Hall du British Museum de Londres
© imageBROKER / hemis
On se souvient de l’invraisemblable affaire qui a récemment ébranlé la réputation du British Museum : en août 2023, le vénérable musée londonien avait découvert que plus de 1 500 objets de petite taille (dont des bijoux, des gemmes et des pièces antiques), non numérisés ou non catalogués, et d’une valeur totale de plusieurs millions de livres, avaient été subtilisés dans ses réserves durant de longues années à partir de 2016… Et que nombre d’entre eux avaient ensuite été bradés sur eBay !
Lundi 27 mai, la BBC a annoncé que le FBI assistait la police britannique sur son enquête pour retrouver ces nombreux artefacts disparus. Le fameux service fédéral de police judiciaire américain a déjà aidé le British Museum à retrouver 268 de ces objets volés, qui avaient été vendus sur eBay pour 7 000 livres en tout à un collectionneur américain basé à Washington, via le compte « sultan1966 », par une personne s’étant présentée auprès de lui comme un certain « Paul Higgins ».
Le vendeur « sultan1966 » se présentait généralement auprès de ses acheteurs comme « Peter John Higgs » ou « Dr. Higgs » – bien imprudent pour un voleur !
Beaucoup des objets volés ont été écoulés sur eBay via ce même compte, « sultan1966 », qui les a vendus à plus de 45 acheteurs différents. Selon le British Museum, le vendeur derrière ce pseudonyme ne serait autre qu’un ancien employé du musée, qui y avait mené une brillante carrière durant trente ans : Peter John Higgs (né en 1966), ex-conservateur responsable des collections d’antiquités grecques et romaines de l’établissement. Le soupçonnant d’être l’auteur des vols, le musée l’a licencié en 2023 avant d’engager une procédure contre lui.
Peter John Higgs, ancien directeur des collections grecques du British Museum
© Brick Classicists Empire
Cependant, la police n’a jamais arrêté cet homme. Ce dernier clame toujours son innocence, tandis que les éléments qui l’incriminent semblent étrangement grossiers. En effet, le vendeur « sultan1966 » se présentait auprès de ses acheteurs (sauf trois d’entre eux dont celui de Washington, acquéreur des 268 pièces) comme « Peter John Higgs » ou « Dr. Higgs » – bien imprudent pour un voleur ! Par ailleurs, le même pseudonyme apparaît publiquement sur un compte à son nom créé en 2011 sur le réseau social X (ex-Twitter), avec l’en-tête « Peter Higgs, conservateur au département d’antiquités grecques et romaines du British Museum »… Mais celui-ci n’a posté que des spams embarrassants avant de cesser toute activité en 2016.
Qu’aurait eu à gagner ce conservateur à vendre ces pièces à si bas prix par rapport à leur valeur réelle, tout en laissant pratiquement sa carte de visite derrière lui – à part peut-être pour dénoncer les failles de sécurité du musée, qu’il avait critiquées dans la presse en 2002 ? Mais, si c’était le cas, pourquoi ne pas avoir assumé ses actes une fois découvert ? George Osborne, président du British Museum, affirme de son côté être « sûr à 100 % » que Peter Higgs est le coupable, et ajoute même que des pièces de monnaie anciennes auraient été retrouvées chez lui…
Capture d’une vente Ebay d’un camée romain provenant du British Museum
Le rôle du FBI dans cette affaire a été révélé à la BBC par un collectionneur de La Nouvelle-Orléans, Tonio Birbiglia, qu’un agent fédéral a récemment interrogé à propos de deux gemmes antiques gravées, achetées sur la plateforme en ligne. Ne se souvenant plus à qui il avait ensuite revendu ces petits joyaux, Birbiglia rapporte néanmoins à la BBC que l’agent qui s’est entretenu avec lui avait « fait très peu d’efforts » et semblait « bâcler » son travail d’enquêteur… À ce jour, le British Museum aurait retrouvé 626 objets, sur les plus de 1 500 disparus.
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