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Jeux de Paris 2024

Au Village des athlètes en Seine-Saint-Denis, l’art infiltre la ville

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Publié le , mis à jour le
À quelques semaine d’accueillir les sportifs du monde entier lors des Jeux de Paris, retour sur la création du Village des athlètes, installé en Seine-Saint-Denis, et qui a donné lieu à une commande artistique d’un genre nouveau, aboutissant à la production d’œuvres pour ses différents espaces. Avec pour mot d’ordre : provoquer la surprise !
Nathalie Junod Ponsard, Le Moment magnétique
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Nathalie Junod Ponsard, Le Moment magnétique, 2024

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Une fois la nuit tombée, la façade ouest de l’édifice, côté Seine, s’éveille à la poésie lumineuse de Nathalie Junod Ponsard. Son œuvre rend hommage au travail du savant Maxwell, cette fois-ci sur les propriétés électromagnétiques de la propagation de la lumière. « L’œuvre émerge en une étendue ondulante sur la façade et se définit par des inversions lumineuses et chromatiques, fluides et lentes », explique l’artiste

© ADAGP Paris, 2024 / Photo Laurent Lecat

Quelle serait la définition de la ville, si ce n’est idéale, pour le moins désirable ? À taille humaine, connectée, végétale et respectueuse de l’environnement… mais aussi culturelle, stimulante, en offrant un accès possible à la beauté. C’est dans cet état d’esprit qu’a été pensé le Village des athlètes érigé sur les communes de Saint-Denis et Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), et où a été expérimentée une commande artistique singulière.

Conçue en partenariat avec les différents acteurs du projet (SOLIDEO, municipalités, promoteurs immobiliers), celle-ci a permis la production d’un ensemble d’œuvres d’art implantées dans différents espaces du Village des athlètes – bientôt nouveau morceau de ville –, espaces publics et/ou privés (mais toujours visibles de l’extérieur).

Des œuvres qui interpellent les passants

« Notre moteur ? Que l’œuvre ne soit pas un simple élément du paysage, qu’elle provoque la surprise, quitte à ce qu’elle ne soit pas révélée en permanence. »

Gaël Charbau

Aucune des œuvres n’a été pensée comme étant simplement rapportée, chacune ayant été, a contrario, imaginée pour le site… « Notre moteur ? Que l’œuvre ne soit pas un simple élément du paysage, qu’elle provoque la surprise, quitte à ce qu’elle ne soit pas révélée en permanence », explique Gaël Charbau, directeur artistique de ce projet intitulé « Courants Fertiles ».

Pour parvenir à ce résultat, l’ensemble a été réfléchi sur un temps long, selon une démarche incluant à chaque étape toutes les parties prenantes. « Nous voulions que les villes soient impliquées dans le choix, avec la SOLIDEO, les élus, divers représentants, Manifesto… », explique Gaël Charbau. Sans chercher à brider les artistes, l’objectif affiché n’était toutefois pas la production d’œuvres spécifiquement monumentales, comme c’est souvent le cas en matière d’art dans l’espace public. « Nous n’étions pas dans ce registre-là, souligne Isabelle Vallentin, directrice générale adjointe de la SOLIDEO, mais plutôt dans le choix d’œuvres qui pourraient, jour après jour, interpeller les passants, ne pas les lasser. » Dans cet univers de l’ingénierie, une méthodologie spécifique a donc été mise en œuvre, pilotée par Léa Marie, chargée de projet démarche artistique au sein de la SOLIDEO.

Hippolyte Hentgen, Ici
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Hippolyte Hentgen, Ici, 2024

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Dessin préparatoire • © ADAGP Paris, 2024

« Nous avons pu entendre les artistes défendre leurs œuvres et leurs projets, ceux que nous avons retenus et les autres, puisqu’il fallait, hélas, faire un choix. Nous avions orienté la réflexion sur la pérennité de l’œuvre, sur son entretien. Une grande majorité des artistes a adhéré aux choix que nous avions faits. » Après une première phase de candidatures, les artistes présélectionnés ont donc pu affiner leurs propositions.

Créer une harmonie entre l’art et le bâti

« Chacun échangeait, débattait. Cela a favorisé le fait de mieux se comprendre et d’avoir envie de s’insérer dans une même dynamique. »

« Durant cette phase d’offre, nous avons resserré les liens, poursuit Léa Marie, proposé des visites de sites, des entretiens avec Gaël Charbau, avec les équipes-projets. Nous avons parlé de l’espace, du Village, de l’histoire, etc. Puis les artistes nous ont remis une œuvre finale, présentée au jury présidé par Isabelle Vallentin. » Cette dernière confirme son enthousiasme. « À chaque fois, nous avons eu un coup de cœur et j’éprouve une profonde admiration pour tous les artistes qui ont travaillé avec nous. »

Il fallait également mettre en musique le programme porté en parallèle par chacun des promoteurs des différents lots, tous ayant déjà choisi de faire appel à un artiste pour leurs jardins ou leurs immeubles, avec des approches très diverses. « Les œuvres sont toujours polysémiques », s’amuse Gaël Charbau.

« Tous les trimestres, nous nous regroupions autour de la table avec les architectes, les artistes, les promoteurs, les chefs de projet et chacun avait son mot à dire. Chacun échangeait, débattait. Cela a favorisé le fait de mieux se comprendre et d’avoir envie de s’insérer dans une même dynamique », explique Léa Marie. Et de poursuivre, s’interrogeant sur la perception qu’aura le public de cette démarche artistique : « Quand nous sommes dans la rue, nous avons tous un regard très naïf et je ne pense pas que lorsque l’on visite une rue ou un quartier, on s’attende à avoir des explications sur tel bâtiment, sur telle œuvre ou tel architecte. Soit on traverse le quartier, soit on s’y promène pour s’y laisser surprendre. Nous n’avons jamais cherché à présenter des œuvres qui viendraient donner des leçons, des explications, sensibiliser à quelque chose. Aucun cartel ne décrit ni n’explique l’œuvre, chacun présente les informations essentielles, suivies de quatre phrases évocatrices d’une idée ou d’une sensation, pour donner une grille de lecture. »

Chercher (et traverser) le temps

Isabelle Daëron, Topique-vent : Anémochories
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Isabelle Daëron, Topique-vent : Anémochories, 2024

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Dessin préparatoire • © ADAGP Paris, 2024

« Nous ne voulons pas être dans la forme réductrice d’une explication qui soit unique et uniforme, argumente Léa Marie. Les œuvres doivent traverser le temps et leur explication ne sera pas la même dans dix ans ou dans cinquante ans, parce que notre regard sur la société aura évolué, parce qu’il y aura des historiens qui travailleront sur la société, qui étudieront quelle était l’époque, l’économie, etc. L’important ici n’est pas de chercher une cohérence, mais de chercher des temps, des pauses, de travailler les espaces. » Une démarche qui pourrait être perpétuée ailleurs, dans d’autres quartiers, à d’autres échelles… « Nous allons renouveler cette expérience, confirme Isabelle Vallentin, porter cet héritage vers d’autres opérations d’aménagement. Cela demande du temps au départ, d’intégrer cette réflexion. Mais les artistes nous ont tous emportés. »

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