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Hans Holbein le Jeune, “Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer”, 1526-1528
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
Hans Holbein le Jeune, Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer (détail), 1526-1528
Une madone aux influences italiennes
Au centre de cette étroite composition se tient en majesté la Vierge Marie, vêtue d’une élégante robe bleu nuit aux manches dorées. Perchée sur un piédestal, elle porte dans ses bras l’Enfant Jésus et, avec sa cape, enveloppe, d’un geste protecteur, les dévots en prière à ses pieds. Lumineux et serein, le visage de la Vierge, qui n’est pas sans rappeler la beauté idéalisée des madones de Raphaël, est surmonté d’une couronne d’or finement travaillée, délicatement ornée de perles et de pierres précieuses. Elle semble trôner dans une niche au sommet sculpté en forme de coquillage et soutenue de chaque côté par une console.
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
Hans Holbein le Jeune, Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer (détail), 1526-1528
Identité mystère
Vêtu d’un flamboyant habit doré, réhaussé d’un élégant liseré de velours marron, un garçon aux boucles blondes tient tendrement dans ses bras un jeune enfant. Qui est-il ? Plusieurs pistes ont été soulevées par les historiens. Il pourrait aussi bien s’agir d’un fils de Jakob Meyer, qui serait mort très jeune, ou bien encore d’un enfant inspiré de la Vierge aux rochers (1483–1486) de Léonard de Vinci, que Holbein a pu étudier lors d’un séjour en France. Quant à l’enfant nu au pied de la madone, il pourrait s’agir de saint Jean-Baptiste, qui d’un geste de la main semble dire « Ecce Agnus Dei » (« voici l’agneau de dieu »).
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
Hans Holbein le Jeune, Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer (détail), 1526-1528
Les vivants et les morts
À la droite de la composition, deux femmes qui tiennent entre leurs doigts un chapelet sont, elles aussi, agenouillées. Celle qui se tient au plus proche de la madone, disparaissant presque sous son imposante coiffe blanche dotée d’une mentonnière, n’est autre que Magdalena Bär, la première épouse de Jakob Meyer, décédée en 1512. À son côté se tient Dorothea Kannengiesser, que le commanditaire du tableau a épousé en secondes noces – elle porte d’ailleurs le même habit de fourrure que son époux. En pleine lumière, son visage est lui aussi traité avec un grand souci de réalisme.
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
Hans Holbein le Jeune, Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer (détail), 1526-1528
Blancheur virginale
Anna Meyer, la fille du commanditaire, se tient également au pied de la madone. Vêtue d’une robe blanche aux broderies délicates, la jeune fille se démarque par contraste du reste de la composition. Des dessins préparatoires de l’artiste, puis des analyses aux rayons X ont démontré qu’avant que le peintre ne retouche le panneau en 1528, la jeune femme portait les cheveux longs, lâchés sur ses épaules. La version définitive de l’œuvre la montre les cheveux noués sous une coiffe virginale, surmontée d’une discrète couronne d’œillets et de branches de romarin.
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
Hans Holbein le Jeune, Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer (détail), 1526-1528
Un décor minimaliste
La composition particulièrement étroite n’a pas donné au peintre l’occasion de beaucoup détailler l’arrière-plan du panneau. On devine simplement ici un pan de mur, derrière lequel apparaît de part et d’autre de l’œuvre un petit morceau de ciel bleu sur lequel se dessinent quelques branches de figuier, symbole de la rédemption dans le culte marial.
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
Hans Holbein le Jeune, Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer (détail), 1526-1528
Une œuvre raffinée
Holbein représente avec une finesse absolue les drapés, les broderies et les parures. Outre l’immense délicatesse de sa touche, l’œuvre fascine aussi par le raffinement de ses couleurs. Comble du chic : de l’ocre précieux au rouge velouté en passant par le noir profond, toutes les teintes employées par l’artiste sont reprises sur le tapis persan qui recouvre le piédestal. Les épais plis de ce dernier montrent encore combien Holbein savait travailler les motifs complexes et faire habilement illusion du réel.
huile sur bois conifère • 146,5 x 102 cm • coll. Würth, Künzelsau • © Volker Naumann, Schönaich
À gauche “la Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer”, peinte par Holbein le Jeune entre 1526 et 1528. À droite la copie peinte par Bartholomée Sarburgh entre 1635 et 1637
La « querelle Holbein »
Peinte entre 1635 et 1637 par Bartholomée Sarburgh, une copie de la Madone de Darmstadt fut pendant un certain temps considérée comme l’œuvre originale, au point d’être exposée comme telle sous les ors de la galerie de Dresde, face à la Madone Sixtine de Raphaël ! C’est dans ce contexte qu’a éclaté, dans les années 1870, la « querelle Holbein » – un débat sur la soi-disant supériorité esthétique du faux, qui a enflammé artistes et historiens durant de longues années.
huile sur bois conifère / Huile sur bois de chêne • 146,5 x 102 cm / 159 x 103 cm • coll. Würth, Künzelsau / Coll. Gemäldegalerie Alte Meister, Dresdes • © Volker Naumann, Schönaich. © The Picture Art Collection / Alamy / Hemis
Holbein et la Renaissance du nord
Du 2 novembre 2023 au 18 février 2024
Städel Museum - Francfort • 63 Schaumainkai • 60596 Frankfurt am Main
www.staedelmuseum.de
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Un somptueux portrait de famille
Joyau de l’art européen du XVIe siècle, La Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer est le chef-d’œuvre d’Holbein le Jeune (1497–1543). Peint en 1526 puis retouché en 1528, à la demande du Bâlois Jacob Meyer, cet éclatant retable montre une Vierge de miséricorde, plaçant sous sa protection la famille du riche commanditaire. L’œuvre a, à travers les siècles, hérité du surnom de Madone de Darmstadt, en référence au musée qui l’a longtemps abritée, le Residenzschloss (le château de Darmstadt), avant son rachat en 2011 par le riche collectionneur Reinhold Würth. Elle a depuis rejoint les collections de la Johanniterhalle, une chapelle du XIIe siècle située à Schwäbisch Hall.