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Les œuvres d’Hilma af Klint vont-elles être définitivement enfermées dans un temple privé ?

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Installation de l’exposition “Hilma af Klint – A Pioneer of Abstraction” au Moderna Museet, Stockholm
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Installation de l’exposition “Hilma af Klint – A Pioneer of Abstraction” au Moderna Museet, Stockholm, 2013

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© Åsa Lundén / Moderna Museet

Sera-t-il bientôt impossible de voir les œuvres de l’artiste Hilma af Klint (1862–1944) ? Alors que cette peintre suédoise, grande pionnière de l’abstraction, n’est que depuis récemment sortie de l’ombre, son arrière-petit-neveu Erik af Klint (président depuis 2023 de la fondation Hilma af Klint créée par son grand-père en 1972) souhaite que ses peintures soient placées définitivement dans un temple. Un lieu sacré où elles ne pourraient être vues que dans un but spirituel par quelques adeptes de l’anthroposophie, et dont elles ne sortiraient plus…

Peintes dans les années 1900–1910, bien avant celles de Vassily Kandinsky et Piet Mondrian, les toiles abstraites d’Hilma af Klint sont d’une modernité si saisissante qu’elles pourraient passer pour contemporaines. Le secret de cette épure futuriste est d’ordre spirituel. L’artiste organisait en effet des séances spirites au cours desquelles elle créait dans un état de transe. Membre à partir de 1904 de la Société théosophique (organisation internationale cherchant à atteindre une vérité universelle via l’étude de l’ésotérisme), elle avait peint pendant dix ans, à partir de 1906, un cycle de 193 grandes peintures, qu’elle imaginait installées un jour dans un temple.

Une manière de respecter la volonté de l’artiste ?

Hilma af Klint dans son atelier de Hamngatan à Stockholm
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Hilma af Klint dans son atelier de Hamngatan à Stockholm, vers 1885

En enfermant ses œuvres dans un lieu de culte, son arrière-petit-neveu affirme donc vouloir respecter la volonté de l’artiste et « les statuts de la fondation », a-t-il indiqué au quotidien suédois Dagens Nyheter. Pour ce descendant, qui a déjà stoppé fin 2024 un projet d’accord avec la galerie David Zwirner, il s’agirait de « rendre l’œuvre accessible à ceux qui sont en recherche de connaissance spirituelle, ou qui peuvent contribuer à accomplir la mission que les principes spirituels d’Hilma af Klint ont prévue ». Il ne serait par ailleurs plus question de les exposer en dehors de ce lieu réservé aux initiés. « Lorsqu’une religion finit dans un musée, elle est morte, tranche Erik af Klint. Ce n’est pas censé être public. Les expositions, les livres, les tableaux, les tapis, les chaussettes : rien de tout cela n’est autorisé ».

« De toute façon, comment pourrait-on déterminer qui est ‘en recherche de connaissance spirituelle’ et qui ne l’est pas ? »

Julia Voss

Cependant, les membres du conseil d’administration de la fondation, bien que choisis au sein de la Société anthroposophique, ne sont pas tous d’accord avec la vision radicale d’Erik af Klint. « L’affirmation selon laquelle seules quelques personnes choisies peuvent voir les œuvres est une interprétation grossièrement erronée de la volonté du fondateur et des intentions d’Hilma », fustige l’un des administrateurs interrogé par le quotidien scandinave. Si bien que les deux camps s’affrontent désormais au tribunal.

Hilma af Klint, Groupe IV, n° 2. Les dix plus grands, l’enfance
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Hilma af Klint, Groupe IV, n° 2. Les dix plus grands, l’enfance, 1907

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Tempera sur papier, monté sur toile • 315 × 234 cm • Coll. The Hilma af Klint Foundation, Stockholm • © akg-images

En 2023, les commissaires de l’exposition « Swedish Ecstasy. Hilma af Klint, August Strindberg et autres visionnaires », présentée au Palais des beaux-arts de Bruxelles, nous soufflaient que des architectes étaient déjà en compétition pour construire ce fameux temple rêvé par l’artiste. Mais on imaginait que ce lieu serait ouvert à tous et que les œuvres continueraient d’être prêtées. Le contraire « serait une perte inimaginable. Cela provoquerait de très vives protestations dans le monde de l’art », a déploré la critique d’art Julia Voss, biographe d’Hilma af Klint, dans Dagens Nyheter. « De toute façon, comment pourrait-on déterminer qui est ‘en recherche de connaissance spirituelle’ et qui ne l’est pas ? », ajoute-t-elle.

Depuis sa redécouverte récente, Hilma af Klint au cœur d’expos à travers le monde

Hilma af Klint avait demandé que ses œuvres soient montrées seulement 20 ans après sa mort, quand le public serait prêt à les comprendre. Malgré une première exposition personnelle en 1988 (au Nordiskt Konstcentrum à Helsinki en Finlande) et sa présence dans quelques accrochages collectifs, notamment en 2008 au Centre Pompidou (« Traces du Sacré »), elle n’avait accédé à la reconnaissance qu’en 2013, avec une grande exposition au Moderna Museet de Stockholm. Récemment star d’une vaste rétrospective au Guggenheim Bilbao, elle est au cœur de plusieurs expositions en cours et à venir, dont une grande au musée national d’Art moderne de Tokyo jusqu’au 15 juin 2025, et une autre sur le thème des fleurs dans son œuvre au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, qui sera présentée du 11 mai au 27 septembre 2025. En espérant qu’il ne s’agisse pas des dernières…

Retrouvez dans l’Encyclo : Hilma af Klint

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