“Théodose arrive à Éphèse”, légende des “Sept Dormants d’Éphèse”, vers 1200-1210
vitrail, provenance cathédrale Notre-Dame de Rouen • 63,5 x 71,5 cm • Coll. The Cloisters Collection, New York • © The Metropolitan Museum of Art, New York
Le Metropolitan Museum of Art de New York, receleur d’un trésor volé du patrimoine français ? Dérobés durant la première moitié du XXe siècle, des vitraux de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, cinq panneaux aux couleurs chatoyantes du vitrail des « Sept Dormants d’Éphèse » datant du XIIIe siècle, se trouveraient aujourd’hui dans trois musées outre-Atlantique : le fameux Met, le Glencairn Museum de Bryn Athyn (Pennsylvanie) et le Worcester Art Museum (Massachusetts)… Tous sont désormais accusés de « recel » !
L’affaire fait désormais les gros titres aux États-Unis suite à la plainte déposée mi-décembre auprès du parquet de Rouen à l’encontre de ces musées par l’association française Lumière sur le patrimoine, qui se donne pour objectif de retrouver des éléments dérobés ou dévoyés de notre patrimoine afin d’œuvrer à leur restitution.
Trois vitraux de la légende des « Sept Dormants d’Éphèse » (Malchus est saisi alors qu’il tente d’acheter du pain avec une pièce de monnaie antique. Malchus est conduit devant l’évêque et le préfet. Sept agenouillés (probablement des apôtres)), de la fenêtre Jean l’Évangéliste, de la cathédrale de Rouen vers 1240–1245
vitrail, provenance cathédrale Notre-Dame de Rouen • Coll. Glencairn Museum, Bryn Athyn
En 1911, l’archéologue et historien de l’art rouennais Jean Lafond (1888–1975), missionné pour dresser un inventaire avant travaux de la cathédrale de Rouen, avait fait placer (comme il le relate lui-même dans un article publié en 1972, trois ans avant sa mort, dans le Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France) les vitraux dans des « caisses neuves » et les avait fait « conserver à l’agence des travaux ». « Mais lorsqu’on ouvrit les caisses en 1931, à l’occasion d’une exposition d’art religieux ancien, raconte-t-il, on n’y trouva guère que des panneaux en lambeaux, de simples débris, quelques bordures et… des pierres ».
Dans son article, Jean Lafond explique en détail comment les vitraux volés, revendus à Paris avec une provenance maquillée, auraient été retrouvés aux États-Unis, l’un par l’historien de l’art Louis Grodecki au Worcester Art Museum (qui l’aurait acquis en 1921 à la vente de la collection Henry C. Lawrence) et les quatre autres dans la collection Raymond Pitcairn à Bryn Athyn par une conservatrice du Metropolitan Museum, Jane Hayward, et une attachée de recherche au CNRS, Françoise Perrot.
Le procureur de Rouen a encore deux mois pour se prononcer. Mais le vol remontant à environ un siècle, l’affaire n’est pas évidente. Au XIXe et au début du XXe siècles, la grande vague de restauration des cathédrales françaises a favorisé de nombreux vols et détournements de vitraux. En septembre 2023, la même association, Lumière sur le patrimoine, portait plainte contre Sotheby’s pour « vol » et « recel de vol » de deux vitraux de Notre-Dame de Paris, disparus après leur démontage par Eugène Viollet-le-Duc (architecte restaurateur de la cathédrale) en 1862. Une procédure qui n’a finalement pas abouti.
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