UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

« La Guerre » d’Henri Rousseau : la vision d’apocalypse d’un pacifiste pas si naïf

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Publié le , mis à jour le
Tremblez, frères humains ! Dressée sur son cheval noir, brandissant sa torche et son épée, une jeune fille survole une marée de cadavres mutilés. Étrange et terrifiante, cette allégorie est unique dans l’œuvre d’Henri Rousseau, qui délaisse ici ses jungles oniriques pour se dresser contre les horreurs de la guerre. Scrutons de plus près cette sombre vision, à retrouver dans le parcours de l’exposition « Apocalypse. Hier et demain », du 4 février au 8 juin à la BnF.
Henri Rousseau, La Guerre
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Henri Rousseau, La Guerre, vers 1894

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Henri Rousseau, artiste pacifiste

Une jeune fille, qui ressemble presque à une enfant, chevauche une monture noire galopant à travers un paysage désolé, peuplé d’arbres morts. Les sabots de l’animal ne touchent pas terre : il semble survoler une marée de cadavres sanguinolents, dont se repaissent des charognards. Funeste vision ! Réalisée vers 1894, La Guerre (aussi intitulée « La Chevauchée de la discorde ») marque un tournant dans l’œuvre d’Henri Rousseau (1844–1910). Jungles luxuriantes et autres motifs oniriques cèdent ici leur place à la violence. Le peintre, encore marqué par le traumatisme du conflit franco-prussien de 1870, s’affiche ainsi en digne héritier de ces artistes qui, de Rubens à Goya, ont ardemment dénoncé les horreurs de la guerre dans leurs œuvres.

Huile sur toile • 114,5 x 195 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris

Henri Rousseau, La Guerre (détail)
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Henri Rousseau, La Guerre (détail), vers 1894

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« Le désespoir, les pleurs, la ruine »

Le Douanier Rousseau reprend ici les codes de l’allégorie classique, qu’il revisite bien sûr à sa façon. Il prête à la guerre non pas les traits d’une femme en armure, mais d’une jeune fille en robe blanche. L’image n’en demeure pas moins terrifiante : l’enfant à l’air ahuri ressemble à une poupée désarticulée poussant un cri de guerre. Sa robe immaculée est effilochée, tandis que sa longue chevelure hirsute rappelle la crinière de son cheval. Elle tient dans ses mains les attributs de la guerre : une épée et une torche enflammée, qui laisse sur son passage une épaisse traînée de fumée grise. « Elle passe effrayante, laissant partout le désespoir, les pleurs, la ruine », écrit l’artiste dans le livret du Salon des indépendants où l’œuvre est exposée en 1894.

Huile sur toile • 114,5 x 195 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris

Henri Rousseau, La Guerre (détail)
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Henri Rousseau, La Guerre (détail), vers 1894

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Les couleurs de l’incendie

Dans le ciel bleu gris, les nuages se teintent d’orange et de rouge comme à l’heure du crépuscule… Or, ici, ce sont bien les flammes des combats qui colorent la voûte céleste. Le paysage lunaire est comme balafré par les branches d’arbres calcinés qui se dressent de part et d’autre de la composition, tels de funestes remparts. Le regard du spectateur se trouve alors piégé face au charnier et n’a d’autre choix que de constater, impuissant, le massacre. La nature, comme le corps des hommes, est gravement mutilée.

Huile sur toile • 114,5 x 195 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris

Henri Rousseau, La Guerre (détail)
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Henri Rousseau, La Guerre (détail), vers 1894

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Galop volant

Placé au centre de la composition, le cheval a des allures d’inquiétante chimère et évoque la monture des redoutables cavaliers de l’Apocalypse. Sa posture étrange, comme en lévitation avec les quatre fers en l’air, rappelle le fameux Derby d’Epsom de Théodore Géricault (1821), figurant quatre chevaux lancés dans un « galop volant ». L’artiste s’est en réalité inspiré d’une caricature, publiée dans le journal anarchiste L’Égalité, qui présente le tsar Alexandre III sur son destrier, survolant une marée de cadavres et suivi par une nuée de corbeaux voraces.

Huile sur toile • 114,5 x 195 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris

Henri Rousseau, La Guerre (détail)
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Henri Rousseau, La Guerre (détail), vers 1894

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La mort en face

La terre noire est tapissée de cadavres aux membres disloqués, arrachés, sanguinolents, qui font la joie des charognards… Hommes et femmes, jeunes et vieux : les victimes ici ne sont pas des soldats mais des civils, qui n’ont ni armure, ni vêtement. On remarque néanmoins au premier plan un homme vêtu d’un haillon. Bras par-dessus tête, il fixe le spectateur, comme pour le prendre à témoin des horreurs de la guerre. Certains ont cru reconnaître chez ce supplicié les traits d’Henri Rousseau lui-même…

Huile sur toile • 114,5 x 195 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris

Henri Rousseau, La Guerre (détail)
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Henri Rousseau, La Guerre (détail), vers 1894

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Perdu pendant 30 ans

Raillée pour son style naïf par les uns, louée pour son absolue singularité par les autres, La Guerre n’a pas manqué de faire réagir lors de son exposition au Salon des indépendants de 1894. Dans les colonnes du Mercure de France, le peintre Louis Roy salua cette « courageuse tentative dans le sens du symbole », tandis qu’Alfred Jarry, conquis, commanda à Henri Rousseau une version gravée de l’œuvre afin de la publier dans sa revue L’Ymagier. Le tableau a par la suite connu une histoire mouvementée : perdu pendant plus de 30 ans, il fut retrouvé par hasard dans une grange en 1943.

Huile sur toile • 114,5 x 195 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris

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Apocalypse. Hier et demain

Du 4 février 2025 au 8 juin 2025

www.bnf.fr

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