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PATRIMOINE

Comment les gargouilles, chimères et saints sculptés de Notre-Dame ont été recréés à l’identique ou restaurés

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Publié le , mis à jour le
Notre-Dame, c’est aussi une myriade de sculptures, dont les fameuses gargouilles imaginées par Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle. Très fragilisé par la chute de la charpente, l’ensemble des pierres sculptées des pignons nord et sud a dû être restauré. Un prodigieux travail de copiste.
Dans la halle de sculpture, une chimère est resculptée pour remplacer l’originale endommagée
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Dans la halle de sculpture, une chimère est resculptée pour remplacer l’originale endommagée, Octobre 2023

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Photo Patrick Zachmann / Magnum Photos

Il y a six mois environ, le Diable a retrouvé sa place sur le toit de Notre-Dame. Le Diable, ou plutôt le Félin tirant la langue, comme on surnomme cette chimère aux allures de démon, l’une des 52 créées par Viollet-le-Duc au XIXe siècle. La sculpture, qui a été replacée sur le chemin de ronde le 23 juin dernier, n’est pas l’originale, dont la pierre se fragmentait, mais une nouvelle statue façonnée dans la « halle de sculpture » installée au pied de la cathédrale. Comme au Moyen Âge, un atelier a en effet vu le jour sur le parvis de Notre-Dame entre l’automne 2022 et le début de l’année 2024.

C’est là qu’ont été consolidées les sculptures anciennes une fois démontées, et créés les éléments neufs. Jusqu’à 15 sculpteurs appartenant à 4 entreprises différentes ont travaillé en même temps dans cette « loge », un bâtiment éphémère de plus de 200 mètres carrés, chauffé l’hiver, et équipé d’un système de ventilation et de filtration d’air. Les artisans se trouvaient ainsi au plus près des modèles pour reproduire chimères, gargouilles, colonnettes, feuillages, frises et autres éléments décoratifs de la cathédrale disparus ou trop fragiles, tandis que les architectes pouvaient suivre leur travail au jour le jour.

« Nous avions besoin d’échanger beaucoup. D’abord sur la documentation, puis sur la reconstruction à partir des éléments retrouvés. Techniquement, le XIXe siècle est assez complexe », témoigne Pascal Larsonneur, chef sculpteur de l’atelier Bouvier qui a travaillé sur les décors en pierre, notamment du chemin de ronde, cette coursière munie d’un parapet qui part de la façade ouest de Notre-Dame et fait le tour de l’édifice à 24 mètres du sol.

Recréer à tour de bras

Le choix a été fait d’une restauration à l’ancienne, dans le respect des matériaux d’origine et des méthodes de taille traditionnelles.

Combien de sculptures au total ont ainsi été réalisées ? Difficile à dire tant elles sont nombreuses : « Peu de choses sont tombées sur la maçonnerie, mais les murs très fins et très hauts des pignons nord et sud ont reçu tant d’eau que l’ensemble des éléments sculptés, y compris tous les crochets des pinacles, ont dû être resculptés », explique Jean-Charles Ibled, conducteur de travaux chez Tollis. Un travail de titan : « Impossible de dénombrer les sculptures de la cathédrale : rien que sur un pinacle, on compte 172 crochets ! », soulignait Marie-Catherine Beaufeïst, architecte du patrimoine, lors des Journées européennes du patrimoine.

Statues récupérées de la surface supérieure de la cathédrale en juin 2019, avant qu’elles ne soient restaurées
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Statues récupérées de la surface supérieure de la cathédrale en juin 2019, avant qu’elles ne soient restaurées

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Photo Patrick Zachmann / Magnum Photos

Sans oublier, bien sûr, les grandes sculptures de pierre de 2,70 mètres dominant les deux pignons : le Saint Denis au nord et le Christ au sud ont pu être restaurés, tandis que le Saint Martin et le Saint Étienne du pignon sud sont des copies des originaux déposés. Tout comme l’Ange à la trompette, seule sculpture médiévale du lot à avoir été refaite à neuf, tant elle avait été fragilisée par les vents après la destruction de la toiture.

Un travail entièrement manuel

Mais pour toutes les sculptures, quelles que soient leurs dimensions, le choix a été fait d’une restauration à l’ancienne, dans le respect des matériaux d’origine et des méthodes de taille traditionnelles : chaque pierre et chaque décor ont été travaillés manuellement, sans l’aide de robot ni d’imprimante 3D, la plupart du temps dans la halle de sculpture du parvis. Pour certaines pièces, les artisans ont également opéré directement dans les hauteurs de Notre-Dame.

À partir des vestiges, les parties manquantes ont été restituées en plâtre, parfois en argile. Quand cela était nécessaire, une empreinte a été prise pour créer un double de l’original en plâtre, grandeur nature, validé par l’architecte avant d’être reproduit dans la pierre. Pour les grands formats, les tailleurs de pierre ont fourni un bloc « capable », c’est-à-dire un parallélépipède dont les six faces ont été prétaillées manuellement pour éliminer la pierre excédentaire et se rapprocher de la forme finale.

Réplique de « l’Ange à la trompette » en construction
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Réplique de « l’Ange à la trompette » en construction

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Photo David Bordes / © Rebâtir Notre-Dame de Paris

Pour chaque sculpture, à l’aide d’une croix de mise au point, une sorte de pantographe datant du XVIIe siècle, l’artisan reporte très précisément sur le bloc à tailler un réseau de points préalablement déterminé sur la copie en plâtre : autant de repères qui le guident dans son travail et lui indiquent l’épaisseur de matière à supprimer au fur et à mesure de la taille. Après avoir dégrossi la pierre au burineur pneumatique pour enlever un maximum de masse, il utilise une gradine à grain d’orge pour aller chercher des formes de plus en plus précises.

Les originaux déposés visibles dans le futur musée de la cathédrale

Enfin, à la râpe et au ciseau, il exécute les finitions et donne du relief à la matière pour l’animer. Un travail qui a pris jusqu’à trois mois pour les plus grandes sculptures ! Une fois achevée, la statue ou le fragment neuf est refixé au moyen d’un goujon (une tige de métal que l’on peut visser à ses extrémités) en titane, un métal insensible aux changements de température.

La pierre, elle, ne subit aucun traitement : « Ce sont des pierres sédimentaires qui durcissent naturellement sous l’effet de l’air et de l’eau. La pluie et son évaporation font remonter des sels en surface, créant une couche protectrice de 3 à 4 millimètres », explique Didier Mattard, sculpteur sur pierre chez Tollis. Quant aux originaux déposés et remplacés par des copies, le grand public pourra les admirer dans le futur musée consacré à la cathédrale Notre-Dame, où ils seront exposés.

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