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La folle histoire

La merveilleuse arnaque des fées de Cottingley

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Publié le , mis à jour le
À l’aube des années 1920, deux fillettes anglaises posent dans leur jardin entourées de fées. Le monde se passionne pour cette charmante série de photographies paranormales, qui se révèlera finalement truquée. Retour sur cet improbable canular, ancêtre des fake news, qui a réussi à duper, durant des décennies, des membres respectés de la haute société britannique, inspirant ensuite plusieurs films et romans !
Elsie Wright et une des fées de Cottingley
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Elsie Wright et une des fées de Cottingley

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© MEPL / Bridgeman Images

Certains croient aux fantômes, d’autres au monstre du Loch Ness. En Angleterre, les fées ont particulièrement la cote. Issues du folklore, des contes et des légendes celtiques, ces créatures merveilleuses sont très présentes depuis le Moyen Âge dans la peinture et la littérature locales, et appréciées des préraphaélites. Au début du XXe siècle, le pays sort de la période victorienne qui a vu l’émergence de la peinture féerique – un genre pictural entièrement dédié à ces petites femmes ailées, qu’on imagine voletant en essaims dans les forêts et au-dessus des lacs en compagnie d’elfes et de lutins farceurs ! De quoi prédisposer à des visions sylvestres…

C’est dans ce contexte favorable que commence l’histoire de Cottingley. En 1917, dans cette petite banlieue du Yorkshire, Elsie Wright, 16 ans, et sa cousine Frances Griffiths, 9 ans, jouent régulièrement près du ruisseau qui borde le jardin d’Elsie. Un jour, alors qu’elle rentre avec des vêtements trempés et se fait réprimander par sa mère, Frances assure que des fées vivent à cet endroit, et qu’elle n’est allée dans l’eau que pour les voir de près ! Incrédule, sa mère la consigne dans sa chambre. Décidées à prouver leur récit abracadabrant, les deux fillettes empruntent l’appareil photo du père d’Elsie. À leur retour, ce dernier développe son contenu pour le moins surprenant. Sur la première photographie, des fées dotées de fines gambettes, de longs cheveux et d’ailes de papillon, dansent et jouent de la musique devant Frances, qui pose tranquillement au bord de l’eau, un léger sourire aux lèvres, telle une mystérieuse icône romantique. Sur la seconde, Elsie, assise dans l’herbe, tient la main d’un gnome ailé qui s’approche d’elle en sautillant…

Elsie Wright dans son jardin avec un gnome
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Elsie Wright dans son jardin avec un gnome

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© MEPL / Bridgeman Images

Confiés à deux spécialistes par Gerald Gardner, les clichés sont jugés authentiques : les négatifs n’ont pas été manipulés en chambre noire !

N’y voyant que des personnages en papier, le père confisque l’appareil. Mais en 1919, son épouse mentionne les photographies lors d’une conférence sur les fées donnée par la Société de Théosophie. Confiés à deux spécialistes par Gerald Gardner, chef de file du mouvement, les clichés sont jugés authentiques : les négatifs n’ont pas été manipulés en chambre noire ! Enthousiaste, Gardner demande aux filles, qui assurent que les fées ne se montrent qu’à elles, de prendre de nouvelles photos. Trois clichés supplémentaires viennent donc compléter la série. Sur le premier, Frances, de profil, regarde une fée voler à hauteur de ses yeux. Sur le second, une fée, debout sur une branche, offre un bouquet de campanules à Elsie. La dernière, prise dans l’herbe, ne montre que des silhouettes évanescentes…

Même Houdini et Sir Conan Doyle y croient

Frances Griffiths avec les fées de son jardin
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Frances Griffiths avec les fées de son jardin

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© MEPL / Bridgeman Images

Aux anges, la Société théosophique fait publier les cinq photographies en 1920 dans le magazine Strand. Le monde entier parle de cette preuve sensationnelle. Même le grand magicien Houdini, qui traque pourtant les canulars, y croit ! Spiritualiste convaincu, le célèbre Sir Arthur Conan Doyle, père de Sherlock Holmes, s’en sert immédiatement pour illustrer un article sur l’existence des fées. Invité par l’écrivain et Gerald Gardner, le médium Geoffrey Hodson, membre de la Société de Théosophie, débarque avec des caméras et tout un attirail « psychique ». Emballé, l’homme (charlatan ou illuminé ?) affirme avoir vu les fées… sans être parvenu à les photographier. En 1945 et 1966, Gardner relance le débat médiatique en publiant deux livres sur le sujet.

