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Caravage, La Flagellation du Christ à la colonne, vers 1607
Huile sur toile • 134,5 × 175,5 cm • Coll. Musée des Beaux Arts de Rouen, Rouen • © Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, Musée des Beaux-Arts
Repérage des lignes incisées sur “La Flagellation du Christ à la colonne” du Caravage par la technique de la photographie en lumière rasante, 2022
Changement d’attribution
Le tableau est acquis par le musée des Beaux-Arts de Rouen en 1955, sous l’attribution de Mattia Preti, élève de Battistello Caracciolo, l’un des principaux peintres de l’école napolitaine du XVIIe siècle. En 1951, l’historien de l’art italien Roberto Longhi identifie une copie conservée à Lucques, en Toscane. En 1956, son homologue britannique Denis Mahon découvre en Suisse une composition identique qu’il soupçonnera longtemps d’être un original. Il faudra attendre l’exposition « The Age of Caravaggio », présentée en 1985 à Naples et à New York, pour confirmer le caractère prototypique de la version rouennaise et l’attribuer définitivement à Caravage. Celle-ci révèle autour des visages des incisions typiques de la technique de l’artiste, qui traçait ainsi, dans la matière fraîche, certains contours.
© Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF)
Caravage, La flagellation du Christ, 1607
Une version plus codifiée que l’autre
Le musée de Capodimonte a consenti le prêt exceptionnel d’une autre Flagellation caravagesque, également exécutée à Naples, en 1606. Il s’agit d’un grand panneau d’autel, réalisé, comme il se doit, à la verticale, pour l’église San Domenico Maggiore. La composition s’inspire de La Flagellation de Sebastiano del Piombo, autre format en hauteur prévu pour la chapelle Borgherini au sein de l’église San Pietro in Montorio de Rome. À l’inverse, la version rouennaise était certainement destinée à un riche négociant, ce qui offrait plus de liberté qu’un cadre religieux. D’où le choix d’un cadrage horizontal, à mezze figure , c’est-à-dire à mi-cuisses.
Huile sur toile • 286 × 213 cm • Coll. Museo e Real Bosco di Capodimonte, Naples • Photo Wikimedia Commons
À gauche : “La Flagellation du Christ” par Baccio Bandinelli (1532) / À droite : “La Flagellation” par Ludovico Carracci (vers 1590)
Le culte du corps
Inspiré par Michel-Ange et sa propension à sublimer les corps, Caravage propose la vision d’un Christ athlétique. De même, le bas-relief de Baccio Bandinelli, dont tous les personnages jusqu’aux bourreaux sont sculptés nus, trahit l’influence du maître florentin. A contrario, la grande toile de Ludovic Carrache (vers 1589) offre une lecture quelque peu caricaturale, incarnée par des personnages grimaçants, presque grotesques. Le fils de Dieu, malmené de toutes parts – un homme lui tire les cheveux, deux autres le fouettent, un quatrième le maintient – apparaît beaucoup moins musclé, alors que le modèle caravagesque arbore des abdominaux dignes des plus belles statues antiques. Avec Caravage, on ne souffre pas pour être beau, on reste beau même quand on souffre.
Bas-relief sur marbre / Huile sur toile • 63 x 81 x 10 cm / 1,89 x 2,65 m • À gauche : © Musées d’Orléans. À droite : Coll. Musée de la Chartreuse, Douai / Photo Image & Son
À gauche : Tête du bourreau à l’arrière-plan en image inversée du fer / À droite : Tête du bourreau à l’arrière-plan en lumière réfléchie, 2022
Les métamorphoses d’un bourreau
Retour sur le chef-d’œuvre rouennais. Des analyses menées récemment au C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France) apportent un nouvel éclairage sur son contexte de création. D’après la radiographie, le parapet placé derrière le Christ occupait d’abord le premier plan; ce qui aurait instauré une plus grande distance entre les personnages et le spectateur. Autre modification : Caravage a progressivement ridé le bourreau central, bosselé son nez, probablement afin de le différencier davantage de son Christ aux traits si réguliers.
© Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF)
Détail de l’image de plomb mettant en évidence la composition sous-jacente en jaune, 2022
Un homme caché
La cartographie du plomb non seulement révèle que le personnage du milieu ne portrait pas initialement de chapeau (accessoire qui permet de l’ancrer dans l’époque du peintre) mais met également en évidence la présence d’un personnage sous-jacent. Dans le coin supérieur droit de la composition se cache en effet une figure tête-bêche, sur le point de découper un objet non identifié. Son visage est à peine visible mais on distingue son œil droit, son nez, son menton. Serait-ce un tavernier ou un boucher ? Pourquoi avoir effacé cet homme, retourné la toile à 180° au profit d’un épisode de la Passion ? Le mystère demeure…
© Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF)
Caravage, un coup de fouet
Du 28 octobre 2022 au 27 février 2023
Musée des Beaux-Arts de Rouen • Esplanade Marcel Duchamp • 76000 Rouen
mbarouen.fr
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L’art de la fuite
En mai 1606, à la suite du meurtre tragique de Ranuccio Tomassoni, Caravage doit quitter Rome pour regagner Naples. La même année, il s’attelle à La Flagellation du Christ à la colonne. Dans un éclairage contrasté, plus connu sous le nom de clair-obscur, Jésus semble comme happé vers la gauche quoique retenu par ses deux bourreaux. Mouvement coulissant d’une grande modernité : la scène semble presque se soustraire à notre regard.