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L’automne du Moyen Âge : c’est par cette jolie formule que l’on désigne parfois le gothique international, la phase tardive de l’art gothique (1380–1450). Cette école cosmopolite à tendances septentrionales (Flandres) gagne, au début du XVe siècle, l’Italie du Nord en passant par la France, mais aussi l’Angleterre et l’Espagne. Comme d’autres courants, il s’illustre par ses grands artistes (Claus Sluter, Pisanello, Gentile da Fabriano…) mais aussi par ses mécènes, comme le duc Louis de Savoie. Cette école, dominée par la poésie courtoise et l’imaginaire, s’oppose au réalisme flamand. Bien qu’elle soit moins connue que la Renaissance italienne, la période du gothique international qui la précède a été florissante, notamment dans le domaine de l’enluminure.
Gentile da Fabriano, L’Adoration des mages, 1423
Tempera sur bois • 300 × 282 cm • Coll. musée des Offices, Florence
La peinture gothique internationale s’exprime dans le décor à fresques et les retables à destination des églises, au moment où la pratique de la peinture de chevalet commence à émerger. Il s’agit d’un art de cour, attaché à la chrétienté occidentale, qui se décline en foyers nationaux, voire régionaux, et se diffuse par le biais des artistes voyageurs et des échanges commerciaux. Le gothique international privilégie les images de dévotion. Les représentations de la Vierge Marie sont abondantes, la mère de Jésus faisant l’objet de nombreux pèlerinages en Europe. Certains thèmes ont les faveurs particulières des artistes, comme l’Annonciation ou l’Adoration des mages.
Les artistes sont aussi largement inspirés par l’ouvrage La Légende dorée de Jacques de Voragine, qui raconte la vie des saints, et par les thématiques courtoises empruntées à la poésie lyrique. Dans les œuvres, la gestualité des personnages, leurs attitudes, traduisent leurs sentiments mais sans émotions excessives. C’est un art policé. La beauté des décors, souvent naturels, compte davantage que la représentation de la perspective ou les principes géométriques. Tout, dans l’art du gothique international, est tourné vers le raffinement.
Le vocabulaire plastique est codé et l’or tient une grande place dans les compositions. Grand vecteur de lumière, ce matériau rare et précieux renforce le caractère exceptionnel de l’image, surtout s’il s’agit d’une image profane. L’une des caractéristiques du gothique international, partagée avec le gothique pur qui s’exprime dans l’architecture, est le détournement relatif des exemples antiques. Tandis que l’art antique se base sur le canon (la beauté idéale), le gothique ambitionne de représenter l’échelle. Les artistes recherchent élégance et préciosité. Les couleurs primaires dominent, notamment dans l’enluminure. La raideur du gothique pur est temporisée par un plus grand réalisme, une attention portée aux vêtements et une attirance pour les courbes. On le qualifie d’ailleurs de « style doux » ou « style courtois ».
En France, l’un des foyers du gothique international est la cité d’Avignon, en Provence, très proche de l’Italie du Nord. Les papes catholiques y ont élu résidence durant le XIVe siècle. Cette principauté pontificale non rattachée à la France, qui a son propre palais, devient un haut lieu d’échanges artistiques. Le gothique international s’y épanouit sous l’influence de Clément VI et Innocent VI, notamment dans le domaine de la musique (complexité rythmique et polyphonique). Mais ce style est aussi très présent à Strasbourg, en particulier dans la sculpture et l’orfèvrerie.
Les artistes du style gothique international ne sont pas toujours connus sous leur nom de naissance mais d’après des œuvres célèbres. On parle ainsi du Maître de la Madone de Glatz (Bohême), du Maître du Haut-Rhin ou encore du Maître du Diptyque de Wilton (peintre anglais ou français dont l’identité n’est pas connue).
Claus Sluter, Vierge à l’Enfant du trumeau de la chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol à Dijon, 1395–1405
© Christophe Boisvieux / hemis.fr
Claus Sluter, Vierge à l’Enfant, 1395–1405
Originaire des Pays-Bas, Claus Sluter a mis son talent au service des ducs de Bourgogne. Le sculpteur apporte un vent de renouveau dans le style gothique en imprimant plus de naturalisme à ses personnages, et en les détachant de l’architecture sur les édifices religieux. Ici, la Vierge contemple fièrement l’Enfant Jésus. Ses vêtements sont amples, animés de mouvements qui la dynamisent – des caractéristiques qui l’éloignent des vierges statiques du XIVe siècle. La sculpture gothique atteint une théâtralité nouvelle.
Paul, Jean et Herman Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry : le mois d’avril et le château de Dourdan, 1412–1416
Miniature (folio 4 verso) • 29 × 21 cm • Coll. Musée Conde, Chantilly • © Photo Josse/Leemage
Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry, vers 1412–1416
Commandé par le duc de Berry aux trois Frères de Limbourg (originaires des Pays-Bas), ce livre d’heures richement orné comportent calligraphies, lettrines, miniatures et autres décorations peintes à l’aide de pigments rares. Très célèbre, ce manuscrit précieux a contribué à façonner la vision idéalisée du Moyen Âge. Le mois d’avril est illustré par une scène de fiançailles, sur fond de paysage seigneurial. Inachevé à la mort des frères, il est terminé par un ensemble d’artistes néerlandais dont les identités restent discutées.
Antonio Puccio, dit Pisanello, Portrait d’une jeune princesse, vers 1435–1440
Tempera sur bois • 43 × 30 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Pisanello, Portrait d’une jeune princesse, vers 1435–1440
Ce portrait de cour inspiré de l’art de la médaille représente une jeune fille répondant aux critères de beauté de son temps, en particulier le front haut et épilé. Elle endosse les couleurs de la famille des Gonzague, qui régnait à Mantoue. Il s’agit peut-être de Ginevra d’Este, puisqu’elle porte un petit brin de genévrier. Le portrait individuel est considéré comme une innovation dans la peinture italienne du XVe siècle, et la délicatesse des contours l’inscrit parfaitement dans la tradition du gothique international, entre Moyen Âge et Renaissance.
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