Artiste à suivre

Clara Rivault, corps de porcelaine et vitraux-paysages

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Publié le , mis à jour le
Récemment mise en avant à la galerie Hors-Cadre, Clara Rivault nous a reçus dans son atelier d’Aubervilliers, où elle travaille au fil des jours la porcelaine, le verre ou le vitrail. Et compose des œuvres d’une grâce saisissante, comme autant de réflexions sur le corps et sa vulnérabilité. Portrait d’une artiste à suivre.
Formée aux Beaux-Arts de Montpellier et à La Cambre en Belgique, Clara Rivault est une aventurière de la matière, passionnée de sculpture
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Formée aux Beaux-Arts de Montpellier et à La Cambre en Belgique, Clara Rivault est une aventurière de la matière, passionnée de sculpture

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© Timothée Chambovet

Une promesse. Deux doigts qui se serrent, dans un geste de jeu et de défi, enfantin mais solennel. En 2018, Clara Rivault (née en 1991) imagine une sculpture de poche, deux doigts de bronze à échelle humaine, légèrement repliés : ensemble, ils s’emboîtent et formulent La Promesse d’une promesse, le titre l’affirme. Moulées sur l’un de ses doigts et celui d’un inconnu, ces deux sculptures racontent la rencontre avec l’autre, l’espoir placé dans l’altérité. « C’est une pièce comme une monnaie d’échange », commente la plasticienne dans son atelier partagé au sein de l’incubateur Poush à Aubervilliers, évoquant aussi la coutume des yakuzas de se couper un doigt pour présenter des excuses à leur chef.

Moulées sur l’un de ses doigts et celui d’un inconnu, ces deux sculptures de Clara Rivault racontent la rencontre avec l’autre, l’espoir placé dans l’altérité.
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Moulées sur l’un de ses doigts et celui d’un inconnu, ces deux sculptures de Clara Rivault racontent la rencontre avec l’autre, l’espoir placé dans l’altérité.

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© Timothée Chambovet

C’est une constante : dans son travail, le corps apparaît morcelé, partiel. Ce sont, par exemple, ces très nombreux moulages en plâtre réalisés sur les dos ou les ventres d’amis, de proches, d’inconnus aussi, qu’elle utilise pour donner forme à de très fines sculptures de porcelaine, de la taille et (presque) de la finesse d’une feuille A4 – puisque mesurant un millimètre d’épaisseur ! –, tenues en l’air grâce à un petit dispositif métallique, une « troisième main » d’ordinaire utilisée pour suspendre des fils électriques. Aujourd’hui, demeure dans son atelier le moulage du ventre de sa mère, cher à son cœur et marqué d’une cicatrice – celle, douloureuse, de sa naissance –, mais pas l’œuvre finale, jetée au sol par le sac malencontreux d’une visiteuse. Clara Rivault grimace en évoquant la sculpture brisée, mais reste optimiste : elle teste actuellement des tentatives de réparation, notamment avec de la caséine de lait. « Ce serait fou de réparer le ventre de ma mère avec du lait ! » Espérons que ça prenne.

Dans le travail de Clara Rivault, le corps apparaît morcelé, partiel. Ce sont, par exemple, ces très nombreux moulages en plâtre réalisés sur les dos ou les ventres d’amis, de proches, d’inconnus…
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Dans le travail de Clara Rivault, le corps apparaît morcelé, partiel. Ce sont, par exemple, ces très nombreux moulages en plâtre réalisés sur les dos ou les ventres d’amis, de proches, d’inconnus…

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© Timothée Chambovet

Fille d’un écrivain et d’une restauratrice des monuments historiques, elle a grandi à Montmartre dans l’atelier maternel, au milieu de toiles « trois fois plus grandes qu’[elle] ».

Dans ses vitraux récents, le corps est tout autant divisé, montré à travers ses détails les plus intimes : s’entrecroisent des découpages irréguliers de verre imprimé de la peau d’un dos, d’une chair de poule, de grains de beauté, d’omoplates hérissées. Le tout, sur fond de ciel façon coucher de soleil (L’Amour liquide, 2022). L’idée de travailler le vitrail lui vient d’ailleurs de la contemplation du ciel et du passage des nuages puisqu’elle travaillait, jusqu’à il y a encore quelques mois, au 16e étage d’une tour – le précédent Poush ayant investi durant deux ans d’anciens bureaux à Clichy. Ce décor inhabituel pour un atelier d’artiste lui a inspiré des réflexions sur le travail du verre, la translucidité, les images suspendues. Elle le confie volontiers : sans être croyante, Clara fréquente aussi beaucoup les églises, qu’elle visite et photographie abondamment.

L’idée de travailler le vitrail vient à Clara Rivault de la contemplation du ciel et du passage des nuages puisqu’elle travaillait, jusqu’à il y a encore quelques mois, au 16<sup>e</sup> étage d’une tour – le précédent Poush ayant investi durant deux ans d’anciens bureaux à Clichy.
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L’idée de travailler le vitrail vient à Clara Rivault de la contemplation du ciel et du passage des nuages puisqu’elle travaillait, jusqu’à il y a encore quelques mois, au 16e étage d’une tour – le précédent Poush ayant investi durant deux ans d’anciens bureaux à Clichy.

