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Figure majeure de la sculpture moderne après Rodin, dont il fut fugacement le praticien, Constantin Brancusi (1876–1957) est l’auteur d’œuvres entre figuration et abstraction. L’une de ses sculptures, Oiseau dans l’espace, est connue pour avoir donné lieu à un célèbre procès en 1926 lors de son entrée aux États-Unis, où les autorités refusèrent de la reconnaître comme une œuvre d’art en raison de qualités très abstraites. Son œuvre, marquée par le retour à un certain archaïsme et à un formalisme essentialiste, a exercé une influence majeure sur de nombreuses générations d’artistes.
Constantin Brancusi, 1929
© akg-images / ullstein bild
« Ce n’est pas l’oiseau que je sculpte, mais le vol. »
Né en Roumanie en 1876, Constantin Brancusi vient d’un milieu très rural. Il fait des études d’art dans son pays avant d’intégrer l’École des beaux-arts de Bucarest puis rejoindre Paris en 1904.
Brancusi entre dans l’atelier du sculpteur académique Antonin Mercié. Remarqué par Auguste Rodin au Salon d’automne de 1906, il se joint à son atelier mais n’y demeure que quelques mois, convaincu qu’il ne pourra pas s’épanouir dans le sillage d’un tel génie. « Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres », aurait-il estimé, avant de poursuivre sa route en solitaire.
Brancusi est plutôt porté vers la taille de la pierre et du bois que vers le modelage. Son dessein est inverse à celui de Rodin : capter l’immuable, l’inaltérable, voire la métamorphose. Le sculpteur accorde une importance prépondérante à la matière que l’artiste doit parvenir à écouter. Sa vision du monde est cosmique et spirituelle.
Influencé par l’archaïsme et les arts premiers, Brancusi cultive un art entre figuration et abstraction. Ses œuvres majeures sont réalisées entre 1909 et 1925. Minimalistes, elles se caractérisent par un rendu très lisse qui joue avec la lumière. L’un des apports de Brancusi à la sculpture moderne concerne le rôle du socle, qui devient un élément à part entière de la sculpture.
Dans les années 1930, il compose un grand parcours sculpté pour la ville roumaine de Târgu Jiu, en hommage aux combattants victimes de la Grande Guerre. Y figurent trois de ses œuvres majeures, porteuses de signes et de symboles que Brancusi a inlassablement travaillés (la cellule, le totem…) : La Table du silence, La Porte du baiser et La Colonne sans fin. À sa mort, en 1957, il lègue l’ensemble de son œuvre à l’État français.
Brancusi a également pratiqué la photographie, dans une optique esthétique plus que documentaire. Il a photographié ses œuvres dans le silence de son atelier, impasse Ronsin, en insistant sur leur qualité de présence. Son atelier, lieu atypique et très rustique, a été reconstruit à l’identique sur le parvis du Centre Pompidou en 1997 où il est désormais ouvert à la visite.
Constantin Brancusi, Muse Endormie, 1909–1910
Bronze poli • 16 × 27,3 × 18,5 cm • Coll. Musée national d’Art Moderne – Centre Pompidou, Paris • © Mondadori Portfolio / Bridgeman Images © ADAGP, Paris 2018
La Muse endormie, 1910
Pour composer cette œuvre épurée, Brancusi a d’abord réalisé des études très réalistes à partir du visage de la baronne Renée Irana Frachon. Brancusi renonce au traditionnel buste au profit du seul fragment de tête aux yeux clos. Le sujet évoque à la fois le sommeil et le rêve. La surface est unie, lisse, à l’exception de la chevelure striée. S’il s’agit bien d’une œuvre figurative, elle tend vers l’abstraction que Brancusi développera dans les décennies suivantes.
Constantin Brancusi, OIseau dans l’espace, 1941
Bronze • 193,4 × 13,3 × 16 cm • Coll. Musée national d’Art Moderne – Centre Pompidou, Paris • © Bridgeman Images © ADAGP, Paris 2018
Oiseau dans l’espace, 1923
Vision très abstraite de l’oiseau, cette sculpture s’apparente à une forme majestueuse et élancée, sans détails anatomiques (pas de plumes, ni d’ailes). La surface est totalement lisse, et le socle (un cône effilé posé sur un piédestal cylindrique) semble faire corps avec la sculpture. Cette œuvre fit polémique lors de son entrée sur le territoire américain en 1926. Trop lisse, trop abstraite, les douaniers refusèrent de la considérer comme une œuvre d’art et voulurent la taxer comme un produit de l’industrie. Cela donna lieu à un procès qui conclut à la qualité esthétique, artistique et à l’originalité de l’œuvre.
Constantin Brancusi, Colonne sans fin, 1937
Fonte • 2933 cm de haut • Târgu Jiu, Roumanie • © Hervé Champollion / akg-images © ADAGP, Paris 2018
La Colonne sans fin, 1937
Manifeste de la verticalité, La Colonne sans fin est l’une des œuvres clés de l’art de Brancusi. L’artiste a commencé à y travailler en 1918, ne cessant dès lors de reprendre son œuvre (il en existe de nombreuses versions, dans des matériaux différents). Elle se compose de modules assemblés les uns sur les autres, s’élevant en direction du ciel. Brancusi y attache une dimension spirituelle, liant l’énergie de la terre à l’infinité de l’espace.
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