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STÄDEL MUSEUM DE FRANCFORT

Augsbourg, la petite Florence germanique, terre de Hans Holbein, Dürer, Burgkmair l’Ancien…

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Francfort réunit dans une rare exposition des tableaux magistraux de Hans Holbein, l’Ancien et le Jeune, mais aussi de Dürer et du moins connu Hans Burgkmair l’Ancien… Point commun entre ces trois maîtres de la peinture ancienne ? Augsbourg, foyer majeur des débuts de la Renaissance allemande, où le mécénat joua un rôle décisif dans l’évolution des artistes dont le talent finira par rayonner bien au-delà de la cité allemande
Hans Burgkmair, Mise au tombeau
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Hans Burgkmair, Mise au tombeau, Vers 1520

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Rapidement, Burgkmair est parvenu à faire la synthèse entre peinture nordique et italienne. En témoigne cette ample Mise au tombeau ouvrant sur les cimes enneigées des cols alpins.

huile sur panneau • 66,3 x 118,3 cm

Florence eut les Médicis. Augsbourg, cité de Souabe, dans le sud de la Bavière, eut les Fugger. Si beaucoup oppose les deux dynasties, par leurs origines notamment et par le contexte politique dans lequel elles évoluèrent, toutes deux, dominant la banque et la finance de leur temps, exercèrent une influence décisive sur les arts de l’époque.

Sans les Fugger, Augsbourg n’aurait sûrement jamais vu émerger la remarquable génération d’artistes du début de la Renaissance allemande qui y brilla, les Holbein père et fils ou encore le moins connu Hans Burgkmair l’Ancien, tous trouvant là un terreau fertile et une structure solide de commanditaires et mécènes, non sans être concurrents.

Hans Burgkmair l’Ancien, Portrait d’un jeune homme
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Hans Burgkmair l’Ancien, Portrait d’un jeune homme, 1506

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Stimulé par les nombreuses commandes de personnalités locales soucieuses d’affirmer leur statut social, Hans Burgkmair l’Ancien imprime davantage de profondeur psychologique à ses figures. Ce beau portrait exprime l’évolution rapide de son talent.

huile sur bois de peuplier • 40,8 × 28 cm

Augsbourg attira également ponctuellement le grand Albrecht Dürer, originaire de l’autre centre artistique majeur du sud de l’Allemagne du Saint-Empire romain germanique, Nuremberg. Cité impériale aux origines romaines, de taille équivalente à Anvers, Augsbourg fut en effet prospère dès le XIIIe siècle, comme en témoigne le faste de l’architecture de ses bâtiments civils et de ses églises. Sa richesse provint en large partie de son eau : arrosée par la Wertach et le Lech, la ville avait pu y développer dès le Moyen Âge une importante activité textile.

Ville d’argent, d’art et de logements sociaux

En 1500, elle est l’une des cinq grandes villes européennes à avoir des connexions commerciales internationales (comme Paris, Rome, Venise et Florence), grâce notamment à des liens entretenus avec les explorateurs portugais. Pour la maison impériale des Habsbourg, qui domine la région, Augsbourg fut aussi une place majeure, où s’installait régulièrement la Diète d’Empire (institution chargée de veiller sur les affaires générales), attirant à cette occasion de nombreux dignitaires, princes, clercs ou conseillers venus avec leurs épouses, parfois pour plusieurs semaines voire mois. Une présence qui dopa indubitablement la consommation locale mais aussi… les commandes d’œuvres d’art.

Hans Maler, Portrait d’Anton Fugger
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Hans Maler, Portrait d’Anton Fugger, Vers 1525

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En 1525, à la mort sans héritier de Jakob Fugger (qui fut l’homme le plus riche du monde à son époque), c’est son neveu Anton qui hérite de l’empire financier et commercial.

huile sur bois • 42,4 × 34 cm

« Les Fugger ont utilisé l’art comme un instrument politique, un investissement, un symbole de statut, l’expression de leur appartenance à une élite sociale et, ce qui n’est pas le moins important, comme un moyen de promouvoir leur « memoria » ». Wolfgang Augustyn.

