Kiana Hayeri, Jalalabad, Nangarhar, Afghanistan, 12 février 2024
© Kiana Hayeri pour Fondation Carmignac
Malgré son prestige qui en faisait l’un des plus suivis dans son domaine depuis quinze ans, le prix Carmignac du photojournalisme ne sera plus décerné après cette année 2025 jusqu’à nouvel ordre. La décision, confirmée après plusieurs semaines de rumeurs, a pris tout le monde de court, et laisse un vide dans le milieu de la photographie.
Ce dernier peine en effet à en comprendre la justification : Charles Carmignac, directeur général de la fondation Carmignac (née en l’an 2000), dit avoir décidé de le suspendre pour concentrer ses moyens et son énergie à son fameux lieu dédié à l’art contemporain, installé depuis 2018 sur l’île de Porquerolles.
« C’est une décision difficile mais mûrement réfléchie, un choix stratégique » explique Charles Carmignac au cours d’un entretien publié le 30 juin dans le magazine spécialisé Polka. « La Fondation Carmignac attire chaque année 60 000 personnes. Sa programmation s’enrichit d’année en année : de nouveaux lieux et de nouveaux formats vont apparaître. Nous avons choisi de suspendre le prix afin de soutenir le déploiement de ce lieu et ses actions en faveur de la création contemporaine, de l’écologie ou de la santé mentale » ajoute-t-il. Une manière de récupérer des fonds conséquents puisque le budget total annuel du prix Carmignac était d’environ 500 000 euros – soit 7 millions déboursés depuis sa création.
Destructions dans la bande de Gaza immortalisées par Kai Wiedenhöfer après la guerre de 2009, trafic humain en Libye documenté par Narciso Contreras en 2015, déforestation en Amazonie saisie par Tommaso Protti en 2019… Créé en 2009 par le père de Charles, l’homme d’affaires et milliardaire Édouard Carmignac (né en 1947), le prix Carmignac était remis chaque année à un ou une photojournaliste pour récompenser un reportage réalisé dans une région du globe où les droits humains fondamentaux sont menacés. « 15 années de reportages exceptionnels qui, chacun à leur manière, ont cherché à éveiller les consciences, et dont nous sommes très fiers » reconnaît Charles Carmignac dans Polka.
Kai Wiedenhöfer, Mona Al-Asqar, 19 ans, a été blessée lors d’un tir d’artillerie sur l’école de l’UNrWA à Beit Lahia le 17 janvier 2009 vers 6h30, 2009–2010
Premiédition – Kai Wiedenhöfer – Le livre de la destruction – Bande de Gaza • © Kai Wiedenhöfer for The Fondation Carmignac
Désigné par un jury indépendant de spécialistes de la photographie et des questions géopolitiques, chaque lauréat recevait une dotation qui figurait parmi les plus importantes du métier : une bourse de terrain de 50 000 euros, assortie de l’organisation d’une exposition itinérante et de l’édition d’un ouvrage monographique. La direction du prix avait été assurée par Emeric Glayse, puis par Margaux Granjou.
En 2024, le prix avait été remis à la photojournaliste canado-iranienne Kiana Hayeri et la chercheuse française Mélissa Cornet pour leur reportage « No Womans’ Land », dédié à la condition des femmes et des filles en Afghanistan depuis le retour au pouvoir des Talibans – un choix dont la pertinence avait été confirmée par l’obtention d’une deuxième récompense prestigieuse, le prix World Press Photo 2025.
Charles et Edouard Carmignac
© Anthony Lanneretonne
Consacrée aux désastres écologiques et humains dûs à la surpêche en Asie du Sud-Est, la quinzième et dernière édition du prix Carmignac est cependant maintenue. L’identité de son lauréat ou de sa lauréate sera dévoilée (comme les années précédentes) au festival Visa pour l’image de Perpignan, le 4 septembre. « La fin d’un cycle », glisse Charles Carmignac, laissant entendre à demi-mot la possibilité que le prix renaisse un jour de ses cendres. En attendant, « le public pourra retrouver dès septembre tous les reportages de ces quinze années du prix dans une toute nouvelle plateforme développée sur le site internet de la fondation ».
Prix Carmignac du photojournalisme 2025
Remise du prix le 4 septembre 2025 au festival Visa pour l'image de Perpignan
Plus d’informations sur le site de la fondation Carmignac
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Une famille, récemment expulsée du Pakistan, s’est temporairement installée dans un quartier de la banlieue de Jalalabad, dans l’est de l’Afghanistan. Des centaines de milliers d’Afghans ont été forcés de quitter le Pakistan à la suite de la répression en cours contre les étrangers illégaux, certains après des décennies de vie au Pakistan. Les femmes et les filles sont les plus touchées par les conséquences du déplacement forcé, avec par exemple des taux élevés de mariages d’enfants.