En 1983, coup de théâtre : Elsie et Frances, alors âgées de 81 et 75 ans, avouent au magazine The Unexplained que les fées n’étaient que des silhouettes découpées dans un livre, Princess Mary’s Gift Book (1914)… puis simplement piquées dans l’herbe avec des épingles à chapeau dissimulées grâce à d’habiles effets de perspective ! À la télévision, Elsie explique qu’elle et sa cousine s’étaient senties dépassées par la plaisanterie, et n’avaient pas osé avouer la vérité après que des hommes aussi importants de Conan Doyle (qui est mort en 1930, toujours persuadé de l’existence des fées) les aient crues et soutenues publiquement.

Article de Sir Arthur Conan Doyle révélant l’existance des fées, publié dans The Strand Magazine
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Article de Sir Arthur Conan Doyle révélant l’existance des fées, publié dans The Strand Magazine, Mars 1921

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© Getty / Glenn Hill

Frances a continué à soutenir qu’elle aurait vraiment vu des fées à cet endroit.

Aujourd’hui, il paraît évident qu’il s’agit de figurines en papier, dessinées dans un style en vogue à l’époque dans l’illustration anglaise. L’une d’entre elles porte même un casque de cheveux courts, coiffure très à la mode au lendemain de la guerre, et une robe digne d’un modèle de Paul Poiret esquissé dans une revue mondaine ! Une question demeure donc : comment tant de personnes ont-elles pu se faire duper ? Sans doute à cause du manque d’expérience du public de l’époque, bien moins habitué que nous à voir (et encore moins à prendre) des photographies. Et bien moins familier des différentes techniques de trucage, aujourd’hui omniprésentes. Noir et blanc, netteté moindre, piètre qualité des reproductions dans la presse… Les contraintes techniques de l’époque ont également entretenu un certain flou poétique propice à masquer les ficelles (pourtant grosses) de la supercherie !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Contrairement à Elsie, Frances a continué à soutenir qu’elle aurait vraiment vu des fées à cet endroit, et que les trucages n’avaient été qu’un moyen de reconstituer la réalité… Jusque sur son lit de mort en 1986, la vieille dame a même affirmé que la dernière photographie (la seule où aucune des filles n’apparaît) serait bien authentique ! Une version peu crédible, mais appuyée par sa fille Christine en 2009 dans l’émission télévisée Antiques Roadshow. Désormais exposées au National Science and Media Museum de Bradford, les cinq images restent de précieux témoins de l’histoire du trucage photographique, des fake news et de la manipulation par l’image. Pour d’autres, elles alimentent encore le rêve…

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À voir

L’histoire a inspiré deux films :

Le Mystère des Fées : Une histoire vraie, film anglo-américain de Charles Sturridge, 1997, 1h39, avec Peter O’Toole dans le rôle de Conan Doyle et Harvey Keitel dans la peau de Houdini.

Photographing Fairies, film britannique de Nick Willing, 1997, 1h44, avec Ben Kingsley – une évocation plus libre de l’affaire de Cottingley.

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À lire 

Les Fées sont parmi nous (The Coming of the Fairies), Sir Arthur Conan Doyle, 1922

The Cottingley Secret, Hazel Gaynor, William Morrow Paperbacks, 2017

L’Affaire des fées de Cottingley, Natacha Henry, éd. Rageot, 2020

Les Fées de Cottingley, Sébastien Pérez et Sophie de La Villefromoit, Soleil, 2016

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