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Cette œuvre interdite aux hommes et servant du champagne aux femmes a été condamnée en Australie pour discrimination

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Kirsha Kaechele, Champagne servi aux femmes dans le “Ladies lounge” au MONA en Tasmanie
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Kirsha Kaechele, Champagne servi aux femmes dans le “Ladies lounge” au MONA en Tasmanie, 2024-2025

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Photo Jesse Hunniford

Un artiste a-t-il le droit de discriminer des visiteurs pour les faire réfléchir ? Selon la justice australienne, c’est non ! Le 9 avril, le tribunal civil et administratif de Tasmanie a en effet statué que le Museum of Old and New Art (MONA) de Hobart en Tasmanie (Australie) devait autoriser aux hommes l’accès à l’installation Ladies Lounge (2024) de l’artiste américaine Kirsha Kaechele (née en 1976) – une œuvre jusqu’ici strictement réservée aux femmes –, dans un délai maximum de vingt-huit jours.

Afin de rappeler que les pubs australiens avaient été interdits aux femmes jusqu’en 1965 – l’une des nombreuses discriminations dont les femmes ont été victimes au fil des siècles et qu’elles connaissent encore dans certains pays –, l’artiste avait décidé de créer une expérience immersive qui inversait la situation passée en faisant ressentir aux hommes l’exclusion qu’ont subie les femmes, et en offrant à ces dernières la place privilégiée dont avaient joui les hommes !

Les femmes reçues avec du champagne, les hommes restent à la porte

Kirsha Kaechele dans son installation « Ladies Lounge »
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Kirsha Kaechele dans son installation « Ladies Lounge », 2024

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Photo Mona Jesse Hunniford / Courtesy Mona Museum Of Old and New Art Hobart

L’installation est constituée d’une pièce confortable aux murs drapés de longs rideaux de soie verte, dans laquelle le MONA (un surprenant musée souterrain abritant plus de 2 000 œuvres de la très singulière collection d’art ancien et contemporain du milliardaire David Walsh) avait entreposé certaines de ses œuvres les plus prestigieuses, signées d’artistes comme Pablo Picasso et Sidney Nolan. Les femmes y étaient accueillies par des majordomes qui leur proposaient du champagne, tandis que les hommes restaient, déçus, à l’extérieur.

Une expérience que n’a pas digérée Jason Lau, un résident de la Nouvelle-Galles du Sud, qui a décidé d’intenter un procès au MONA après s’être vu refuser l’entrée de cette pièce en avril 2023. « Quiconque achète un billet s’attend à une fourniture équitable de biens et de services », avait-il alors affirmé, précisant que le musée ne l’avait pas informé au préalable que le billet ne lui autoriserait pas l’accès à cet espace. Une violation, selon lui, de la loi anti-discrimination en vigueur en Tasmanie !

Une démarche de discrimination positive qui ne passe pas

« L’interdiction de l’entrée aux hommes est une partie très importante de l’œuvre. »

Kirsha Kaechele

Le musée et l’artiste ont répliqué que cette loi autorise la discrimination « si elle favorise les chances d’un groupe autrement désavantagé ». Selon le principe de la discrimination positive, l’œuvre rendrait justice aux femmes longtemps privées de leurs droits. Sauf que pour Richard Gruber, vice-président du tribunal, la situation ne colle pas, car « empêcher les hommes de découvrir Ladies Lounge ne favorise pas la possibilité pour les femmes artistes d’exposer leurs œuvres »… Sans compter que les femmes visiteuses ne sont aujourd’hui pas tenues à l’écart, et n’ont donc pas besoin d’un tel dispositif.

« L’interdiction de l’entrée aux hommes est une partie très importante de l’œuvre », explique cependant l’artiste. On pourrait même dire que c’est justement cette interdiction qui fait œuvre, et donne tout son sens et son intérêt à l’installation. Précisément pour cette raison, le musée a annoncé qu’il préférait fermer Ladies Lounge plutôt que de l’ouvrir aux hommes.

Kirsha Kaechele, le 9 avril, devant le tribunal civil et administratif de Tasmanie durant l’audience.
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Kirsha Kaechele, le 9 avril, devant le tribunal civil et administratif de Tasmanie durant l’audience., 2024

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Photo Charlotte Vignau

On peut cependant comprendre la frustration et l’indignation des visiteurs masculins en découvrant leur exclusion et leur impossibilité d’accéder à des œuvres majeures tout en ayant payé leur entrée. D’autant que l’artiste Kirsha Kaechele a déclaré que les femmes devraient « obtenir des privilèges exclusifs pour les trois cents prochaines années », afin de compenser les injustices vécues par le passé – une démarche vengeresse que certains jugent malsaine… Et illégale.

Selon le tribunal tasmanien qui a jugé l’affaire, on ne peut donc plus, aujourd’hui, permettre une discrimination de ce type, fût-elle mise en place justement pour critiquer l’inégalité de traitement en fonction du sexe, de la couleur de peau, de la religion ou de l’origine d’un individu. « Je suis profondément attristée par la décision du tribunal contre le Ladies Lounge. […] Je vous suis si reconnaissante pour votre compréhension et votre soutien sans faille durant l’une des périodes les plus difficiles de ma vie », a réagi l’artiste sur Instagram, ajoutant qu’elle profiterait du délai de 28 jours pour « absorber la situation, demander conseil » et « se ressaisir ». Une chose est sûre : par sa démarche, l’artiste aura lancé un débat passionnant !

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MONA — Museum of Old and New Art

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