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LA CHRONIQUE DE NICOLAS BOURRIAUD

Les Beaux-Arts de Paris, une école-musée à renforcer !

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Publié le , mis à jour le
L’avenir de l’École nationale des beaux-arts de Paris mérite une réflexion de fond. Entre restauration de son site et de ses collections, et refonte de son enseignement, le chantier est crucial.
Au coeur des Beaux-Arts de Paris, la chapelle des Petits Augustins renferme nombre de pièces et de copies de l’ancien musée des Monuments français dirigé par Alexandre Lenoir. Une collection unique qui participe au système de transmission des savoirs et des techniques de l’école et lui a permis d’obtenir l’appellation «Musée de France», visant également à préserver la singularité de son modèle pédagogique.
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Au coeur des Beaux-Arts de Paris, la chapelle des Petits Augustins renferme nombre de pièces et de copies de l’ancien musée des Monuments français dirigé par Alexandre Lenoir. Une collection unique qui participe au système de transmission des savoirs et des techniques de l’école et lui a permis d’obtenir l’appellation «Musée de France», visant également à préserver la singularité de son modèle pédagogique.

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© Jean-Baptiste Monteil.

Paris semble avoir le vent en poupe en ce moment. Pas une semaine sans rencontrer un ou une artiste qui souhaite quitter Berlin ou Londres en postulant à la Cité internationale des arts ou s’installer sur les rives de la Seine. Sans compter l’impact récent des Jeux olympiques, ni les effets étranges et instagrammés provoqués par la série Emily in Paris. Avec le Covid désormais derrière nous, en termes de taux de fréquentation des lieux culturels, la capitale est devenue le lieu de tous les désirs, le barycentre de tous les projets.

Les institutions privées ne sont pas en reste, puisque la fondation Cartier prépare son grand projet 2025 près du Louvre, que le prix Ricard renouvelle sa formule. Tout irait pour le mieux si le Centre Pompidou ne préparait pas sa fermeture pour travaux pendant cinq ans, au moment même où on a le plus besoin de lui. Travaux incompressibles dans le temps, dit-on. Mais sur une période aussi longue, n’y avait-il pas moyen de ménager au moins deux ans de fermeture partielle ?

Cette situation délicate en entraîne une autre, puisque certains revendiquent déjà l’espace du Palais de Tokyo afin de pallier ce vide. Nos lecteurs le savent, je demeure un farouche partisan de l’indépendance de cette institution, qui n’est ni soluble dans une autre, ni une variable d’ajustement, et dont les axes de programmation n’ont rien à voir avec ceux du musée d’Art moderne (MAM). Laissons donc le Palais de Tokyo se développer lui-même. La vraie question est celle-ci : que fera le Centre Pompidou pour se réinventer une fois devenu nomade ? Créera-t-il un simple vide ou un salutaire appel d’air ?

Une école dont il faut préserver la singularité

Puisqu’on parle de travaux, ceux qui seraient requis pour la consolidation du sol du Palais des études, à l’École des beaux-arts de Paris, s’élèveraient à pas moins de 100 millions d’euros. Les bases, la fondation : c’est précisément ce que représente cette école dans le système artistique parisien. Et il se trouve qu’une pétition circule contre un projet de « campus d’art et d’architecture » que préparerait le ministère de la Culture.

Tout d’abord, il faut féliciter celui-ci de s’emparer enfin de ce dossier : comme le rappellent les pétitionnaires eux-mêmes, deux établissements d’enseignement autonomes se partagent depuis plus de cinquante ans un même site, dans lequel les espaces disponibles ne permettent ni à l’un ni à l’autre de « remplir leurs missions dans de bonnes conditions ». Le constat est indéniable, la situation absurde, mais quelles réponses lui apporter ? Je ne connais pas encore le projet ministériel, mais le terme de « campus », s’il se confirme, semble constituer une fausse piste.

Avant d’en prendre la direction en 2011, je partageais avec beaucoup de gens, et notamment nombre de personnalités politiques, une certaine incrédulité quant au fonctionnement de l’école, avec son système d’ateliers inchangé depuis le XIXe siècle, rétif à son alignement sur les pratiques universitaires, réfractaire au processus de Bologne. Et puis, apprenant à découvrir les Beaux-Arts et leur histoire, j’ai compris de l’intérieur que ce système, en plus de constituer une singularité qui participait à son attractivité internationale, était à l’origine de son efficacité.

Et l’architecture dans tout ça ?

Il est sans équivalent en France, puisque la transmission des savoirs et des techniques s’y réalise dans la confrontation aux œuvres du passé, sur un site historique : au cœur de l’école, on trouve ainsi une collection unique, qui fait des Beaux-Arts de Paris la première école-musée au monde. Je le sais mieux que d’autres, puisque j’ai initié, en 2013, avec la direction du patrimoine, la procédure qui l’a conduite à se voir labelliser « Musée de France », dans le but de préserver, en même temps que l’intégrité de ses collections, son modèle pédagogique. Que les colossaux travaux à venir en soient la cause ou pas, le chantier ouvert par le ministère offre, avant toute chose, une fantastique opportunité de réformer l’enseignement de l’architecture et de réinventer ses rapports avec les arts visuels.

En effet, il existe trois autres écoles d’architecture à Paris, sans compter Versailles et Marne-la-Vallée. C’est donc fort logiquement à l’École d’architecture Paris-Malaquais de réintégrer l’école dont elle fut séparée en 1968, c’est-à-dire de renouer organiquement avec sa propre histoire tout en se différenciant des autres. Et cela représente également l’occasion, pour l’École des beaux-arts, d’intégrer dans son cursus un enseignement de l’architecture qui réponde à ses préoccupations propres, et à partir de sa propre singularité pédagogique. Et non l’inverse.

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