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Fernand Léger, Étude préparatoire au “Transport des Forces”, 1937
Gouache et crayon sur papier rigide • 50,9 x 100 cm • Coll. musée national Fernand Léger, Biot • © Rmn-Grand Palais / Adrien Didierjean © ADAGP, Paris, 2021
Fernand Léger, Le Transport des Forces, 1937
Histoire (mouvementée) d’un chef-d’œuvre
Aujourd’hui, la fresque ne mesure plus que 4 mètres 91 sur 8 mètres 70 – la faute à une exposition en 1949 à Avignon, qui a abîmé la toile et, probablement, poussé Fernand Léger à la retoucher et à en réduire les dimensions en 1952. Depuis, celle-ci a changé d’emplacement, été prêtée pour une exposition au Centre Pompidou et a subi deux campagnes de restauration : l’une en 1980, l’autre en 2016, dans l’atelier de Claude Wrobel. Depuis cette dernière, la fresque voyage de musée en musée : Cologne, Metz, Bruxelles, Paris – et désormais Biot, où elle restera en dépôt durant cinq ans au musée national Fernand Léger.
Huile sur toile • 491 x 870 cm • Centre national des arts plastiques, Paris • © ADAGP, Paris, 2021 / Cnap / Photo Yves Chenot
Thérèse Bonney, Fernand Léger (debout) et ses élèves (Pierre Wemaëre, agenouillé, et Asger Jorn, à droite) peignant Le Transport des Forces, 1937
Un travail collectif
Dans une lettre à Simone Herman, artiste, amie et collaboratrice, Fernand Léger s’emballe : « Les élèves travaillent à Belleville à mon tableau – la mise au carreau est faite – ça va aller vite – à mesure que je regarde la toile – sa dimension – elle diminue – la taille ne m’étonne plus – cela me paraît normal – Je vais finir par trouver cela petit, d’ailleurs une fois en place au Grand Palais il ne restera plus rien. » Trois peintres l’assistent donc dans sa tâche : Pierre Wemaëre, bientôt représentant de l’abstraction lyrique, Asger Jorn, futur fondateur du groupe CoBrA, et Élie Grekoff, peintre et maître cartonnier.
Épreuve gélatino-argentique • The Bancroft Library, Thérèse Bonney, photograph collection, Berkeley • © The Regent of the University of California, The Bancroft Library, Berkeley / © ADAGP, Paris, 2021
Fernand Léger, Le Transport des Forces (détail), 1937
Une usine stylisée
En 1912, Marcel Duchamp s’exclamait, visitant le Salon de la locomotion aérienne : « C’est fini, la peinture. Qui désormais pourra faire mieux que cette hélice ? » Vingt-cinq ans plus tard, la fascination est toujours de mise et l’Exposition internationale des arts et techniques remporte un succès fou (31 millions de visiteurs !) ; les artistes, eux aussi, participent activement à honorer les progrès techniques. Parmi les plus mémorables, Raoul Dufy peint ce qui restera longtemps comme le plus grand tableau du monde, La Fée électricité. Fernand Léger reçoit quant à lui pas moins de six commandes, dont Le Transport des forces, seule œuvre à subsister. Nul ouvrier ne peuple l’usine stylisée à la gauche de la peinture, une composition équilibriste de formes géométriques qui dit tout l’idéalisme du projet.
Huile sur toile • 491 x 870 cm • Centre national des arts plastiques, Paris • © ADAGP, Paris, 2021 / Cnap / Photo Yves Chenot
Fernand Léger, Le Transport des Forces (détail), 1937
Les forces de la nature
Au milieu de la toile, une cascade en camaïeux de bleu dévale du ciel jusqu’au sol. Son tumulte tout en courbes, figé par les dégradés caractéristiques de la facture de Fernand Léger, donne à sentir la force naturelle de l’eau d’un torrent… Ainsi que la façon dont elle peut être transformée en énergie, mise à profit de l’industrie des hommes, qui l’entoure de ses structures strictes et métalliques. Les forces s’unissent ainsi – il n’est nul question ici d’exploitation abusive comme on pourrait en faire la critique aujourd’hui, mais bien d’une dynamique saine et commune.
Huile sur toile • 491 x 870 cm • Centre national des arts plastiques, Paris • © ADAGP, Paris, 2021 / Cnap / Photo Yves Chenot
Fernand Léger, Le Transport des Forces (détail), 1937
Arc-en-ciel de couleurs pures
L’ambition de Fernand Léger est aussi de réfléchir à la place de l’art au sein de l’architecture et de l’espace public. Sa fresque est constituée de couleurs pures, proches de la palette de son ami Robert Delaunay – qui, lui aussi, s’active pour 1937 et intervient au Palais des chemins de fer et au Palais de l’air. Ces couleurs sont, selon lui, plus à même de plaire à un large public, et de trancher grâce à leurs contrastes avec une certaine monotonie bourgeoise. Sa palette, franche et frondeuse, affirme sa volonté d’ouvrir l’art au plus grand nombre, en défiant les habitudes décoratives.
Huile sur toile • 491 x 870 cm • Centre national des arts plastiques, Paris • © ADAGP, Paris, 2021 / Cnap / Photo Yves Chenot
Fernand Léger et Charlotte Perriand, Joies essentielles, plaisirs nouveaux, 1937-2011
Art et archi !
Les teintes de Fernand Léger sont également très proches de celles utilisées dans le champ de l’architecture moderne par l’UAM (Union des Artistes Modernes, qui réunit Jean Prouvé, Le Corbusier, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret et Robert Mallet-Stevens). Tous réfléchissent à la portée bénéfique de la couleur sur l’espace. Fernand Léger collabore d’ailleurs avec Charlotte Perriand pour cette même Exposition des arts et techniques : ensemble, ils imaginent de larges panneaux pour le Pavillon du ministère de l’Agriculture, toujours des aplats de noir, blanc, rouge, bleu, jaune, vert. Aujourd’hui disparus, ils ont été reconstitués par le commissaire d’exposition Jacques Barsac.
réalisation pour le Pavillon de l'Agriculture, Paris, Exposition Internationale, acrylique, collage et impression sur papier sur contreplaqué • 350 x 941 cm • Museo Reina Sofía, Madrid • © Museo Reina Sofía, Madrid / Donación Archives Charlotte Perriand, 2014 / © ADAGP, Paris, 2021
Le Transport des Forces
Du 19 mai 2021 au 16 mai 2022
musees-nationaux-alpesmaritimes.fr
Musée Fernand Léger • 255 Chemin du Val de Pôme • 06410 Biot
musees-nationaux-alpesmaritimes.fr
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Une commande de l’État
En 1936, Fernand Léger (1881–1955) a cinquante-cinq ans, et une carrière bien installée. Celui qui dessine depuis ses plus jeunes années est passé par l’école des Arts décoratifs et l’Académie Julian, a travaillé à La Ruche puis à Montparnasse, a fondé l’Académie moderne avec Amédée Ozenfant… Surtout, le peintre s’est déjà confronté aux grands formats décoratifs – les décors de deux ballets et d’un film – et a pour compagnons de réflexion les architectes Robert Mallet-Stevens, Le Corbusier et Charlotte Perriand. Rien d’étonnant donc à ce que l’État lui propose d’investir le Palais de la Découverte avec une fresque de 5 mètres sur 10, donc voici l’étude préparatoire.