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Edgar Degas, L’Absinthe, entre 1875 et 1876
Huile sur toile • 92 x 68,5 cm • Musée d'Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/presse
Edgar Degas, L’Absinthe (détail), entre 1875 et 1876
Sinistre fée verte
Degas se fait ici peintre des mœurs parisiennes. Le véritable sujet de son œuvre n’est pas le café mais l’alcoolisme, en particulier les ravages causés par l’absinthe. Apparue au XVIIIe siècle, cette liqueur de plante neurotoxique s’est largement démocratisée au XIXe. Seulement, consommée à haute dose, celle-ci provoquait, en plus d’une forte accoutumance, de graves crises d’épilepsie. Autant d’effets dramatiques magistralement décrits par Émile Zola dans son célèbre roman L’Assommoir, rédigé quelques années plus tard. L’auteur des Rougon-Macquart avait d’ailleurs adressé ces mots à Degas : « J’ai tout bonnement décrit, en plus d’un endroit dans mes pages, quelques-uns de vos tableaux. » Pour endiguer le fléau, l’absinthe sera interdite en 1915.
Huile sur toile • 92 x 68,5 cm • Musée d’Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/presse
Edgar Degas, L’Absinthe (détail), entre 1875 et 1876
Un casting convaincant
Ne pas se fier aux apparences… Malgré son grand réalisme, la scène représentée par Degas est une fiction ! Dans le rôle de l’inconnue, on retrouve une certaine Ellen Andrée, une comédienne qui a aussi posé pour Manet, Renoir ou encore Gervex. L’homme fumant sa pipe n’est autre que Marcellin Desboutin, graveur et portraitiste reconnu en son temps et désormais tombé dans l’oubli. La mine triste des deux buveurs, renforcée par la palette grise du peintre, est si convaincante que Degas lui-même a dû prendre la défense de ses amis en affirmant haut et fort que ceux-ci n’étaient pas alcooliques !
Huile sur toile • 92 x 68,5 cm • Musée d'Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/presse
Edgar Degas, L’Absinthe (détail), entre 1875 et 1876
Une perspective originale
Pas d’inquiétude si vous avez tout à coup l’impression, vous aussi, d’avoir un coup dans le nez… Degas a ici opté pour un cadrage original, inspiré des kakémonos japonais qui font alors fureur. La perspective, qui forme un « S », est fuyante et maintient le spectateur à distance des personnages du tableau. Celui-ci est tenu isolé par deux grandes tables sur lesquelles sont posés une carafe, un cendrier et des journaux. L’un d’eux semble sur le point de tomber, ce qui amplifie la sensation générale de déséquilibre… Le malaise est renforcé par un détail troublant : Degas n’a pas peint les pieds des tables, qui ressemblent ainsi à de curieux plateaux en lévitation !
Huile sur toile • 92 x 68,5 cm • Musée d'Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/presse
Edgar Degas, L’absinthe (détail), entre 1875 et 1876
Un décor familier
L’œil du spectateur est comme pris au piège de ce triste spectacle. Au fond de la pièce, un grand miroir reflète la silhouette sombre des buveurs et accroît ainsi leur solitude. On croit voir aussi des fenêtres, qui sont elles-mêmes bouchées par des rideaux dont les motifs sont réduits à de vives touches grises. Impossible ici de reconnaître le café de la Nouvelle Athènes, repère de nombreux artistes de la Belle Époque ! C’est pourtant bien ce lieu mythique qui sert de décor à la toile (néanmoins peinte en atelier).
Huile sur toile • 92 x 68,5 cm • Musée d'Orsay • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/presse
Manet / Degas
Du 28 mars 2023 au 23 juillet 2023
Musée d'Orsay • Esplanade Valéry Giscard d'Estaing • 75007 Paris
www.musee-orsay.fr
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Scène de la vie parisienne
Une femme est assise sur la banquette d’un café, les épaules tombantes, le regard torve. À son côté se tient un homme au visage fatigué, qui semble à peine remarquer sa présence. Sur la table qui lui fait face trône un petit verre à pied, au liquide vert pâle : de l’absinthe. Peintre de la vie parisienne, Degas a consacré de nombreuses toiles à la thématique du café, un lieu de rencontres particulièrement prisé du Paris de la Belle Époque. Mais cette scène n’a, quant à elle, rien de joyeuse. De ce tableau se dégage une atmosphère lugubre, renforcée par les tons sourds employés par l’artiste : des gris, du marron, du noir…