Jusque dans les années 1980 environ, on pensait l’histoire de l’art figée. À partir des années 1990, avec la mondialisation de l’économie et la multiplication des biennales et des foires sur tous les continents, l’histoire de l’art ancien, moderne et contemporain est devenue moins occidentale, et les musées, comme les critiques d’art, ont dû revoir son récit à l’aune de cette globalisation. Ainsi, on découvrit que le surréalisme n’était pas uniquement français mais aussi japonais ou brésilien, ou encore que le pop art comme le land art s’étaient exprimés, parallèlement aux États-Unis, dans de nombreux pays de la planète. Dans les années 2000, grâce aux avancées scientifiques, on commença à analyser des œuvres mythiques pour dévoiler que, derrière un Rembrandt, un Vinci ou un Picasso, il y avait des dessins, des hésitations, des tremblements cachés. Et, depuis dix ans à peine, des artistes oubliés parce qu’ils étaient femmes, noirs ou immigrés, révélés par des critiques d’art ou des conservateurs de musée, ont par la puissance de leurs œuvres obligé l’histoire de l’art à se corriger, voire à se réinventer. C’est une révolution en marche qui n’est pas près de s’arrêter.
Hier, les musées devaient être des white cube qui respectaient les œuvres d’art. Que seront-ils demain ?
Même la notion de progrès en art est remise en question. Quand jadis, c’est-à-dire il y a moins de trente ans, on considérait que l’abstraction était une évolution majeure de l’histoire de l’art, aujourd’hui beaucoup doutent de cette idée de progrès tant la confrontation d’une sculpture abstraite et épurée de Brancusi (1876–1957) à une autre des Cyclades (3 000 ans av. J.-C.) dévoile des similitudes. Aujourd’hui, à l’heure d’Instagram, des effets spéciaux et de l’intelligence artificielle, on relit aussi l’histoire de l’art en présentant différemment des œuvres iconiques afin de les voir autrement, comme dans l’exposition conçue et scénographiée par le designer de mode Paul Smith, qui revisite les collections du musée Picasso en y présentant des chefs-d’œuvre du maître catalan sur des fonds colorés (« Célébration Picasso – La collection prend des couleurs ! », jusqu’au 27 août). Et étonnamment, la Femme qui pleure se distingue davantage sur un papier à bandes de couleur que sur un mur blanc. Hier, les musées devaient être des white cube qui respectaient les œuvres d’art. Que seront-ils demain ? Des espaces immersifs animés par des intelligences artificielles où les œuvres flotteront comme des nuages ? Je n’en sais rien. J’ai juste la conviction que ce que nous savons aujourd’hui de l’œuvre de Titien, Vinci, Warhol ou même Buren n’est rien comparé à ce que l’on en connaîtra dans les vingt prochaines années !
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