. Le placement des anneaux à cet endroit fait perdre la vision qu’on a du monument. On perd la notion de vide et cela crée une sorte de barrage.
« La place des anneaux olympiques sur le monument n’avait de sens qu’uniquement pendant les Jeux. »
Pour Anne Hidalgo, comme pour Emmanuel Macron qui a soutenu sa décision, il s’agit de perpétuer l’héritage des JO et « l’esprit de fête ». Que répondez-vous à cela ?
C’est un peu vain de vouloir prolonger à tout prix un événement qui a été aussi formidable. A-t-on peur d’oublier les Jeux olympiques de Paris 2024 ? Je ne suis pas sûr que prolonger la fête de manière artificielle soit une bonne solution. Les souvenirs de cette belle réussite devraient suffire.
Les anneaux, qui viennent tout juste d’être démontés, vont être remplacés par des anneaux plus légers et résistants. Ils devraient rester jusqu’aux prochains JO à Los Angeles, en 2028. Pour le moment, leur installation n’est donc pas définitive…
Évidemment, on peut avoir un débat sur l’éphémère en architecture, et c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé entre les membres de l’Académie. Après tout, la tour Eiffel était faite au départ pour être démontée. Sauf que la tour Eiffel, c’est une œuvre. Les anneaux, un logo commercial. Leur place sur le monument n’avait de sens qu’uniquement pendant les Jeux. Ils devraient déjà être à Los Angeles. Ou bien, on pourrait les mettre dans l’une des gares du Grand Paris.
« La création artistique dépasse le simple pouvoir d’un responsable politique, quel qu’il soit. Il y a un moment donné où l’art est plus fort et doit être respecté. »
Pourquoi ce positionnement est-il aussi important pour l’Académie ? Qu’est-ce que cela dit de son rôle dans la défense du patrimoine ?
Cette position s’inscrit dans la lignée de ce qu’il s’est passé juste avant les JO avec les bouquinistes. Nous avions organisé une assemblée générale des bouquinistes dans la salle des séances de l’Institut de France. Parce que pour nous, les bouquinistes font partie du patrimoine parisien. C’était fou d’exclure de la fête ces boîtes de livres qui sont uniques au monde ! Eh bien là, c’est du même ordre. Surtout, la meilleure façon d’éviter ce type de dérive sur un monument aussi important, c’est qu’il soit classé. C’est quand même incroyable que ce ne soit pas le cas. Évidemment, le classement aux monuments historiques implique qu’on ne peut plus faire ce que l’on veut sur le monument.
Plusieurs associations de défense du patrimoine, et notamment l’Association des descendants de Gustave Eiffel, ont regretté le manque de concertation sur le sujet. Auriez-vous aimé que l’Académie soit consultée ?
Les responsables ne se servent pas assez des outils dont ils disposent. Quel est l’endroit où vous pouvez parler en même temps à quelques-uns des plus grands architectes, des plus grands peintres ? C’est à l’Académie des beaux-arts. Donc oui, c’est dommage que les dirigeants n’en profitent pas. Pourquoi ne fait-on pas de commission ? Pourquoi tout ce qui concerne les grandes choses artistiques, c’est le fait du prince ? La création artistique dépasse le simple pouvoir d’un responsable politique, quel qu’il soit. Il y a un moment donné où l’art est plus fort et doit être respecté. »
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