L’empereur Maximilien Ier (1459–1519), qui se qualifiait lui-même de « citoyen d’Augsbourg », y passa la majeure partie de son temps et fit beaucoup pour la ville, où il se comporta en grand mécène de la scène artistique locale, tout comme son conseiller, le collectionneur (d’art, de monnaies et médailles) et humaniste Konrad Peutinger, qui fut même à l’origine de la création d’une fonderie d’où sortirent maints bustes et autres bronzes. Il faut dire que l’empereur avait trouvé à Augsbourg des financeurs, les Fugger (mais aussi, dans une moindre mesure, la famille Welser), véritables magnats de la ville. D’origine modeste, élevés au rang de comtes impériaux en 1514, ces derniers surent rapidement s’imposer comme les grands industriels de la ville avant de faire fortune dans les mines (d’argent, de mercure et de cinabre) puis dans le prêt d’argent aux puissants.

En 1519, c’est Jakob Fugger (dit le Riche) – que d’aucuns comparent à Laurent le Magnifique, l’homme fort de Florence – qui financera l’élection de Charles Quint, le successeur de Maximilien. Aux seigneurs, les Fugger prêtaient de l’or ; aux bonnes œuvres, ils donnaient. À partir de 1516, ils firent notamment élever la Fuggerei, soit 15 000 mètres carrés au centre de la ville destinés à loger des ouvriers – un ensemble précurseur du logement social, qui existe encore aujourd’hui. « Les Fugger ont utilisé l’art comme un instrument politique, un investissement, un symbole de statut, l’expression de leur appartenance à une élite sociale et, ce qui n’est pas le moins important, comme un moyen de promouvoir leur « memoria » », écrit l’historien de l’art Wolfgang Augustyn dans le catalogue de l’exposition.

Leonhard Beck, Saint Georges et le Dragon
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Leonhard Beck, Saint Georges et le Dragon, Vers 1513-1514

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Il y a beaucoup de poésie dans cette œuvre inspirée directement d’une gravure de Burgkmair, mais transposée dans un paysage de Dürer… Telle était la manière de ce peintre d’Augsbourg aujourd’hui oublié, Leonhard Beck, auteur de centaines de gravures sur bois pour les projets de propagande de l’empereur Maximilien Ier.

huile sur épicéa • 136,7 x 116 cm

Ce volontarisme ruissela inévitablement sur les artistes locaux. Une autre singularité concernant la ville fut la perpétuation de ses liens avec la péninsule italienne, hérités en partie de son passé romain mais surtout facilitée par sa proximité avec les cols alpins. Les nouveautés du Nord de l’Italie y parvenaient ainsi plus rapidement qu’ailleurs dans l’Empire, qu’il s’agisse des écrits humanistes ou des œuvres d’art. Les artistes n’y furent pas insensibles.

Holbein, l’un des plus brillants portraitistes du siècle

Hans Burgkmair, Autoportrait
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Hans Burgkmair, Autoportrait, 1517

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Le plus connu des autoportraits de Burgkmair, avec son profil de médaille à l’antique, sera même repris plus tard par Dürer, après leur rencontre en 1518. L’artiste s’y figure en bourgeois.

crayon sur papier • 30 × 19,3 cm

Le plus poreux à ces influences semble avoir été le peintre Hans Burgkmair dit l’Ancien (1473–1531), protégé impérial, sûr de son talent (en témoignent ses nombreux autoportraits), au style si étrange. Rapidement, ses œuvres s’emplissent de motifs italianisants, pilastres, colonnes, grotesques – il fut le premier sur ce sujet –, tout comme Dürer à Nuremberg. Peintures qui demeurent toutefois glacialement éclairées d’une lumière nordique blafarde. Comme Dürer, Burgkmair voyagea en Italie (dans les années 1490 puis entre 1506 et 1508), mais aussi dans la région du Rhin supérieur, où il entra en contact avec le peintre Martin Schongauer, et vers 1503 à Cologne et probablement aux Pays-Bas.

