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Edgar Degas, Portrait de famille, entre 1858 et 1869
Huile sur toile • 201 x 249,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
Edgar Degas, Portrait de famille (détail), entre 1858 et 1869
Un huis clos bourgeois étouffant
Degas peint un monde qu’il connaît par cœur pour en être issu, celui de la bourgeoisie. Les membres de la famille Bellelli sont représentés dans un élégant salon. Sur le mur tapissé de papier peint fleuri, on devine un cordon servant sans doute à sonner les domestiques. Aussi confortable soit-il, cet intérieur ne fait pourtant que renforcer l’atmosphère pesante du tableau. Le bleu de la tapisserie refroidit l’atmosphère, tandis que l’épaisse moquette semble étouffer le moindre bruit. À gauche de la composition, l’entrebâillement de la porte est si fin qu’il ne laisse pas au regard du spectateur la possibilité de s’échapper. De même que sur la droite, un miroir n’offre d’autre perspective que celle d’un autre miroir, que l’on devine identique. Nous voilà pris au piège d’un huis clos familial étouffant…
Huile sur toile • 201 x 249,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
Edgar Degas, Portrait de famille (détail), entre 1858 et 1869
Une matriarche sévère
Dans la famille Bellelli, je demande tout d’abord la mère. Droite et sévère comme une colonne antique, à bonne distance de son époux, la tante de l’artiste domine la composition. Son austère robe noire indique qu’elle porte le deuil – celui de son père, Hilaire Degas, dont le portrait à la sanguine est accroché en évidence sur le mur. Le regard au loin, une main froidement posée sur le secrétaire, Laure Bellelli incarne l’image de la grande bourgeoise, dans toute sa dignité (et rigidité).
Huile sur toile • 201 x 249,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
Edgar Degas, Portrait de famille (détail), entre 1858 et 1869
Giovanna, la petite fille modèle
Au côté de Laure Bellelli se tient Giovanna, qui toise silencieusement le spectateur. Bien que jeune encore, elle a déjà intégré les codes de la bourgeoisie : elle demeure sage, bien droite, les mains jointes, tandis que sa maman l’enveloppe de son bras droit. Pas un faux pli sur son beau tablier blanc : Giovanna, contrairement à sa sœur, est une véritable petite fille modèle !
Huile sur toile • 201 x 249,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
Edgar Degas, Portrait de famille (détail), entre 1858 et 1869
Giula, un sursaut de vie
Dans cette atmosphère asphyxiante, la petite Giula, placée au centre de cette composition, détonne. Contrairement à ses parents et à sa sœur, qui semblent figés telles des statues de cire, la fillette se tient sur le bord d’une chaise. En équilibre instable, elle pose un pied au sol, tandis que l’autre se trouve replié sous son jupon. Est-elle attirée par le petit chien, dont on aperçoit la silhouette furtive en bas à droite de la toile ? Ou essaie-t-elle plutôt d’échapper à un destin similaire à celui de sa mère et de sa sœur ? Une chose est sûre, sa posture décontractée contraste avec les strictes conventions sociales qui pèsent déjà sur les petites filles de son rang.
Huile sur toile • 201 x 249,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
Edgar Degas, Portrait de famille (détail), entre 1858 et 1869
Un père absent
Patriote fermement engagé pour l’indépendance de l’Italie, le père de famille se trouve chassé de Naples et vit en exil à Florence. Bien qu’absent dans les faits, Gennaro, qui est homme d’affaires, est représenté de dos, assis sur une imposante bergère au pied de laquelle on aperçoit un petit chien s’enfuir discrètement de la scène. La tête tournée vers son secrétaire, le patriarche est absorbé par la lecture de son journal, sans même se soucier de ses enfants et de sa femme. Degas livre ici le triste portrait d’un homme muré dans le silence, à l’image de cette famille définitivement rongée par les non-dits…
Huile sur toile • 201 x 249,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
Manet / Degas
Du 28 mars 2023 au 23 juillet 2023
Musée d'Orsay • Esplanade Valéry Giscard d'Estaing • 75007 Paris
www.musee-orsay.fr
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Troublant portrait de famille
Dans un salon cossu, les Bellelli prennent la pose. D’un côté, la mère – qui est aussi la tante paternelle de l’artiste –, se tient avec sévérité aux côtés de ses deux filles, Giovanna et Giula. De l’autre, le baron Gennaro est assis, tournant le dos au spectateur. Alors qu’il achève sa formation de peintre en Italie, Degas rend visite à sa famille napolitaine, dont il brosse ici un troublant portrait inspiré des maîtres flamands (Van Dyck en particulier), et auquel il consacre près de dix années de travail. Chef-d’œuvre de jeunesse, cette toile ne témoigne pas seulement du statut social de cette famille bourgeoise. Dans ce décor où chacun semble prisonnier de sa solitude, le peintre livre en fait un amer portrait de la mésentente conjugale…