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Contemporain de Fra Angelico, Gentile da Fabriano (1370–1427) est considéré comme l’un des plus importants représentants italiens du gothique international. Ses œuvres se caractérisent par leur préciosité, le réalisme des portraits et leur profusion décorative et ornementale. Grand voyageur d’un bout à l’autre de l’Italie, Gentile da Fabriano a triomphé principalement à Sienne à la fin de sa carrière. Son Couronnement de la Vierge était si connu que le divin Raphaël en personne fit le déplacement pour le voir !
Anonyme, Portrait de Gentile da Fabriano
© adoc-photos
« L’éclat fleuri de l’ornement et la souplesse charmante de la vie. » – Gustave Geffroy
Originaire de la province d’Ancône, Gentile di Niccolo di Giovanni Massi est plus couramment appelé Gentile da Fabriano, du nom de sa ville natale. Il reste un artiste des plus mystérieux : sa date de naissance n’est pas clairement connue et on ne sait quasiment rien de sa formation artistique. Bien que Giorgio Vasari le désigne comme un élève de Fra Angelico, cette affirmation n’est pas probable selon les historiens. Une chose semble assurée, le peintre aurait vécu à Pavie dans les dernières années du XIVe siècle.
La vie et l’activité de Gentile da Fabriano sont révélées par des documents relatifs à des commandes obtenues, notamment à Venise. Avec Pisanello, il a réalisé d’importants décors à fresques pour le palais ducal. Malheureusement, cette contribution au style gothique international a été détruite, ainsi que bien d’autres œuvres de sa main. Gentile da Fabriano travaille avant tout pour l’Église, pour laquelle il peint des retables et des polyptyques.
Son style montre qu’il était un artiste confirmé et minutieux et qu’il s’adressait à des commanditaires fortunés et puissants. La grande préciosité de sa peinture laisse penser qu’il aurait pu être initié auprès de miniaturistes lombards. Le retable de L’Adoration des mages (1423), peint pour la chapelle Strozzi de l’église de Santa Trinita à Florence, est son œuvre la plus grandiose et la plus célèbre. Il a été commandé par un riche Florentin, désireux de doter sa ville d’une œuvre spectaculaire.
Dans ses œuvres, le peintre montre qu’il maîtrise parfaitement l’art du portrait, traité avec un grand réalisme. Mais ce qui frappe surtout est la qualité décorative de ses réalisations, où l’or domine, à la fois dans les vêtements, les nimbes et les accessoires. Une grande opulence se dégage de la plupart de ses œuvres. Bien que considéré comme un représentant du gothique international (il ne traite pas la perspective), Gentile da Fabriano innove en introduisant la couleur bleue dans la représentation des ciels, autrefois à fond doré. Sa manière est porteuse de certaines qualités plus « baroques » : absence de perfection géométrique, mouvements de foules, agitations, jeux de lumière complexes (sur ce plan, il a été comparé à Jan Van Eyck). L’artiste apprécie également la représentation animalière, qui fourmille dans ses œuvres et fait la part belle aux animaux exotiques.
En 1425, Gentile da Fabriano est l’auteur d’un autre retable qui marque son époque, le Polyptyque Quaratesi, dont les panneaux sont aujourd’hui répartis entre différentes institutions. Une nouvelle fois, l’artiste fait honneur au style courtois et décoratif, d’une certaine élégance mondaine. Dans la dernière partie de sa carrière, à Sienne, il se montre attentif aux développements autour des lois de la perspective, sous l’influence novatrice de Masaccio à Florence.
Gentile da Fabriano, Le Couronnement de la Vierge, 1400
Tempera sur bois • Coll. Pinacothèque de la Bréra, Milan
Le Couronnement de la Vierge, 1400
Dans une structure gothique, Gentile da Fabriano représente le couronnement de la Vierge par son fils, en présence de Dieu et du Saint Esprit. La scène est entourée de deux volets à double registre figurant des saints. Les personnages paraissent flotter sur un fond d’or. Les drapés sont aériens. Le sujet, issu de textes apocryphes et largement diffusé par La Légende dorée de Jacques de Voragine depuis le XIIIe siècle, est fréquent dans les œuvres des artistes italiens de la fin du Moyen Âge.
Gentile da Fabriano, L’Adoration des mages, 1423
Tempera sur bois • 300 × 282 cm • Coll. musée des Offices, Florence
L’Adoration des mages, 1423
Sur un fond de paysage montagneux défile la suite des Rois mages composée de piétons, de cavaliers avec leurs chevaux, de singes… Au premier plan, la Vierge reçoit les présents des rois, richement vêtus. On raconte que le peintre se serait auto-portraituré en turban rouge et vêtement noir derrière le jeune roi au centre de la composition. L’Adoration des mages est un thème idéal pour donner libre cours à l’éblouissement des costumes. Il est possible que le peintre se soit inspiré d’une véritable fête populaire à laquelle il aurait assisté. Cette œuvre est la plus célèbre de Gentile da Fabriano.
Gentile da Fabriano, Polyptyque Quaratesi, panneau central : Vierge à l’Enfant, vers 1425
Tempera à l’œuf sur bois • 140 × 83 cm • Coll. National Gallery, Londre, retable • © Peter Horree / Alamy / Hemis
Polyptyque Quaratesi, vers 1425
Dispersés entre plusieurs musées, les panneaux de ce grand retable ont été peints à Florence pour le compte d’un puissant commanditaire et à destination de l’une des églises de la ville. Le panneau central, une Vierge à l’Enfant, se trouve conservé à Londres. Riche en détails et d’une grande préciosité dans le traitement des ornements, il représente une Vierge aux traits particulièrement doux et au sourire grave, typique de la beauté idéale en ce mi-temps du XVe siècle. Les deux personnages se tiennent sur un fond de tapisserie semé de motifs dorés, entre espace réel et espace céleste.
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