Burgkmair fut également un graveur prolifique, talent souvent mis au service de la propagande impériale. Sa peinture a finalement peu à voir avec l’austérité de celle de Hans Holbein l’Ancien (vers 1464–1524), simple fils de tanneurs, auteur de nombreux panneaux religieux visiblement sous influence du Flamand Rogier van der Weyden. Holbein père se mit tardivement au portrait dans une veine plus hollandaise – tradition poursuivie avec brio par son fils, Hans Holbein le Jeune (1497/1498–1543), l’un des plus brillants portraitistes du siècle. La clientèle d’Augsbourg était en effet grande amatrice de ces portraits d’apparat signifiant son statut privilégié. Avec une manière si différente de peindre, Holbein et Burgkmair travaillèrent ainsi en parallèle durant près de trente ans, notamment sur différents chantiers religieux tel celui du couvent dominicain Sainte-Catherine.

Des artistes fondamentaux mais peu connus

Cette émulation-rivalité stimula indubitablement l’émergence de la Renaissance dans cette région nordique, dans un curieux syncrétisme perpétuant une certaine tradition gothique, comme en témoigne la chapelle sépulcrale construite entre 1509 et 1512 pour les Fugger au prieuré carmélite Sainte-Anne, avec sa voûte gothique et son décor italianisant. Si celle-ci fut confiée à des artistes locaux, Hans Daucher ou Jörg Breu l’Ancien entre autres, les éléments les plus importants de son décor furent réalisés par Dürer et Burgkmair.

Hans Holbein le Jeune, Vierge à l’Enfant avec la famille du maire Jakob Meyer, dite aussi la Madone de Darmstadt
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Hans Holbein le Jeune, Vierge à l’Enfant avec la famille du maire Jakob Meyer, dite aussi la Madone de Darmstadt, 1525/1526 et 1528

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Peint alors qu’il était déjà installé à Bâle, après avoir quitté Augsbourg et juste avant son départ pour Londres, ce tableau est représentatif de l’art de la maturité d’Holbein le Jeune, déjà plus perméable à l’art italien. Le double portrait de l’ancien maire de Bâle Jakob Meyer zum Hasen et de son épouse, sans concession, encadre une image de la Vierge qui est aussi une démonstration de fidélité à la foi catholique, alors que la Réforme gronde. Holbein reprit plusieurs fois ce tableau, à son retour en 1528, pour en modifier des détails.

huile sur bois • 146,5 × 102 cm

Les mêmes Fugger passèrent par ailleurs commande à Giovanni Bellini à Venise, ou Giulio Romano à Rome… Pourtant, de cette période d’intense créativité qui fut aussi liée au fait qu’Augsbourg était alors préservée des turbulences à venir de la Réforme, ne demeurent que peu d’artistes entrés au panthéon de l’histoire de l’art. À l’exception notable du grand Holbein le Jeune, parti vers Bâle dès 1515 pour y suivre son frère Ambrosius – leur père avait lui aussi quitté la ville –, avant l’appel de Londres, au service des Tudor, où il mourra immensément célèbre en 1543, à seulement 46 ans. Une tout autre histoire.

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Holbein et la Renaissance du nord

Du 2 novembre 2023 au 18 février 2024

www.staedelmuseum.de

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Pour en savoir plus

Mise en lumière d'une période essentielle

L’objectif de l’exposition est clair : illustrer cette période de transition entre Moyen Âge et Renaissance, entre tradition et apports italiens, grâce au rôle des puissants mécènes d’Augsbourg, dont l’importance est un peu oubliée aujourd’hui. Peintures, sculptures, armures mais aussi objets d’art replacent ainsi Augsbourg dans son rôle de foyer artistique majeur entre 1480- 1490 et 1530-1590. Conçue avec le très riche Kunsthistorisches Museum de Vienne, elle permet de réunir une belle sélection d’œuvres de Burgkmair, peu vues, et de toute la famille Holbein, mais aussi de quelques artistes moins connus aujourd’hui, tout autant précurseurs de la modernité germanique.

Retrouvez dans l’Encyclo : Albrecht Dürer Hans Holbein

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