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Danielle Beck, Clair de lune, panthère des neiges, 2018
Huile sur panneau • 97 x 147 cm • © Danielle Beck
Des ours en bronze aux formes rondes côtoient, peints à l’huile, une flopée d’oiseaux blancs, un hérisson d’un mètre sur deux et de flamboyants félins au regard vert. Au détour d’une cloison, les bois d’un petit cerf sculpté projettent sur le mur leur ombre gracile… Cet automne, l’ambiance est animale à Rueil-Malmaison, où l’exposition « Sauvages » poursuit une double mission : donner à voir le travail d’une dizaine de grands artistes animaliers contemporains… et rappeler que leur art continue d’exister !
Jean-Baptiste Oudry, Misse et Turlu, deux lévriers de Louis XV, vers 1800
Huile sur toile • 127 × 160 cm • Coll. château de Fontainebleau, Seine-Et-Marne, France • © Bridgeman Images
La pratique ne date pas d’hier. Il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, nos ancêtres sculptaient et peignaient déjà, sur les parois rugueuses des grottes préhistoriques, des bisons et des cerfs en pleine cavalcade. À partir du XVIIe siècle (époque d’ouverture des premières ménageries), la peinture animalière devient une véritable tradition sous l’impulsion d’une aristocratie friande de chasse, d’exotisme et de sciences naturelles. Aux toiles de Jean-Baptiste Oudry succèdent, aux XVIIIe et XIXe siècles, les planches naturalistes de Georges-Louis Leclerc de Buffon et de Jean-Jacques Audubon – ainsi que, au Japon, les merveilleuses peintures sur soie de Itō Jakuchū exposées au Petit Palais jusqu’au 14 octobre – et de grandes peintures épiques truffées de chevaux écumants et de tigres féroces.
À l’atelier Grognard, les artistes s’inscrivent dans cette veine naturaliste. Avec un réalisme léché, Danielle Beck détaille le pelage lustré des léopards et des tigres qu’elle observe à l’état sauvage lors de ses séjours au Kenya, en Afrique du Sud ou en Inde en compagnie de guides locaux. De la pointe du pinceau, elle détaille leurs yeux humides et brillants pour restituer toute l’humanité de leur regard. Même minutie d’un autre temps chez François Blin, qui, pour peindre ses oiseaux blancs et rendre la transparence de leurs plumes dans la lumière, travaille par superpositions de glacis à l’huile de pétrole.
Danielle Beck, Le Peuple ranthambire
Huile sur toile • 90 × 90 cm • © Danielle Beck
« Les animaux ne sont pas les seuls à être en danger : l’art de les représenter l’est également, alerte Hélène Legrand, l’une des participantes de l’exposition. La peinture animalière est devenue une niche. Aujourd’hui, notre démarche naturaliste (donner à voir, montrer ce qui est) disparaît peu à peu en peinture car elle est considérée comme ringarde, au même titre que la recherche du beau. Et la technique se perd : la peinture à l’huile n’est plus enseignée dans les écoles publiques ! »
En 2016, le musée de la Chasse et de la Nature rendait hommage à l’artiste contemporain Walton Ford. Inspirées des planches du XVIIIe siècle, ses grandes gouaches et aquarelles animalières ont intégré de prestigieux musées internationaux et la collection privée de l’acteur Leonardo DiCaprio, fervent défenseur de l’environnement. Mais l’Américain est l’un des rares de son secteur à bénéficier d’une telle couverture médiatique : habitués, et souvent médaillés, du Salon des artistes français et du Salon national des artistes animaliers (un rendez-vous largement méconnu), les onze plasticiens réunis à Rueil-Malmaison peinent, eux, à se faire connaître du grand public.
Vue de l’exposition « Sauvages. Les grands artistes animaliers contemporains »
© Ville de Rueil-Malmaison / Sarah Bouchaïb
Pourtant, l’art animalier n’est-il pas une réponse naturelle à un émerveillement universel, éprouvé face à la beauté du vivant ? « Le léopard, par sa fluidité, son attitude, sa beauté, m’a subjuguée », raconte Danielle Beck, pour qui le déclic a eu lieu lors de son premier voyage en Afrique. Dans la nature ou dans les zoos, tous vont se frotter à leurs sujets pour les dessiner ou les peindre sur place.
Rémi Bourquin, Ninouk, 2018
Huile sur toile • 140 × 140cm • © Rémi Bourquin
« Je cherche à rendre compte de mes sensations face à l’animal en m’imprégnant des cris, des odeurs, de la présence des bêtes. La photographie ne peut pas retranscrire ce corps-à-corps avec le vivant, contrairement à la peinture et à la sculpture qui impliquent un contact sensuel avec la matière », souligne Hélène Legrand. Même goût de la caresse chez le sculpteur Michel Bassompierre, qui prend un plaisir plastique à polir les courbes des ours bruns et des gorilles, et chez Rémi Bourquin, dont les ours polaires peints en grand format sont si doux qu’on brûle de plonger sa main dans leur pelage neigeux !
Le réalisme, chacun s’en éloigne plus ou moins. Pour réaliser ses élégantes sculptures en bronze de cerfs, taureaux et chevaux inspirées des arts archaïques, Pierre Yermia allonge la silhouette des animaux, affine leurs pattes et rétrécit leur tête pour exprimer un mélange de puissance et de fragilité. Philippe Tallis, lui, peint des autruches quasi abstraites avec des éclaboussures de peinture noire façon Pollock !
Philippe Tallis, Autruche
Huile sur toile • 220 × 120 cm • © Philippe Tallis
Sans être toujours le sujet principal, l’écologie est dans tous les esprits. Militante opposée à l’exploitation de l’animal, Hélène Legrand peint les reflets des vitres qui la séparent des pensionnaires du zoo pour exprimer le silence de leur enfermement et « tenter de saisir ce qui est voué à disparaître ». Rémi Bourquin, lui, exprime une douce nostalgie avec cet ours blanc endormi sur un canapé, rêvant à sa banquise perdue…
Sauvages. Les grands artistes animaliers contemporains
Du 28 septembre 2018 au 9 décembre 2018
Du mardi au dimanche de 13 h 30 à 18 h. Entrée : 4 €. Visites guidées chaque samedi, atelier pédagogique chaque dimanche, les deux à 15 h (7 €).
Atelier Grognard • 6 Avenue du Château de la Malmaison • 92500 Rueil-Malmaison
www.villederueil.fr
Salon National des Artistes Animaliers
Du 17 novembre 2018 au 16 décembre 2018
Hôtel de Malestroit • 1 Grande Rue Charles de Gaulle • 94360 Bry-sur-Marne
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