La grande cour intérieure du British Museum, Londres
© Alamy & Hemis / Alex Segre (MAXPCE)
C’est un sacré coup porté à la réputation du vénérable British Museum, l’un des musées les plus célèbres et respectés au monde. Car depuis quelques jours, tout le Royaume-Uni ne parle plus que de cette affaire embarrassante, dont les premiers éléments ont été révélés par l’institution elle-même dans un communiqué publié le 16 août : un employé du musée aurait, durant des années, volé tranquillement des centaines d’objets conservés dans ses collections…
Le bilan actuel s’élève à au moins 1 500 objets (voire près de 2 000) « disparus, volés ou endommagés », d’une valeur totale de plusieurs millions de livres. Non inventoriées ou non cataloguées numériquement, ces pièces de petite taille incluaient « des bijoux en or » ainsi que des artefacts « ornés de pierres semi-précieuses et de la verrerie, le tout datant du XVe siècle avant J.-C. au XIXe siècle de notre ère », précise le musée.
Pièces du trésor de l’Oxus de la période perse achéménide (vers 556–330 avant J.-C.), dans la galerie de l’Iran ancien du British Museum, Londres
© Alamy & Hemis / Ian Dagnall (FG9F1D)
Selon le quotidien britannique The Daily Telegraph, le musée aurait été alerté en 2021 de l’existence des vols par un expert en antiquités. L’affaire révèle un grave manque d’organisation et de sécurité au sein du British Museum, car, outre ces pertes importantes, le musée est incapable d’établir une liste précise des objets dérobés, faute d’inventaires en bonne et due forme…
Et si le coupable avait agi par dépit face au manque de considération accordé à ces objets ?
Plus ahurissant encore, certaines de ces pièces auraient été vendues en ligne sur la plateforme eBay à partir de 2016, pour mille fois moins que leur valeur estimée. D’après le Telegraph, un bijou romain en onyx, vieux de 2 000 ans et d’une valeur estimée entre 32 000 et 64 000 dollars, y aurait même été mis en vente pour la modique somme de 51 dollars, sans toutefois trouver d’acheteur !
Autre élément surprenant : l’identité du suspect, largement diffusée dans la presse anglaise. Car l’homme actuellement sous le coup d’une enquête du Metropolitan Police Economic Crime Command n’est autre que Peter John Higgs, l’ancien conservateur responsable des collections d’antiquités grecques et romaines du British Museum, où il avait mené une brillante carrière durant trente ans avant d’être licencié début 2023.
La façade du British Museum, Londres
© Wikimedia Commons
Mais comment un spécialiste pourrait-il ainsi brader des pièces de valeur relevant de son champ d’expertise ? Interviewé sur le plateau de la BBC, l’archéologue Christos Tsirogiannis, chargé de la lutte contre le trafic d’antiquités auprès de l’UNESCO, avance que la faible mise à prix du bijou romain en onyx laisse à penser que « le mobile n’était peut-être pas financier ». Et si le coupable avait agi par dépit face au manque de considération accordé à ces objets, et afin d’attirer l’attention sur les failles de sécurité ?
Fait extraordinaire, le Sunday Times a retrouvé dans ses archives un article de 2002 dans lequel ce même Peter John Higgs dénonçait le manque de sécurité dans les réserves du musée londonien. « Sous nos pieds, c’est le chaos », disait-il. Si le mobile était bien de cet ordre, l’opération semble enfin (mais à quel prix ?) avoir porté ses fruits : le British Museum promet de revoir son protocole de sécurité. Son directeur, Hartwig Fischer, a, quant à lui, annoncé qu’il allait bientôt quitter son poste…
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