Léonard de Vinci, La Joconde (détail), vers 1503 - 1519
Bois (peuplier) • 77 x 53 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN (Musée du Louvre) / Michel Urtado
On la croyait indéboulonnable. Cette semaine, La Joconde de Léonard de Vinci est pourtant au cœur d’une double actualité qui remet en question son emplacement actuel, qu’elle n’a pas quitté depuis 1974 : alors que le Louvre envisage de la retirer de la salle des États pour l’installer dans un nouvel espace plus adapté à son succès planétaire, une plainte a été déposée par une association, qui demande son retour en Italie pour être restituée aux descendants de son auteur !
Début avril, 70 salariés du Louvre se réunissaient à l’occasion d’un séminaire de direction pour réfléchir à des solutions visant à améliorer l’accueil et le confort du public. Une vaste tâche, car le plus grand musée du monde accueille chaque année entre huit et dix millions de visiteurs, dont 80 % font la queue dans la salle des États (à raison parfois de 25 000 personnes par jour) pour admirer, à distance et en jouant des coudes, le fameux portrait installé face aux Noces de Cana de Paul Véronèse (1563), à deux pas de la Grande Galerie consacrée à la peinture italienne de la Renaissance.
« Déplacer La Joconde dans une salle à part pourrait mettre fin à la déception du public. »
Laurence des Cars
Si ce dernier reste le tableau le plus célèbre du globe, il est aussi considéré comme « le plus décevant au monde », selon un sondage réalisé auprès des touristes par le site internet de coupons de réduction CouponBirds, révélé le 26 mars dernier. Pour Vincent Delieuvin, conservateur en chef chargé de la peinture italienne du XVIe siècle au Louvre, le tableau donnerait en effet dans son emplacement actuel l’impression d’être « un timbre-poste », ce qui, a-t-il confié au Figaro, nuit au « face-à-face » intime recherché par le peintre italien.
De nombreux visiteurs se pressent chaque minute afin de voir la célèbre Joconde au musée du Louvre, 2024
© Sipa
« On accueille mal les visiteurs dans cette salle », a reconnu lors du séminaire la directrice du musée, Laurence des Cars. « Il faut assumer cette dimension d’icône mondiale du tableau, qui nous dépasse, a-t-elle poursuivi. Déplacer La Joconde dans une salle à part pourrait mettre fin à la déception du public ». Ce projet, évoqué depuis longtemps, ferait donc désormais l’unanimité au musée.
Pourtant, en 2018, le Louvre lui-même avait affirmé que pour des raisons de conservation, l’œuvre ne pourrait plus être déplacée, même à l’intérieur du musée. Car ce portrait peint sur un mince panneau de peuplier, bien que protégé depuis 2005 par une vitre blindée et un caisson de contrôle de température et d’humidité, présente une fente visible qui inquiète les experts…
Autre obstacle à la réalisation du projet : son coût. Il faudrait en effet réunir 500 millions d’euros pour offrir à l’œuvre un espace adapté. Pour désengorger la pyramide, il serait nécessaire d’ouvrir un nouvel accès au Louvre, dans la façade de la Colonnade, et creuser sous la Cour carrée deux nouvelles salles reliées au reste du musée. Dans un contexte d’économies budgétaires, la réalisation de ce grand projet dans un futur proche reste donc très incertaine.
Jean-Auguste Dominique Ingres, François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, vers 1818
huile sur toile • 40 × 50 cm • Coll. Musée du Petit Palais, Paris • © Photo Josse/Leemage
Pour cela, il faudrait encore que La Joconde reste propriété du Louvre, où elle se trouve depuis 1797. Jeudi 25 avril, le Conseil d’État s’est en effet penché sur une demande insolite d’une mystérieuse association, International Restitutions. Cette dernière exige que La Joconde, « appropriée » à tort par le roi François Ier, soit « radiée » de l’inventaire du Louvre et restituée aux « descendants des héritiers du peintre », qui seraient au nombre de quatorze, selon une étude récente (l’artiste sans enfants ayant eu vingt-deux demi-frères). Une requête qui semble se faire le porte-voix des revendications, bien connues, des nationalistes italiens – on se souvient d’ailleurs, de son vol par un ouvrier italien entre 1911 et 1913 !
Mais ce départ de notre Mona Lisa pour l’Italie semble peu probable. En effet, l’AFP rapporte que des demandes similaires de l’association, pour des œuvres moins emblématiques que La Joconde, n’ont jamais abouti. Par ailleurs, La Joconde semble être à sa place puisque Léonard, tombé en disgrâce auprès des Médicis, avait lui-même emporté le tableau avec lui en France en 1516 chez le roi François Ier, qui lui avait offert sa protection jusqu’à sa mort. C’est au cours de ce séjour que le souverain l’avait acquis, pour en faire un symbole de la force des liens culturels entre la France et l’Italie !
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