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© Timothée Chambovet

Mais pour comprendre l’essence de son travail, il faut remonter à une « histoire de famille fondamentale ». Celle de sa grand-mère paternelle qui, enfant, rentrant de l’école pendant la Seconde Guerre mondiale, a trouvé sa maison de Conflans-Sainte-Honorine détruite par une bombe, et dans les décombres une main. Celle de sa propre mère, disparue dans l’explosion. De ce souvenir horrible, Clara Rivault va enregistrer le récit vacillant, « vaporeux » dit-elle, pour son projet La Main (2018), sauvé in extremis alors que sa grand-mère perdait la mémoire. « Les quelques mots que je fais passer en boucle révèlent à la fois le trouble d’une mémoire altérée et le repli volontaire vers l’oubli », écrit-elle à l’époque : elle diffuse alors dans une exposition à la Maison des Arts de Bruxelles l’enregistrement à l’aide d’un haut-parleur, à côté d’un transfert photographique agrandi des décombres sur le sol.

« J’ai imaginé des formes pour redonner du souffle à des objets qui ont eu une vie de labeur. » Pour ce faire, Clara a collaboré avec un verrier nantais, Simon Muller.
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« J’ai imaginé des formes pour redonner du souffle à des objets qui ont eu une vie de labeur. » Pour ce faire, Clara a collaboré avec un verrier nantais, Simon Muller.

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© Timothée Chambovet

Formée aux Beaux-Arts de Montpellier et à La Cambre en Belgique, la jeune artiste est une aventurière de la matière, passionnée de sculpture dès sa deuxième année et fascinée par les artisans, qui l’accompagnent volontiers dans sa tâche. Fille d’un écrivain et d’une restauratrice des monuments historiques, elle a grandi à Montmartre dans l’atelier maternel, au milieu de toiles « trois fois plus grandes qu’[elle] », et passé des semaines marquantes en résidence à Limoges et à Meisenthal, avec des travailleurs experts de la terre (notamment Michel Paysant) et du verre. C’est là, au Centre international d’Art verrier (CIAV), qu’elle a pu mener à bien un projet de longue haleine : encore étudiante, elle travaillait la « tension » avec des « pièces parlant d’oppression physique ou psychologique » réalisées d’abord à partir de bulles de latex enserrées dans des cordes shibari (utilisées dans le bondage japonais) puis, une fois au CIAV, en verre soufflé – un accomplissement plastique.

Dans les vitraux de Clara Rivault s’entrecroisent des découpages irréguliers de verre imprimé de la peau d’un dos, d’une chair de poule, de grains de beauté, d’omoplates hérissées.
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Dans les vitraux de Clara Rivault s’entrecroisent des découpages irréguliers de verre imprimé de la peau d’un dos, d’une chair de poule, de grains de beauté, d’omoplates hérissées.

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© Timothée Chambovet

« Il y a une tension extrême avec le verre qui peut se briser à tout moment. C’est pareil avec les vitraux et le travail de l’étain : tout peut éclater. Plus j’avance, plus je travaille avec la fragilité. » Ainsi sont nés ses Objets spécifiques accouplés qui associent la délicatesse du verre à des serre-joints en bois et en métal – un anonyme, fils et petit-fils d’ébénistes, lui a fait don du matériel d’atelier familial qu’il n’utilisait pas, véritable trésor pour Clara, sensible aux « outils polis, sales, rugueux et écorchés » des artisans, et qui a eu « l’impression de récupérer les membres d’une famille », l’outil s’incarnant pour elle comme la prolongation du corps. Elle explique aussi : « J’ai imaginé des formes pour redonner du souffle à des objets qui ont eu une vie de labeur. » Pour ce faire, Clara a collaboré avec un verrier nantais, Simon Muller.

Nausicaa, Circé et Pénélope, figures de ses vitraux, ont rappelé à Clara Rivault les femmes d’aujourd’hui, et leur façon d’affronter le regard des autres sur Instagram.
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Nausicaa, Circé et Pénélope, figures de ses vitraux, ont rappelé à Clara Rivault les femmes d’aujourd’hui, et leur façon d’affronter le regard des autres sur Instagram.

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© Timothée Chambovet

De celle qui « danse depuis toujours », qui a laissé la marque de son corps dans du plâtre sur un mur de son atelier pour une performance filmée (La Mer de vie, 2021) et qui plonge volontiers en eaux profondes, il faut raconter encore sa résidence en Grèce, où elle a lu la traduction de L’Odyssée par le poète Philippe Jaccottet et s’est passionnée pour les femmes de la mythologie. Nausicaa, Circé et Pénélope, figures de ses vitraux, lui ont rappelé les femmes d’aujourd’hui, et leur façon d’affronter le regard des autres sur Instagram ; un féminisme discret se cache donc dans son art, l’oppression dont elle parle en expliquant ses œuvres en verre renvoyant bel et bien à « l’oppression générale que subissent les femmes ». Quant aux photographies qu’elle utilise pour ses vitraux, elles sont volontairement d’une qualité inégale, tantôt précises, tantôt pixellisées, et répondent au monde d’images harcelantes qui nous entoure. Mine de rien, Clara Rivault parvient ainsi à faire dialoguer la délicatesse de l’artisanat d’art et la tendresse d’œuvres liées au corps avec une réflexion très actuelle sur la violence, quelle que soit sa forme. Canon.

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Galerie Hors Cadre

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100% La Villette

Du 5 avril 2023 au 23 avril 2023
Clara Rivault fait partie de la sélection du festival 100% La Villette.

lavillette.com

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Clara Rivault

Du 12 mai 2023 au 2 juillet 2023

www.leschantiersboitenoire.com

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