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Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau gauche du triptyque), 1888-1889
Huile sur toile • Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
La Légende d’Aïno (panneau gauche du triptyque, détail), 1888-1889
Prétendant séculaire
Vêtu d’une cape à bordure rouge, ce grand et robuste Väinämöinen semble sortir d’un conte ancien. Ce personnage important du Kalevala, qui aurait inspiré à Tolkien la figure de Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux, l’artiste le représente tel qu’il est décrit dans le texte : très âgé et doté d’une longue barbe blanche. Premier homme de la création, il est le fils d’une nymphe fécondée par une vague, qui l’a porté dans son ventre durant 700 ans… Soit le temps exact que la Finlande a passé sous occupation suédoise avant de passer aux mains des Russes !
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
La Légende d’Aïno (panneau gauche du triptyque, détail), 1888-1889
Prise en chasse
Tournant le dos au vieil homme qui la traque dans la forêt, la défiante Aïno fuit ses avances. Pieds nus, la jolie jeune femme apparaît à la fois libre et vulnérable. Sa longue tresse et sa tenue très simple évoquent celles d’une paysanne finlandaise traditionnelle (une ressemblance qui sera encore plus marquée dans la seconde version améliorée du triptyque, conservée au musée d’Art Ateneum d’Helsinki). La voilà menacée de subir le même sort que celui de bien des femmes au fil des siècles : son frère a promis qu’elle servirait le vieil homme en s’occupant sans relâche de la cuisine et du ménage…
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau gauche du triptyque, détail), 1888-1889
Racines patriotiques
Strié de nuages jaune-orangé, un ciel inquiétant apparaît au loin entre les sapins et les hauts troncs d’arbres, annonçant la tombée de la nuit. Un bel aperçu des talents de paysagiste de Gallen-Kallela, qui ne cesse de peindre la nature de son pays natal. D’une beauté dense et mystérieuse, cette forêt typiquement finlandaise contribue à la fois à l’aspect immémorial du triptyque – lié à l’univers traditionnel des contes et légendes – et à sa portée nationaliste.
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau droit du triptyque), 1888-1889
Naïade mélancolique
Désespérée de devoir épouser un si vieil homme, la jeune Aïno s’est réfugiée au bord d’un lac. Le peintre la représente assise, nue et mélancolique, à mi-chemin entre une naïade et une héroïne romantique.
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau droit du triptyque, détail), 1888-1889
Nymphes tentatrices
Depuis la berge, elle observe les nymphes de Vellamo, déesse des lacs, des rivières et de la mer, qui jouent dans l’onde et tentent de l’attirer. Le peintre en profite pour brosser une vision sensuelle et extatique : le corps renversé en arrière et les bras levés, comme si elle jouait d’une lyre invisible, l’une d’elles émerge distinctement de l’eau, ses cuisses et son entrejambe visibles en transparence. Au loin, ses compagnes se devinent dans la brume. Se sentant prise au piège d’une situation inextricable, la jeune femme s’apprête à se noyer pour devenir l’une des leurs…
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau central du triptyque, détail du cadre), 1888-1889
Cadre légendaire
Pour mieux brouiller les frontières entre légende et histoire nationale, Gallen-Kallela, adepte d’un art total, a lui-même conçu ce cadre archaïsant orné de motifs dorés… qui, ressemblant comme deux gouttes d’eau à des croix gammées nazies, ont de quoi choquer les spectateurs non avertis. Bien avant d’avoir été récupéré et souillé par Hitler, ce symbole ancien venu d’Asie, nommé « swastika » (un mot sanskrit signifiant « bonne fortune » ou « bien »), a été largement adopté par les Slaves comme un signe porte-bonheur, associé à la force positive du soleil et du feu. Déjà très présent dans l’ornementation traditionnelle finlandaise, le dessin est choisi en 1918 comme symbole national par la jeune nation, qui le place sur l’insigne de son armée de l’air et sur la Croix de la Liberté, prestigieuse décoration conçue par Gallen-Kallela en personne !
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau central du triptyque), 1888-1889
Hors d’atteinte
Un jour, alors qu’il pêche dans le lac pour tenter de retrouver Aïno, Väinämöinen attrape un petit poisson. Le jugeant trop insignifiant, il le rejette à l’eau. Erreur : il s’agissait de la jeune femme métamorphosée ! En lui glissant des mains, la belle reprend sa forme et se moque de lui, avant de disparaître à jamais, laissant le vieil homme en proie à un profond chagrin…
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau central du triptyque, détail), 1888-1889
Pêcheur bredouille
Tendant désespérément les bras vers Aïno depuis la proue de sa barque qu’il manque de faire chavirer, le personnage de Väinämöinen vêtu d’un habit traditionnel, est représenté avec réalisme par le peintre qui s’attarde sur le couteau glissé à sa ceinture et les détails de son embarcation. Cette dernière s’impose comme un symbole fort de la Finlande, contrée de pêcheurs et de navigateurs comptant, outre son littoral, près de 188 000 lacs et 180 000 îles !
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno (panneau central du triptyque, détail), 1888-1889
Beauté nordique
Aux tons bruns de la barque et du chapeau de Väinämöinen, qui les relient au monde terrestre, le peintre oppose une figure féminine aquatique et lumineuse, aussi légère et éblouissante que la surface miroitante de l’eau. Saisie en plein mouvement dans une posture libre et triomphante, Aïno, archétype de la beauté nordique avec sa peau très claire, ses hanches généreuses et ses longs cheveux blonds qui ondulent tels des algues, apparaît comme une rayonnante allégorie de la Finlande se soustrayant à ses oppresseurs… Enfin indépendante !
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
La Légende d’Aïno (panneau central du triptyque, détail), 1888-1889
Poissons mutins
Le peintre prend soin de représenter une flopée de poissons qui accompagnent la belle dans sa fuite, évoquant sa fameuse métamorphose. Les chants traditionnels racontent en effet qu’elle avait pris la forme d’un saumon ou d’une perche (selon les versions) afin de se jouer du pêcheur !
Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Akseli Gallen-Kallela, La Légende d’Aïno, 1888-1889
Paradis lacustre
Grand amoureux des paysages de la région de Carélie qu’il voit comme une terre originelle, Gallen-Kallela y peint ses forêts boréales et ses vastes étendues d’eau et de neige vierges de toute présence humaine. Paisible et grandiose à la fois, le décor lacustre de l’arrière-plan, avec ses sapins reflétés dans l’eau comme dans un miroir, démontre ses talents de paysagiste qui atteindront leur apogée en 1905, avec une superbe représentation de la surface argentée du lac Keitele… Un enchantement.
Huile sur toile • 210 x 371 cm • Coll. Banque de Finlande, Helsinki • © Bank of Finland / © Suomen Pankki
Gallen-Kallela. Mythes et nature
Du 11 mars 2022 au 25 juillet 2022
www.musee-jacquemart-andre.com
Musée Jacquemart-André • 158, boulevard Haussmann • 75008 Paris
www.musee-jacquemart-andre.com
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