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Décryptage

L’art de la ligne… de code

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Pas un jour sans que le code ne s’immisce dans notre vie. Mot de passe, ADN, morse, alphabet, algorithme… Le ZKM – centre d’art et des technologies – de Karlsruhe, en Allemagne, retrace la généalogie du code numérique. Une exposition participative à l’apparence d’un incubateur de start-up, qui fait coexister, sans distinction, inventions technologiques et créations artistiques.
Can Büyükberber, Morphogenesis
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Can Büyükberber, Morphogenesis, 2016

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Installation VR, plan • © Can Büyükberber

Sans lui, pas d’ordinateur, de site internet ou de smartphone. Sans lui, impossible d’entrer dans son immeuble, de payer par carte bancaire, d’envoyer des SMS ou des e-mails. Il organise notre agenda, conçoit nos fils d’actualité sur les réseaux sociaux, analyse nos comportements pour nous imposer des publicités. Il pourrait même nous aider à trouver l’amour. Le code informatique est ancré dans nos modes de vie, de sorte qu’il régit aujourd’hui, non seulement les outils électroniques, mais également nos relations humaines.

Le code est une porte d’entrée sur le monde. Tim Cook, n°1 de Apple, alors en voyage à Paris, affirme même qu’il «  est plus important que l’anglais ». Oui, il est aussi le nerf de la guerre de l’économie numérique. Pourtant majoritaires sont ceux pour qui ses secrets demeurent impénétrables. Le ZKM nous invite donc à y voir plus clair, « pour comprendre le monde dans lequel on vit », mantra de cette exposition transdisciplinaire. Quelles sont ses applications ? Que fait-il à l’art ? Faut-il s’en méfier ? L’exposition « Open codes » invite tout un chacun à trouver des réponses et à s’approprier le code pour le sortir des griffes des spécialistes. À travers des artefacts scientifiques, des ateliers, des applications logicielles. Et des œuvres d’art.

Helen Knowles, Vue d’installation, The Trial of Superthunderbot
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Helen Knowles, Vue d’installation, The Trial of Superthunderbot, 2016

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Vidéo

 « Il est clair depuis plusieurs siècles que si vous voulez comprendre le monde, il n’est pas suffisant de le décrire avec des mots : il est nécessaire de calculer le monde. »

Vilém Flusser

Serpentez à travers l’exposition et vous réaliserez que le code numérique a bel et bien détrôné l’alphabet comme instrument privilégié pour communiquer. Dans une interview vidéo projetée dans l’exposition, le philosophe tchèque Vilém Flusser explique ce changement de paradigme : « Il est clair depuis plusieurs siècles que si vous voulez comprendre le monde, il n’est pas suffisant de le décrire avec des mots : il est nécessaire de calculer le monde. La science a dès lors eu de plus en plus recours aux nombres, qui sont des images de la pensée. » Rejeton des développements des mathématiques et de l’informatique, le code, qui traduit un message en données chiffrées, a dès lors permis de programmer des machines (ordinateurs, téléphones portables…) et d’échanger des informations à travers elles.

Morehshin Allahyari, Ebu, de la série « Material Speculations: ISIS »
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Morehshin Allahyari, Ebu, de la série « Material Speculations: ISIS », 2015

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Résine plastique, impression 3D et composants électroniques • 22,2 × 20,3 × 6,4 cm • © Morehshin Allahyari

Dernière avancée technique dans cette révolution : la matérialisation du code. Peter Weibel, directeur du ZKM et commissaire de l’exposition, raconte : «  Avec la numérisation, les mots, images et sons sont transformés en données numériques, et – pour la première fois dans l’histoire – ces données peuvent être transformées à nouveau en objets, images et sons. » La traduction, c’est tout l’enjeu du code. Et c’est ce que permet l’impression 3D : les données numériques accouchent d’objets. Ce sont elles qui sont à l’origine des sculptures de l’artiste iranienne Morehshin Allahyari : des impressions 3D reproduisant à partir de résine plastique des statues de la cité antique Hatra et des artefacts assyriens de Nineveh, tous détruits par l’État islamique. Le digital est un médium d’archive et de résistance.

Pour autant, s’il permet d’accroître la connaissance et de créer des réseaux, son enracinement dans chacune des parcelles de la vie soulève des interrogations éthiques et politiques. Car le code est à l’origine du Big Data, désignant la masse immense de données pouvant être dangereusement instrumentalisée par le marketing ou les politiques pour contrôler la population. Dans son installation vidéo Le Procès de « Super-chasseur-de-dettes », mettant en lumière l’impact concret du code dans nos vies, l’artiste Helen Knowles imagine dans un futur proche l’inculpation d’un algorithme chargé de minimiser les dettes et qui causerait la mort de cinq personnes. Qui faut-il juger ? L’algorithme ? Son concepteur ?

Vue de l’exposition “Open Codes”
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Vue de l’exposition “Open Codes”

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© ZKM | Karlsruhe / Foto Felix Grünschloß

Le ZKM ne nous prend pas par la main. Au contraire, il fait du visiteur un chercheur.

À l’instar des œuvres qu’elle accueille, l’exposition ne donne pas de réponse, stimulant plutôt l’esprit critique du visiteur. Dans l’espace, les traditionnelles cimaises, panneaux de salles et signalétiques ont disparu : l’exposition n’a ni début ni fin. Ainsi, le ZKM ne nous prend pas par la main. Au contraire, il fait du visiteur un chercheur. On est invité à revêtir un casque de réalité virtuelle, à composer de la musique, à découvrir les enjeux des monnaies cryptées avec une installation de Simon Denny, ou encore à tester le dispositif de l’ingénieur Matthieu Cherubini, une application ludique sur les voitures automatisées.

Agrémentée d’une table de ping-pong, d’espaces de co-working et de détente, d’une bibliothèque, de snack et café gratuits et d’un atelier, « Open codes » n’est pas une exposition comme les autres. « Nous proposons une nouvelle définition du musée du XXIe siècle », nous révèle Peter Weibel, « un espace pour produire, travailler, collaborer » et « à l’image du monde dans lequel on vit ». On pourrait ajouter : complexe et vertigineux.

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Open Codes. Living in Digital Worlds

Du 20 octobre 2017 au 5 juin 2018

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